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l'on extrait le salpêtre et où on le prépare pour l'exportation. Plusieurs dizaines de milliers d'ouvriers se trouvèrent ainsi sans travail dans une région qui n'a absolument aucune autre occupation possible à leur offrir,
I^a région des salpêtres est, d'autre part, le marché de la zone agricole ou centrale du Chili. La région du Nord ne possède aucune espèce de cultures, car il n'y tombe pas une goutte de pluie, et il n'y a aucune végétation dans ce désert dont les sables et les rochers recouvrent d'immenses richesses minérales. I^es agriculteurs du Centre et du Sud vendent les grains, la farine, les légumes, le lait, la viande, les fruits, etc., à la population du Nord. Une fois les travaux du nitrate de soude paralysés, l'agriculture restait sans marché.
D'autre part, le commerce général du Chili éprouvait, dans sa faible organisation, le choc réflexe de la catastrophe qui bouleversait l'Europe. Les crédits, qui en étaient la base indispensable et que les Allemands avaient énormément développés, en se créant ainsi une clientèle chaque jour plus nombreuse, furent subitement coupés, en même temps que cessaient les importations permettant de renouveler les stocks.
La valeur de la monnaie chilienne, déjà très basse au commencement de la guerre, ainsi que je l'ai dit, tombait à un poiut que les plus pessimistes n'eussent jamais imaginé. Le peso, dont la valeur était fixé à i8 pence, en arriva à ne valoir qu'un peu plus de 6 pence à la fin de 1914. Le marché des lettres de change sur les places européennes,
qui est le régulateur de toute la vie commerciale du pays, fut complètement désorganisé ; les cours de change établis chaque jour en vinrent même à n'être plus que nominaux, car il n'y avait aucune possibilité de réaliser des transactions.
Dans ces conditions, les articles de consommation les plus nécessaires, comme les vêtements, qui sont presque tous des objets d'importation, et comme les produits alimentaires, subirent des hausses énormes, déterminées par les prix élevés qu'ils atteignaient en Europe par suite d'une demande exceptionnelle. On courait aussi le risque de voir exporter la production chilienne de céréales et de charbon, grâce à la séduction de prix merveilleux, et de voir ainsi priver le pays de ce qui est le plus nécessaire à son existence.