DEUXIÈME TABLEAU
Chambre de Marie et grenier de Jean. Le théâtre coupé en deux représente une chambre et un grenier séparés par un palier garni d'une balustrade qui termine un grand escalier. Le grenier élevé de la scène à la hauteur de deux mètres. Sur le palier a gauche, un petit escalier en échelle de meunier menant au grenier. Sur le même palier à droite et de plain-pied, une porte donnant dans la chambre. Dans cette chambre mansardée, mais très propre, très tenue et meublée de noyer, fenêtre au fond avec rideaux blancs. A droite, une porte ouvrant sur un cabinet à coucher; deux portraits d'homme et de femme photographiés ; sur la commode pot à l'eau et cuvette et dçux pots de fleurs. Dans le milieu de la chambre, table à ouvrage ; lampe de cuivre allimiée, fil, ciseaux, patrons, soieries et dentelles éparses sur des chaises autour de la table. A droite de la fenêtre, un poêle avec un tuyau aboutissant au mur ; à gauche, un porte-manteau où pendent des robes entre des gravures de mode. A terre, dans un coin, près de la porte du cabinet, fers à repasser, un réchaud et un panier de charbon. — Dans le grenier, sur le devant, à gauche, une petite table boiteuse supportant une lanterne, un chandelier de fer, un bol, un pot à Teau ébréchë ; du même côté sur le mur, un morceau de glace ; prés de la table, on vieux tabouret. A droite, près du mur, une chaise dépaillée, une hotte, celle du prologue, mais sale, brisée, avec le crochet dedans. Au fond, à gauche, une vieille couverture tendue et cachant le grabat. Intérieur sordide, délabré, éclairé seulement par un petit châssis à tabatière. Nuit de carnaval.
SCËNE PREMIÈRE
MARIE, dans la chambre, seule, simplement vêtue, assise à sa table et travaillant à une robe de satin garnie de dentelles.
MARIE, regardant à sa montre, puis cousant.
Onze heures et demie !... Mes yeux, mes mains se lassent... Je ne peux plus tenir mon aiguille; je suis tout engourdie et je ne sais pourquoi j'ai envie de pleurer. Allons, de Taclion, il faut achever mon ouvrage, rendre cette robe de noce... Mon feu tombe, ma lampe baisse. (La relevant.) Qu*il fait sombrc, qu'il fait froid! Oh! que les morts doivent avoir froid sous terre!... Sotte! Us sont moins mal que les vivants . Je voudrais être morte comme mes pauvres parents. Ne suis-je pas seule déjà comme si