ACTE QUATRIÈME
la lumière du jour et je le prouverais à tous... Je vous relèverais, tombée et flétrie aux yeux du monde, mais d'autant plus haute et plus noble aux miens, héroïne du devoir. Et, malgré la justice même, je vous donnerais encore ce que je vous ai promis, ce qui me reste de bien, le nom qu'a porté ma mère, bonne comme vous, chère femme, je vous prendrais à mon bras et dirais fièrement au monde: Marie Didier n'est plus; je vous présente madame Henri Berville. Mais n'ayez pas peur. . . J'aurai moins à faire... Ce n'est qu'une éclipse. Votre innocence éclatera comme le soleil , et vous sortirez d'ici radieuse pour tous comme pour moi.
MARIE
Après comme avant la prison ! Ah I je suis trop récompensée.
HENRI
Après, avant, toujours et partout; et je viens vous le dire ici comme chez vous. (Apres une pause.) C'est moi qui ne suis plus digne de toi, moi qui n'ai plus rien à t'ofifrir, pas même la richesse, pour payer tant de vertu... (u regardant fixement.) Marie, je suis pauvre comme toi.
MARIE, avec joie involontaire, lui prenant les mains.
bonheur I (se réprimant.) Pardon, Monsieur I
HENRI
Je te ressemble par là du moins. . . Hier en te quittant j'écrivis au baron pour rupture et compte... Sa réponse m'apprend ma ruine, tout en me laissant le choix, dit-il, entre la misère avec toi ou un million avec Claire... (souriant) Bien obligé! Contentement passe million. Mon choix est fait; mais à ton tour d'être grande. J'étais de bonne foi, je te jure, quand je t'offrais ma fortune; je croyais follement l'avoir encore ; je ne l'ai plus. J'ai dû te l'avouer.. . suis-je toujours digne de toi !
MARIE
Ah I plus encore ! mais. . . (Elle s' arrête hésitante.) HENRI.
Mais?
MARIE, gravement.
Après ce qui nous arrive, je ne puis. . . je ne dois plus être votre femme.
HENRI
Que dites-vous, Marie ?
MARIE, avec une tristesse profonde.
Henri, cher Henri, je vous aimais assez pour me dévouer à vous mais je vous aime trop pour vous sacrifier à moi. . . Soyez libre. . . Je vous rends votre parole-
HENRI
Et moi je la refuse. Ce serait nous convaincre l'un et Tautre de calcul et de lâcheté... Ne doutons pas de nousmêmes, chère Marie, malgré tout ce qui est aveugle, fortune et justice, nous sommes unis, égaux... Ta fierté n'a plus rien à me reprocher. Plus de différence, tant mieux! Je n'en serai que meilleur... refait à ton image, vivant par moi-même, brave à ton exemple, assorti, dirait Jean. Va, compte sur moi. Nous travaillerons ensemble. Mon courage émulera le tien. Ton cœur activera le mien. Mes mains ont su dépenser ; elles sauront épargner. J'ai perdu, je regagnerai. Femme, tu m'as réhabilité; d'un frelon tu as fait un homme.
MARIE, ravie.
11 m'ôte ma raison.
HENRI, avec exaltation •
Amour, travail, conscience, voilà nos biens I... nous sommes riches; plus de plaisirs! soit î Le bonheur! je l'ai enfin, je le garde ; j'ai choisi, je te le dis... et je vais le leur dire aussi sans retard et sans réplique. Au revoir, chère femme, et palience ! Bientôt je t'emmènerai d'ici glorieuse, dans notre humble maison... plus grande alors que tous les palais du monde, car le bonheur l'habitera.
(Il lui baise les mains, s'éloigne et revient les lui baiser encore.) Au
revoir I