‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 50 sur 83 · DOGUE · texte numérisé non relu

DOGUE

« Le théâtre, dit-il, représente une cour carrée assez vaste; le milieu est sablé, ratissé à peu près comme le cirque de Franconi; une bordure dépavage encadre cette arène, dont le point central est marqué par un anneau où on attache les bêtes fauves conirc (|ui les chiens doivent se mesurer,

car les ours, les taureaux et les loups ne combattent pas entièrement libres, et la longueur de leur corde est calculée de manière à laisser tout autour un espace d'environ trois mètres. A l'ang-le de la cour on voit une petite porte basse; c'est par là que messieurs les chiens Ibnt leur entrée d'une façon assez pittoresque ; un valet les apporte

tout brandis par la queue, comme des bassinoires ou des casseroles.

« Le combat est ouvert par deux jeunes bull-dogs d'une férocité extraordinaire et d'une laideur monstrueuse. Dès qu'on les eut posés l'un en face de l'autre, ils partirent comme deux llèches, en poussant un hurlement furieux et plaintif et s'accrochèrent sans hésiler; ils se colletèrent assez longtemps, engloutissant tour à tour leurs grosses têtes

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dans leurs énormes gueules et se déchirant le mufle à belles dents; de nombreux filets de sang rose rayaient leurs corps, et il ne serait probablement resté sur le champ de bataille que la dernière vertèbre de la queue des combattants, si la galerie, touchée du courage des héroïques bouledogues, ne fût intervenue et n'eût crié « Assez! assez! » Tous les efforts qu'on fit pour les séparer furent superflus, et l'on fut obligé de leur brûler la queue avec un fer chaud, moyen extrême et efficace.

« On fit alors sorlir un loup, qui se mit à tourner en rond connue dans un manège ; à peine le chien désigné pour ce combat fut-il en présence du loup qu'il se précipita dessus avec rage. La lutte fut sérieuse et la fortune allait incertaine du loup au chien et du chien au loup; les deux bêtes se renversaient, se foulaient aux pieds, et se mordaient consciencieusement; tous deux étaient souillés de sang, d'écume, de poussière et de bave. Le loup avait pris le chien sous la gorge, mais le chien lui rongeait le dessus de la tête; le loup, outré de douleur et aveuglé par son sang, lâcha prise un instant; le chien, dégagé, fit un saut en arrière, et, s'élançant de nouveau, emporta un grand lambeau de chair de la cuisse de son adversaire. Ce qui ajoutait encore à l'intérêt de ce combat, c'étaient les cris et les gestes frénétiques du propriétaire du chien; il l'exhorlait et lui adressait des conseils : » Saute-lui au cou, mords-le, ce gredin, ce brigand de loup! 0 le brave chien! Prends-le à l'oreille, mon petit, c'est plus sensible. Comment! oh, tu te laisserais battre par un mauvais loup pelé, un loup galeux, éreinté, qui n'a que le souffle? tune devrais faire qu'une bouchée d'une rosse pareille ! Allons, un bon coup de mâchoire et casse-lui les reins, bravo! >> C'était un homme de vingt-huit à trente ans, que le propriétaire du chien, et des plus curieux à examiner pendant cette lutte ; il trépignait, il se démenait, il hurlait, il écumait, il aboyait, il aurait lui-même sauté à la gorge

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(lu loup ci l'aurail déchire à belles deiils comme un chien naturel.

« On fut forcé cependant de séparer les combattants, car l'avantage ne se déclarait pour aucun et le crépuscule commençait à tomber. »

Des batailleurs passons aux acteurs. On s'étonnera peutêtre de nous voir classer des artistes parmi les irréguliers; aujourd'hui qu'on décore les interprètes des pièces de théâtre, et que nos artistes s'embourgeoisent de plus en plus il serait peut-être difficile de classer les hommes de théâtre parmi les irréguliers.

Mais en vérité où voulez-vous que nous mettions les chiens de saltimbanques? Il nous semble qu'ils sont à leur place dans ce chapitre.

Les chiens acteurs ont été connus dès la plus haute antiquité.

Plutarque parle d'un chien, nommé Zopicus, qui du temps de Vespasien jouait avec un grand succès des pantomimes devant le peuple romain. Son rôle exigeait parfois qu'il aboyât ou qu'il hurlât, et il était à la réplique comme un acteur consommé.

Ce n'est pas lui qui obtenait le moins de bravos. Nous supposons même que plus d'un de ses confrères â deux jambes s'en montra jaloux. En tout cas il est passé à la postérité comme Talma, comme Rachel et comme M"° Mars.

Qu'on dise après cela que la gloire que donnent les planches n'est pas une gloire durable.

Nos théâtres modernes ont souvent employé des chiens. Emile, chien des Pyrénées, raconte M. Elzéar Blaze, a fait l'admiration des spectateurs du Cirque Olympique. Il laissait loin derrière lui les autres acteurs ses confrères. Son maître étant garrotté par le tyran de la pièce, Emile, enchaîné près de lui, se dégageait de son collier pour venir le secourir et couper ses liens: mais, entendant le geôlier revenir, il

courait remeilre sa t(Mc dans son collier afin de ne donner aucun soupçon.

Redemandé à la fin du spectacle, Einile saluait le public avec gravité.

Il était, paraît-il, vaniteux. Un véritable cabotin. A côté de ces artistes sérieux il y a les nomades, les coureurs de rues.

On rencontrait, il y a quelques années, dans les rues de Paris, a raconté Bénédict Révoil, un homme (jui jouait du galoubet et du tambourin et qui conduisait par la bride un petit âne accompagné d'une douzaine de chiens traînés dans un chariot par un gros dogue et habillés les uns en arlequins, d'autres en pierrots, en marquis, en commissaires. Ces artistes se tenaient droits, sautaient sur leurs pattes de derrière, dansaient le menuet, la gavotte, et faisaient ensuite le tour de la société, un cha})eau à la gueule, pour la quête.

Un jour cette troupe vint donner une représentation dans un salon. Los assistants virent entrer une petite comtesse haute de quinze ù dix-huit pouces, vêtue d'une robe de soie et faisant mille révérences.

Soudain la dame de la maison, se levant, s'écrie :

" Mais c'est ma chienne! c'est Finette! »

En entendant son nom, la petite bête perdue depuis plusieurs mois bondit dans les bras de sa maîtresse. Et comme son directeur faisait mine de la réclamer, elle se dépouilla de sa toilette et la déposa ù ses pieds ayant air de lui dire : « Cela t'appartient; emporte-le, mais laisse-moi. »

L'affaire s'arrangea moyennant une indemnité.

Le même auteur rappelle l'histoire d'un caniche savant nommé Tampon, qui appartenait à un soldat.

Tampon était admirablement dressé :

« Tampon, qu'est-ce que fait ton maître à l'exercice ? » lui demandait-on.

LES IHREGULIERS.

Et le chien ])àillaU à so décrocher la mâchoire.

*c Tampon, quand on marche à l'ennemi, comment faiton? »

L'animal faisait un hond, saisissait le premier ohjet venu, et le déchirait à helles dents.

« Que fait l'ennemi? »

Aussitôt Tampon baissait la queue et les oreilles, prenait un air piteux, rampait et s'allait cacher dans un coin.

On a vu des chiens savants jouer aux dominos, à l'écarté, aux échecs, faire des additions, des soustractions, des multiplications.

Il y a quelques années, sur un théâtre de genre, on entendait un quatuor dont les exécutants appartenaient ù la race canine; ces musiciens, à qui l'on avait appris le chant d'après la méthode du Conservatoire, aboyaient différents morceaux avec une gravité digne de ténors de concerts.

On entendit aussi des orchestres de chiens, mais la vérité nous oblige à avouer que les sons qu'ils tiraient de leurs instruments étaient peu mélodieux.

Selon nous, le chien ne chante que parce que la musique l'agace; on en cite qui sont morts dans des attaques nerveuses parce que l'on s'obstinait à leur jouer un air désagréable.

M. de Tarade, dans son Traité sur Véducation du chien, a parlé d'un des plus célèbres parmi les chiens savants, de Munilo, qui jouait aux dominos, assemblait des lettres et des chiffres.

M. de Tarade ne tarda pas à s'apercevoir que Munito avait l'ouïe excessivement fine et qu'il saisissait avec les dents la lettre ou le domino aussitôt que son maître, un Italien,

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