PRÉFACE III
que le peuple dont il incarnait la vie, a repris sa souveraineté, reconquis ses droits, fondé la République sur le vote et n'a plus, s'il veut, qu'à vivre en paix sous sa propre loi.
LE DIRECTEUR
Raison de plus pour qu'il sente mieux son passé. l'auteur.
Je crains enfin que le peuple-roi sympathise moins avec les cris de souffrance et de colère arrachés parfois aux généreux instincts du père Jean. Ce peuple triomphant a eu ses limbes; et son vieux type Jean est Fenfant de la douleur. J'ai vu l'héroïque misère du peuple de mon temps et j'ai écrit ce drame : En tout cas, sa longue éclipse m'obligerait d'en dire un peu l'histoire et le sens.
LE DIRECTEUR
Pourquoi pas, si 1r chose regarde le peuple?
l'auteur.
Ce qu'un homme de mon âge a pu voir en moins d'un demi-siècle est inouï. J'ai vu crouler trois fois le monde monarchique, le marbre de ses palais comme le bronze de ses colonnes au milieu de la boue. J'ai vu rouiller toutes ses armes, sabres et couperets pendus au quai de la Ferraille. J'ai vu brûler l'échafaud en feu de joie, l'or des Laffitte fondre comme neige, la Seine charrier dos mitres, le ruisseau rouler des couronnes... et j'ai écrit ce drame dans des pantoufles faites avec le velours du trône. J'ai vu et revu l'éruption du volcan populaire purifier tout le passé, trône, coffre et autel, entraîner dans ses laves vengeresses prêtres lubriques, ministres voleurs, ducs assassins et rois aveugles, aimant mieux révolutions que réformes... et le peuple, plus affamé de droit que de pain, mettant ses rois en fiacre, leur donnant sa blouse pour fuir, affichant d'une main vide sur le mur des banques : Mort aux voleurs! et reprenant sa hotte après. Et j'ai écrit ce drame plein des misères et des mérites du peuple, à l'image de ce peuple pauvre et probe; oui, avec ces deux caractéristiques du peuple, probité et pauvreté, j'ai fait Jean, le chiffonnier de Paris.