‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 48 sur 83 · UX MARTYR · texte numérisé non relu

UX MARTYR

Plus d'un de ces contrebandiers à quatre pattes périt victime de sa fraude désintéressée.

En revanche la police a parfois utilement employé des chiens, et les journaux d'Ecosse ont rapporté jadis l'histoire de Peeler, surnommé le « chien de la police ». Ce reconnaissant animal, de l'espèce du Labrador, protégé, sauvé par un policeman, avait depuis ce temps voué sa fortune à celle de la police; il faisait ses enquêtes et ses tournées, montait seul en wagon pour se rendre d'un poste à un autre, nourri par ses amis, recevant d'eux ici une croûte, là un

OS, ne recherchant que les caresses des gens de la police, et les aidant de son mieux quand il s'agissait d'arrêter les malfaiteurs. Il suivit le convoi de son sauveur.

A côté des chiens de braconniers et des chiens de contrebandiers il existe une espèce fameuse pour sa mauvaise humeur batailleuse et son peu de sociabilité, nous voulons parler des bouledogues et des terriers. Ceux-là s'en vont chercher querelle à tout le monde et reviennent souvent couverts de sang :

Chien hargneux a toujours Voreille déchirée, a dit la Fontaine. Aussi leur coupe-t-on les oreilles, parce que

Le moins qu'oïl peut laisser de prise aux dents d'autrui, Cest te mieux.

Il était autrefois d'usage de faire lutter les bouledogues contre des animaux féroces; les Romains mêlaient les chiens aux jeux sanglants du cirque; il y avait dans la Grande- Bretagne des fonctionnaires chargés d'élever ces chiens, et cette habitude s'est conservée, comme on sait, en Angleterre. AValter Scott, dans le Château de Kcmlworth, a rapporté les plaintes comiques d'un propriétaire de bouledogues. Ce brave homme, dans une pétition adressée à la reine Elisabeth, se désole du tort que font à ses spectacles les pièces de théâtre d'un certain Shakspcarc qui corrompt l'esprit de la jeunesse par toutes sortes de billevesées et d'inventions romanesques.

Il s'étend longuement sur celle déplorable décadence du peuple anglais, sur son mauvais goût qui lui fait abandonner ce plaisir foncièrement britanni(iue pour des distractions indignes de son caractère.

Gageons qu'un grand nombre d'Anglais partagent l'avis de cet original et sacrifieraient volontiers Shakspeare à ces dresseurs de bouledogues.

LES IRREGULIEHS. 227

Les meilleures races de chiens de combat sont celles des bulls et des terriers. Ces animaux sont de véritables mâchoires vivantes. En Angleterre les combats de chiens sont devenus une institution nationale. En France ils ont joui de quelque faveur; on les a justement supprimés; mais voici comment autrefois on entraînait les combattants.

Pendant quinze jours on les tenait enfermés ; on ne leur donnait à manger que du pain rôti, mais on suspendait hors de leur portée un morceau de viande saignante après lequel ils sautaient, ce qui donnait à leurs membres la vigueur et l'élasticité désirables. Ensuite pendant une dizaine de jours on leur faisait faire des exercices violents; on les attachait sous des voitures qu'un cheval entraînait au grand trot.

La veille du combat, le champion jeûnait. Le grand jour venu, on lui faisait avaler quatre œufs crus et on le frottait avec de l'alun.

On l'amenait à l'arène préparé de la sorte et le combat commençait, combat terrible, que M.Tony Revillon a décrit de la sorte : « Le public, calme d'abord, s'anime par degré; on se presse, on se pousse, la foule fait un mouvement en avant, puis un mouvement en arrière, puis elle reprend son équilibre. Les regards brillent, les visages ont des expressions de colère et de défi. Les propriétaires des dogues frappent des poings contre les parois et s'enrouent à exciter les combattants. Les parieurs crient avec eux. Les chiens de l'assemblée, immobiles, effarés, flairent la bataille, peu à peu ils s'animent, ils aboient, ils vont pour s'élancer : « A bas! à bas! » crient les maîtres. C'est un tumulte étrange, indescriptible. Dans l'arène le sang a rougi le sable. Les bouledogues s'acculent, s'élancent, attaquent tour h tour. La magie du mouvement met en relief, tantôt une patte qui se lève, tantôt une mâchoire qui s'ouvre. Les reins se creusent, les arrière-trains se tordent, les têtes se jettent de côté en

montrant les dents. Enfin un des chiens vaincu halette sur la poussière; son flanc bat, son œil est éleint. 11 s'agit de faire lâcher prise au vainqueur; le maître de ce dernier se penche et lui saisit la queue entre ses dents. Le chien grogne, il remue, mais il ne recule pas. Le maître alors de serrer les dents, de les serrer jusqu'à ce qu'un morceau de la queue lui reste à la bouche. Le dogue lâche prise alors et se met à hurler. Le public applaudit des mains, des pieds et de la voix. Parfois les deux chiens tombent morts en même temps. » •

Cette espèce a comme toutes les autres ses héros et ses célébrités.

Alexandre Dumas a raconté dans ses Impressions de voi/age l'histoire de Milord, (jui naquit en 1828, à Londres, d'un terrier et d'une bull-dog.

Milord appartenait à un gentilhomme; il était de pure race et s:>s parents avaient fait gagner bien des paris à son maître. Dès sa plus tendre enfance Milord faisait déjà des prises charmantes sur son père et sur sa mère ; à six mois il étranglait huit rais en trente secondes et trois chats en cinq minutes. Ces qualités ne firent que se développer avec l'âge, de sorte qu'à deux ans, quoique au commencement de sa carrière à poine, il avait déjà une réputation qui allait de pair avec les plus grandes, les plus vieilles et les plus nobles réputations de Londres.

Milord vint en France et son maître le conduisait do temps à autre à la barrière du Coml)at, où c'était fête ce jour-là. L'assemblée, pleine d'admiration pour ses exploits et voyant que rien ne pouvait lui résister, demanda qu'on le fît combattre contre un ours célèbre, Corpolin. Le défi fut accepté; mais avant même que Carpolin, idole de la multitude, eût songé à se mettre en défense, Milord s'était élancé sur lui et l'avait coiffé. L'ours poussa un rugissement terrible et se dressa sur ses pattes de derrière; Milord serra les dents de

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