‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 5 sur 83 · CHAPITRE PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRELIMINAIRE

pour l'espèce canine. 3Iichelet a pensé que les chiens sont des candidats à l'humanité. C'est peu. En vérité bien des hommes pourraient prendre exemple sur eux et peu d'entre nous possèdent autant do vertus cjue ces modestes animaux.

Sont-ils véritablement doués d'intelligence? Montaigne répondait: Que sais-je? La science moderne répond oui.

L'illustre docteur Broca a affirmé cjue de l'homme à l'animal, dans le cerveau et dans ses fonctions, tout se réduit à une question de degré. Telle est la doctrine du darwinisme. Cette opinion est basée sur l'expérience et sur les faits; il la faut préférer certes à la formule théologique exposée par Descartes et qui n'accorde à l'animal que l'automatisme, c'est-à-dire le caractère purement machinal des mouvements auxquels la volonté ne participe pas. Non, les animaux, et particulièrement les chiens, ne sont pas seulement des machines. Ils pensent, ils réfléchissent, ils raisonnent, ils se souviennent; ils font preuve d'initiative, ils sont susceptibles d'éducation. Sans cesse, aux yeux de l'observateur, les animaux prouvent leurs facultés raisonnantes.

Qui oserait encore soutenir avec Malebranche que les animaux mangent sans plaisir, crient sans douleur, croissent sans le savoir, ne désirent rien, ne craignent rien, ne reconnaissent rien?

Parlant de cette étrange affirmation, Bernardin de Saint- Pierre a écrit :

« Des philosophes fameux, infidèles au témoignage de leur raison et de leur conscience, ont osé parler des animaux comme de simples machines. Ils leur attribuent des instincts aveugles, qui règlent d'une manière uniforme toutes leurs aciions, sans passion, sans volonté, sans choix et même sans

aucune sensibilité. J'en marquais un jour mon étonnement il Jean-Jacques Rousseau; je lui disais qu'il était bien étrange que des hommes de génie eussent soutenu une thèse aussi extravagante ; il me répondit fort sagement : « C'est que, « quand l'homme commence à raisonner, il cesse de sentir. »

Nous ne développerons pas davantage cette digression philosophique. L'intelligence de l'animal est évidente. Ceux qui attribuent les qualités du chien à son odorat n'ont jamais vu vieillir près d'eux un chien dont la fidélité n'a point diminué, quoiqu'il soit devenu impropre à se servir de son odorat pour la chasse.

Oui, certes, le chien raisonne, moins puissamment que l'homme, parce que le cerveau est moins puissant, mais il est ridicule de prétendre qu'il n'obéit qu'à d'aveugles instincts.

Il est possible c{u'il n'ait point la conception de la mort; il est évident, il est certain qu'il manque de notre esprit d'initiative, mais s'il n'a pas ce que nous nommons la conscience, en revanche il possède deux facultés indéniables, la mémoire et la comparaison, facultés à l'aide desquelles il associe ses idées.

Convenir que son intelligence est susceptible de culture, c'est du reste déclarer que cette intelligence existe, et sur ce point l'illustre Flourens s'est prononcé de façon à ne laisser aucun doute. A l'aide des actions cette démonstration se fait claire, et nous entreprenons dans ce livre le récit des actions du chien, simplement.

Sans doute beaucoup de volumes déjà ont été consacrés à cet animal, mais, selon nous, aucun d'eux n'est complet. Certains ouvrages sont trop sérieux; certains autres écrits au hasard de la plume sans beaucoup d'ordre et sans lien.

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