I/E MAINTIEN DE I.A NEUTRAI^ITÉ
Au moment où éclata la guerre, le Gouvernement du Chili n'avait pas ratifié les conventions établies à la seconde conférence de La Haj^e, où il fut représenté, et il n'avait pas adhéré à la Conférence de Londres (1909) ; mais, le 7 août 1914, il déclara que, pour la solution de tous les problèmes de droit international qui se présenteraient par suite de la guerre, il appliquerait les règles fixées par ces conférences, considérant comme principes généraux de droit admis universellement ceux qui y furent adoptés.
Une longue série de questions épineuses, difficiles à résoudre, la plupart non prévues par la Conférence de La Haye, devaient se présenter à l'attention du Gouvernement chilien, parfois avec ce caractère d'urgence qui ne permet pas de longues discussions et qui ne laisse pas de temps pour une réflexion profonde.
La Conférence de La Haye a légiféré ordinairement en pensant aux petites guerres entre deux nations, les seules guerres que l'on pût logiquement attendre en Europe et
même dans le monde, à notre époque de pacifisme et de fraternité. Personne n'imagina jamais un conflit embrassant en fait toute l'Europe et dont les conséquences, même militaires et navales, devaient s'étendre sur toutes les terres habitées, Les règles de droit établies alors ne répondirent plus aux besoins ; elles furent bientôt si totalement dédaignées par l'Allemagne, qui commença et continua la guerre en dehors de tous les principes de droit reconnus, que le Gouvernement chilien, malgré la meilleure volonté pour établir certains principes dans ses relations avec les belligérants, ne put obtenir que de faibles résultats.
Cependant, il est honorable pour le Chili de s'être efforcé, dès les premiers moments, de créer, dans l'Amérique du Sud, un statut international pour résoudre les cas prévus conformément aux doctrines proclamées par les peuples civilisés, et pour donner aux cas nouveaux et imprévus la possibilité d'être résolus conformément à la raison et à la justice.
Dès la seconde semaine d'août 1914, le Gouvernement chilien publiait une ordonnance relative aux navires de guerre ou de commerce portant pavillon belligérant, qui entreraient dans les ports chiliens ou navigueraient dans les eaux territoriales de la République. Ces règles sont en substance les mêmes que celles établies par les Etats-Unis vers la même date.
l/cs voici, en résumé : tout navire est sujet à l'inspection de ses papiers par les autorités chiliennes, soit qu'il se trouve dans un port, soit qu'il navigue dans les eaux ter-
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ritoriales de la République ; — prohibition de sortie pour tout navire qui aurait changé sa condition ou au sujet duquel on aurait des soupçons sérieux et fondés qu'il veut la changer, en se convertissant de navire marchand en auxiliaire de guerre ; — les navires de guerre ne pourront préparer des opérations ni surveiller les navires ennemis dans les eaux territoriales du Chili; — aucun d'eux ne pourra quitter un port chilien avant qu'il se soit écoulé vingt-quatre heures depuis le départ d'un bâtiment ennemi ; — tout navire de guerre devra sortir dans les vingtquatre heures, sauf en cas de tempête, manque de vivres ou besoin de réparations indispensables ; — les navires de guerre pourront embarquer seulement ce qui est nécessaire à la subsistance de l'équipage et, en aucim cas, une quantité de charbon supérieure à celle nécessaire pour atteindre le port le plus proche de leur nationalité ; — l'usage de la télégraphie sans fil dans les eaux territoriales du Chili est absolument défendu.
Malgré la bonne volonté du Gouvernement chilien, ces règles ne suffi.s aient pas ; quelques-unes, excellents principes applicables en Europe, se trouvaient tout à fait inefficaces sur le continent américain. Ainsi, par exemple, la défense de prendre une quantité de charbon supérieure à celle nécessaire pour atteindre 'le port le plus proche de leur nationalité, suivant l'antique coutume, est absurde s'il s'agit de navires allemands : même en remplissant entièrement leurs soutes, ils ne pourraient prendre assez de charbon pour arriver à Brème ou à Hambourg.
Dans nos mers, comme dans le monde entier, les prescriptions relatives à la neutralité ont dû être altérées ou même recréées, pour être mises d'accord avec les circonstances très nouvelles que produisait la lutte gigantesque, étant donnés les moyens modernes de combattre et les modes de communication inconnus jusqu'à ces derniers temps.
Il est certain que le Gouvernement chilien n'a pas pu prendre toutes les mesures désirables pour que ses eaux territoriales et ses ports ne fussent pas l'objet de constantes violations. Il eût été utile que les navires de l'escadre chilienne fissent des croisières dans ces mers et escortassent les navires marchands menacés; il eût été convenable de faire stationner quelques navires de notre escadre à Juan Fernandez pour empêcher les Allemands de convertir ces îles en dépôt de prises et en centre d'opérations navales ; mais le Gouvernement du Chili ne pouvait le faire, il en était matériellement empêché, à cause de sa pénible situation économique au début de la guerre. Les mouvements de l'escadre pour protéger le commerce eussent représenté une dépense énorme en charbon et autres éléments nécessaires à la mobilisation navale ; il n'était pas possible de songer à établir une station à Juan Fernandez, car son ravitaillement eût été une dépense de beaucoup supérieure aux forces fiscales du Chili à ce moment.
La télégraphie sans fil, moyen de communication non prévu par les anciennes règles de droit, a été utilisée par les belligérants pour violer la nationalité du Chili. Les va-
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peurs allemands munis de ces appareils communiquaient à leurs croiseurs de guerre toutes les observations utiles sur les mouvements des navires marchands anglais ou français. Les vapeurs de la Compagnie « Kosmos », réfugiés dans les x^rts chiliens et dont les appareils de télégraphie sans fil avaient été mis sous scellés par les autorités chiliennes, se moquaient eux-mêmes de cette prohibition et se servaient de leurs appareils pour aider les croiseurs de leurs informations. Il fallut démonter tous les appareils et défendre absolument l'emploi de ce mode de communication dans les eaux territoriales et dans les ports du Chili.
Les abus commis par les vapeurs de la Compagnie « Kosmos » et que nous mentionnons ci-dessus, furent tels que le Gouvernement chilien, si respectueux habituellement de tous les intérêts étrangers engagés au Chili, se vit obligé de prendre, en novembre 1914, une mesure extrême : il défendit à ces vapeurs de sortir des ports chiliens et qu'on leur fournît du charbon, des vivres ou toute autre chose. Cette mesure ne s'étendait pas aux vapeurs qui avaient été déclarés auxiliaires de la marine de guerre de l'Empire et qui étaient internés, Le Gouvernement chilien convertissait ainsi en situation de droit ce qui était une situation de fait, car ces vapeurs n'avaient pas la moindre intention de sortir des ports chiliens, si ce n'est pour commettre des violations de la neutrahté. Ils avaient opposé un refus, lorsque le Gouvernement du Chili leur avait offert de les faire escorter par des
navires de guerre nationaux pour se rendre aux ports auxquels ils étaient destinés et pour y livrer leur chargement.
On prit aussi des mesures concernant les senices télégraphiques ordinaires, les rapports des autorités locales ou des ser^dces administratifs avec les consuls et les diplomates étrangers, les manifestations publiques pour ou contre les belligérants, ainsi que diverses autres questions analogues à celles qui ont appelé l'attention de tous les pays neutres.
I^'ensemble de ces mesures dut satisfaire les Gouvernements correctement informés de ce qui se passait au Chili. Le Gouvernement britannique s'empressa de déclarer, à diverses occasions, qu'il était pleinement satisfait des mesures prises par le Chili pour le maintien de sa neutralité et pour la politique générale qu'il avait suivie à ce sujet. Ainsi le fit savoir le Ministre britannique à Santiago et le Foreign Office s'exprima de la même façon en plus d'une note officielle, en novembre et décembre 19 14 et en mars 1915. Lorsque des organes de la presse britannique, assurément des moins autorisés, publièrent des commentaires défavorables au Chili et l'accusèrent de favoriser l'Allemagne, le Foreign Office désavoua officiellement leur affirmation dans une note distribuée à la presse en novembre 1914.
On doit remarquer que, au moment où quelques organes secondaires de la presse britannique et presque toute la presse française répétaient ces attaques, basées sur des renseignements tout à fait erronés, le journal le mieux
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informé du monde, The Times, recevait de son correspondant au Chili l'assurance qu'il n'y avait aucun motif de traiter ce pays comme il l'avait été par des journalistes n'ayant pas les mêmes données sérieuses que le doyen de la presse britannique.
L'iNFI^UENCE ALI.EMANDE
En 1914, l'influence allemande était considérable au Chili, et l'importance croissante des intérêts germaniques y était favorablement regardée par une partie de l'opinion.
A une époque dont trente ans seulement nous séparent, les seules influences intellectuelles, commerciales et autres qui eussent agi dans notre pays, étaient celles de l'Espagne, de l'Angleterre et de la France : la première nous avait donné sa civilisation en même temps que sa langue et ses traditions ; l'Angleterre nous avait proposé le modèle de ses institutions libérales ; la France avait été l'inspiratrice de nos luttes pour l'Indépendance, le centre de culture vers lequel toujours se sont tournés nos regards depuis que nous avons cessé d'être une colonie de l'Espagne.
Jusqu'en 1892, les règlements en vigueur dans notre armée furent les mêmes que du temps de Charles III, et les uniformes militaires furent à peu près ceux de l'armée