‹ Le chiffonnier de Paris: drame en cinq actesChapitre 91 sur 112 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

faire ni aveu, ni repentir, car je n*ai point fait de faute.

LE BARON

C'est toujours rhomme de loi qui parle... Et- il répond de votre liberté à ce prix.

MARIE

Au prix de mon honneur et de la vérité, jamaisi

LE BARON

Malheureuse fille! La fatalité est plus forte que la vérité... et la honte est dans le crime, non dans l'aveu. Croyez-moi, c'est le seul moyen de salut. Dans le flot qui vous noie, ne rejetez pas la perche qu'on vous tend. Il y va d'une peine afittictive et infamante, de la mort peut-être, de la prison au moins. Avouez I misère, jeunesse, imprudence plaideront pour vous... contre vous, si vous niez. Le silence, c'est la peine ; l'aveu le salut ; bref, prison perpétuelle ou liberté et bien-être... choisissez.

MARIE, fermement.

Merci, Monsieur, vous m'offrez plus que la mort.

Elle salue comme pomr se retirer.

LE BARON, à part.

Allons, rien pour elle... voyons pour lui. (Haut) Eh bien! si vous ne voulez pas vous sauver, vous sauverez sans doute Henri.

MARIE, Tivement.

Monsieur Berville !

LE BARON

Vous l'aimez, n'est-ce pas ?

MARIE

Plus que moi-même.

LE BARON

Et vous le sauveriez à tout prix?

MARIE

Au prix de ma vie.

LE BARON

£h bien ! vous le perdez.

Moi!

LE BARON

Vous I II rompt, pour vous, un mariage de salut pour lui»

MARIE

Je le dégagerai s'il le faut, Monsieur !

LE BARON

Impossible. Il vous restera tant qu'il croira en vous.

MARIE, avec terreur.

Quoi ! vous voulez encore?...

LE BARON

Le plus noble sacrifice qu'une femme puisse faire à rhomme qu'elle aime. Faites-vous oublier pour le sauver. Il vous aime au point de vous immoler sa fortune. Égalez, surpassez son amour et son dévouement. L'aveu seul peut lui rendre la raison et la liberté. Je vous estime assez pour vous le demander. Mais, tenez, Marie, je ne veux même plus d'aveu public... non, rien qu'un mot pour lui, le temps de le sauver, et détruit après ; un mot secret, provisoire pour lui, pour lui seul.

MARIE

Mais lui, mon Dieu, c'est tout pour moi... C'est le seul homme au monde pour l'estime de qui je donnerais ma vie... que les autres m'accusent et me condamnent, si je suis innocente pour lui ! Coupable à ses yeux, m'accuser moi-même devant lui,... non. Monsieur, n'insistez plus. C'est au-dessus de mes forces... D'ailleurs, c'est inutile... il ne me croirait pas.

Il vous aime donc bien ?

MARIE

Comme je l'aime.

LE BARON

Mariez- vous donc à la chapelle de la prison. On fait parfois cette faveur aux détenus... et soyez heureux!

MARIE, arec angoisse.

Àh ! frappez-moi dans tout ce que j'aime, mais ue raillez pas ma souffrance.

LE BARON

Je ne raille pas... Il est ruiné, déshonoré, perdu... la prison, cinq ans au moins pour dettes, si grosses qu'elles seront jugées comme vol... voici l'assignation... La dot de Qaire le sauvait, mais vous le perdez avec vous.

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