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LES IRRKGULIERS. 231
plus belle, se laissa enlever de terre et resta pendu près d'un quart d'heure à l'oreille de son antagoniste. L'enthousiasme fut à son comble; un boucher lui jeta une couronne.
Milord passa à Paris les années les plus triomphantes de sa vie, se battant journellement avec les premières réputations de la barrière, et pelotant dans ses moments perdus avec le singe de Fiers, à qui il enleva la mâchoire gauche, et avec l'ours de Decamps, à qui il coupa l'oreille droite.
Il y a à peine trente ans, a rapporté M. Révoil, tous les bouchers de Paris se donnaient le plaisir d'avoir un bouledogue qu'ils conduisaient le dimanche en champ clos, afin de lui faire coiffer un malheureux baudet qui n'en pouvait mais, et (juclquefois un ours pelé à moitié épuisé par les chaînes, les coups de bâton et la mauvaise nourriture.
A cette époque, on voyait encore de grands combats de chiens aux moulins de Montmartre; les chiens les plus célèbres étaient ceux d'un gentilhomme, surnommé le Squelette. Ils se nommaient Loubet I" ci Loiibet II. Un jour le Squelette paria que Loubet I" tiendrait plus longtemps que n'importe quel autre. M. Tony Revillon a conté cette anecdote : lord Seymour tint le pari, et vint à iMontmartre avec Kitig, le plus beau bull du Royaume-Uni. Il raccrocha à l'une des ailes du moulin. « King, lui dit-il gravement, garde-toi bien de lâcher prise ! » King obéit. « Mon Loubet, dit à son tour le Squelette, tu ne souffriras pas que la France soit battue par l'Angleterre? Ya donc et tiens bon! » Loubet prit une autre aile entre ses crocs. Il faisait du vent : les ailes se mirent à tourner; les chiens balancés dans l'espace tournaient avec les ailes. Au bout de quarante-deux minutes, King tomba; Loubet tint bon une heure dix minutes, une heure et quart... Loubet tenait toujours , seulement on le vit se débattre. Après quatre-vingts minutes il ne bougeait plus. « Ici, Loubet! » lui cria le Squelette. Loubet resta suspendu; on s'approcha, il était mort! On
voulut le détacher, ses crocs étaient plantés dans le bois. Théophile Gautier a pris soin à son tour do décrire, dans son livre intitulé Caprices et zigzags, une de ces batailles qui se livraient à la barrière du Combat entre Bcllevillc et la Yillette.