‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 51 sur 83 · TAMPON · texte numérisé non relu

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produisait, en faisant craquer un ongle, un briùL imperceptible pour le spectateur.

Quelques auteurs, entre autres M. Brehm, clans son Histoire de l'homme et des animaux, ont protesté contre ce mode de dressage qu'ils appellent une jonglerie, et lo docteur Jonathan Franklin soutient qu'on peut obtenir mieux de l'intelligence du chien.

Il affirme qu'un naturaliste distingué et de bonne foi engagea une partie avec un chien dressé par un amateur, et que les choses se passèrent comme il suit :

Les deux partenaires s'assirent l'un en face de l'autre, et on choisit pour eux six dominos qu'on releva. Le chien, ayant le plus gros double, le prit dans sa gueule et le posa au milieu de la table; les deux joueurs prirent alternativement leurs dominos dans l'ordre. La partie continua, et l'homme, à dessein, plaça un domino contrairement à la règle. Le chien, surpris, fit un mouvement d'impatience, aboya, et voyant qu'on ne tenait point compte de ses obsertions, repoussa avec son museau le nombre faux et à la place en mit un juste qu'il tira de son jeu. Son adversaire, contraint de jouer correctement, perdit la partie.

L'observateur que nous avons cité tire de ce fait la preuve de l'intelligence du chien. Nous ne saurions aller aussi loin que lui, et, malgré celle affirmation sérieuse, nous croyons le chien incapable d'un raisonnement aussi complet.

Pour arriver à un bon dressage il n'y a ni sortilège, ni secret. Le mode d'éducation se résume en ces trois mots: de la patience, de la douceur et de la fermeté. Cela peut s'appliquer à l'éducation des humains. Quiconque, pour élever des hommes, n'emploie pas ce mode d'action, n'obtient que des résultats insignifiants.

Il existe certes des cerveaux exceptionnels qui, chez nous et chez le chien, se développent seuls et n'ont besoin que de notions élémentaires, tant est puissante chez eux la

faculté de comprendre, La moindre graine qui tombe sur ce terrain produit dos fleurs superbes; mais l'éducateur trouve rarement des sujets aussi bien disposés et son principal talent consiste à choisir ceux qui sont susceptibles d'éducation.

Ainsi agissent d'ordinaire les directeurs d'institution ; ils étudient leur petite troupe d'écoliers, marquent au front ceux qui peuvent obtenir quelque succès dans les concours, et puis s'occupent uniquement de ceux-là afm d'en tirer honneur et profit.

Ils n'ont pas tort. A quoi bon cultiver des plantes qui, par leur naissance même, par leur conformation, ne peuvent produire que des fruits secs? Les Spartiates, qui jetaient au gouffre les enfants contrefaits, avaient peut-être raison.

Ainsi donc beaucoup de douceur, beaucoup de persévérance et apporter dans le choix des sujets une grande sagacité, n'hésiter jamais à sacrifier ceux qui sont trop rebelles et qui n'ont ni les forces physiques ni les forces morales nécessaires pour obtenir ce qu'on leur demande.

Albert le Grand prétendait que pour avoir un bon cliien de saltimbanques il fallait choisir un animal issu d'une chienne et d'un renard, ou bien élever un chien roux en compagnie d'une jeune guenon qui lui apprendrait ses singeries; et si par hasard, ajoutait cet auteur, le chien s'accouplait avec elle, on obtiendrait un prodige de grâce et d'agilité.

C'est là une assertion absolument fausse. Un semblable accouplement est reconnu impossible depuis longtemps ; en outre il est également impossible de dresser les chiens en compagnie des singes. Le mode d'éducation est absolument différent.

Nous tenons ces renseignements de bonne source. Nous avons voulu voir de nos yeux les chiens savants, et pour cela nous sonnnes allé trouver un directeur de théâtre

c{iii est connu dans toute la France, sur les places de foire. C'est de Corvi qu'il s'agil.

Rendez-vous fut pris avec cet imprésario, qui fait exécuter à sa troupe de quadrupèdes un grand nombre de tours véritablement prodigieux. « Un soir, un peu avant la représentation, venez dans les coulisses, « m'avait dit le dresseur célèbre. A l'heure fixée nous étions au rendez -vous.

Bien primitives et bien singulières ces coulisses.

Imaginez un étroit couloir formé par les planches du petit théâtre et les toiles encadrant la scène. Dans ce couloir, d'un côté les singes attachés, les singes grimaçant, toujours prêts à la révolte et dont il ne faut pas s'approcher de trop près.

De l'autre côté, les chiens rangés à leur poste, mais libres de leurs mouvements. A vrai dire ils n'abusaient point de cette liberté. Tandis que retentissaient près d'eux les fanfares de l'orchestre appelant les spectateurs et les boniments du pitre ameutant les passants, ils dormaient leur bon sommeil. De sorte que j'éprouvai tout d'abord la désillusion que subit, lorsqu'il pénètre dans les coulisses d'un véritable théâtre, un jeune provincial habitué à considérer, du fond du parterre, les artistes comme des divinités.

A mesure qu'approchait l'heure de la représentation mon désenchantement augmentait; mais bientôt l'habilleur s'en vint remplir son office. Alors, sans qu'il eût besoin d'appeler les acteurs par leur nom, ceux-ci se levèrent, non i)as tous à la fois, mais un à un, sans avoir l'air de cesser de dormir. Mollement ils se dressèrent sur leurs pattes de derrière, appuyant leurs pattes de devant sur un banc fixe, et s'étirant un peu comme les danseuses de l'Opéra avant d'entrer en scène. L'habilleur passait la culotte et la veste d'un arlequin à celui-ci, la jupe et le corsage d'une marquise à cet autre, et, aussitôt vêtu, l'artiste de nouveau se couchait en rond et recommençait son somme interrompu.

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