‹ Le chiffonnier de Paris: drame en cinq actesChapitre 68 sur 112 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

JEAN y même geste.

Le secret ou le feu.

MADAME POTARD, illuminée.

Que je suis béte ! Ah ! malin, je comprends le tour. . . tu veux plus, cent fois plus... tu as raison... au fait. Il faut profiter de Foccasion quand on la tient... et qu'elle est bonne, (s» inclinant.) Salut I mon maître, je n'y pensais pas, moi, bonasse. Oui, c'est un coup, un coup de fortune... j'y suisi j'y suisl (Riânt.) Tu veux faire chanter le séria.

JEAN

Oui... fine mouche.

MADAME POTARD

Fallait donc le dire 1 Tu tiens au secret qui vaudra mieux que cela, gourmand, (indiquant les buiets.) Tu me donnes l'œuf pour la poule.

JEAN

Vous y êtes.

MADAME POTARD

Alors, part à deux, je dirai tout.

JEAN

D'accord.

n remet les billets dans sa pocbe.

MADAME POTARD

Rien de tel que de s'entendre.

JEAN

J'écoute.

MADAME POTARD, s'asseyent et faisant asseoir Jean près d'eUe.

Expliquons-nous, compère, et convenons bien de nos parts. Cartes sur table. Ce n'est pas assez de huit mille francs pour un secret pareil, un trésor, une mine, la Californie, quoi? Arrangeons-nous donc honnêtement, comme il faut. Tu vas me rendre d'abord mes huit billets.. . et pour la suite, moitié partout.

JEAN, après une pause.

Convenu.. .

MADAME POTARD

On peut avoir confiance ?

JEAN

Ça ne se conmiande pas... mais, je sais monter le coup comme un autre.

MADAME POTÂRD.

Oh ! pour ça... tu es honnête? je veux dire.

JEAN

A preuve, vos billets.

MADAME POTARD

Ne fais pas la buse... tu ne me vendras pas enfin?...

JEAN

Ah ! c't'idée.

MADAME POTARD, le fixant.

Tu n'es pas de la sûreté, quoi !

JEAN, souriant.

De la salubrité... méfiante. Je nettoie Paris. Voyez mon coup de râteau sur les billets.

MADAME POTARD, se rapprochant de lui.

Alors, ça va. Écoute.

Allez !

MADAME POTARD, gravement.

Écoute donc! Il y a un mois, au carnaval, la nuit du mardi gras, je devais perdre un enfant nouveau-né, moyennant les dix billets de mille francs... faut bien vivre. La fille ne voulait pas, son père voulait... Conunent plaire aux deux? D'ailleurs, quand j'ai eu les billets, le cœur m'a manqué... j'ai voulu sauver Tenfant, et je le portai chez une ouvrière, ma couturière, une pâte que je savais capable de s'en charger. Une fois là, je laissai l'enfant, perdu pour le père et retrouvable pour la fille. Ça contentait tout le monde.

JEAN

Et l'ouvrière.

MADAME POTARD

Je voulais, parole d'honneur, lui donner quelque chose pour sa peine. . .

JEAN

Pardié ! L'enfer est pavé de bonnes intentions.

MADAME POTARD

Tiens ! . . j'aimais encore mieux partager que m'exposer. Mais il n'y a qu'heur et malheur! Je ne trouvai pas l'ouvrière et je perdis les billets... Je fus forcée alors de laisser l'enfant à la grâce de Dieu.

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