‹ Le chimisme des feuilles privées de chlorophylleChapitre 12 sur 37 · LES MATIÈRES AZOTÉES · texte numérisé non relu

LES MATIÈRES AZOTÉES

On considère généralement la feuille comme l'organe où se produit la transformation de l’azote minéral en azote organique, et généralement aussi on attribue au pigment chlorophyllien un rôle, tout au moins indirect, dans cette transformation. Dès lors, on comprend l'intérêt que présente la comparaison entre feuilles vertes et feuilles blanches au point de vue de la teneur en azote. ‘

Mais il ne suffit pas ici d'évaluer la richesse respective des deux sortes de feuilles en azote total; il faut encore, autant que faire se peut, déterminer dans quelles proportions se rencontrent chez elles les différentes substances azotées. Ces substances sont extrêmement variées, car, outre les protéines à poids moléculaire élevé, constituant le terme ultime de la synthèse opérée par le vivant, elles comprennent toute une série de corps plus simples, tels que protéoses, peptones, amines, amides, etc., représentant soit les produits d’hydrolyse des protéines elles-mêmes, soit les matériaux d’une synthèse encore inachevée, soit des substances de déchet ; sans compter les sels minéraux de l’azote.

Pour que l’analyse soit complète, il faudrait donc doser séparément l’azote provenant de chacune de ces sources ; malheureusement, dans l’état actuel de nos connaissances, la chose semble pratiquement irréalisable, ct nous avons dû nous contenter de déterminer, aux différentes époques de la végétation, chez les feuilles vertes et les feuilles blanches :

19 L’azote total, comprenant l’azote organique et minéral ;

20 L’azote insoluble, provenant des protéines coagulables par la chaleur en milieu acétique ;

30 L’azote soluble en milieu acétique, représentant par con-

ANN. DES SC. NAT., BOT., 10e série, 1926, vint, 18

séquent les protéoses, les peptones, les amines, les amides et l’azote minéral ; 40 L’azote minéral joint à celui des amides et des amines.

1. Azote total. — La méthode de dosage employée fut celle de Kjeldhal, modifiée cependant pour atteindre à la fois l’azote organique et minéral.

Bien que la méthode de Kjeldhal ne donne pas toujours des résultats absolument exactsavec certaines matières organiques azotées, telles que les bases pyridiques ou quinoléiques par exemple (1), sa précision, suffisante lorsqu'il s’agit de déterminer globalement l’azote organique des substances végétales, et surtout sa rapidité l’ont fait adopter, de préférence à la méthode de Dumas, par l’ensemble des physiologistes. Mais on n’atteint jamais par là que l’azote organique; aussi, pour doser en même temps l’azote minéral, doit-on modifier la méthode ordinaire de Kjeldhal. Différentes modifications ont été proposées par Asboth (2), Jodlbauer (3), Forster (4), etc. A l’essai, sur des poids connus d’azote organique et d'azote minéral, la modification de Jodlbauer nous ayant donné d'excellents résultats, c’est elle que nous avons adoptée.

La technique comprend deux opérations distinctes :

1° Transformation de l’azote minéral en azote organique par l’action combinée de l’acide phénolsulfonique et de l'hydrogène naissant. Les nitrates, en présence de l’acide phénolsulfonique, donnent naissance à des dérivés nitrés du phénol, qui sont ensuite réduits par l'hydrogène et passent à l’état d’amidophénols ;

29 Décomposition de l’ensemble des composés organiques azotés par l'acide sulfurique bouillant, en présence du mercure et du sulfate de cuivre comme adjuvants.

MODE OPÉRATOIRE. — Sur les feuilles desséchées et réduites en poudre, contenues dans un ballon à long col, on verse ° centimètres cubes d'acide phénolsulfonique et 30 centimètres

(4) W. Mesrrezar et Mlle M.-P. Janer, Bulletin de la Société de chimie biologique, &. ITT, 1921, p. 105.

(2) A. v. Asnorn, Chem. Centralbl., 1886, p. 101.

(3) M. JonrBAUER, tbid., 1886, p. 433.

(4) O, Forsrer, Zeitschr, f. anal. Chem., t. XXVII, 1889, p. 422,

cubes d’acide sulfurique pur. On laisse digérer à froid pendant deux heures, puis on ajoute, par petites portions, un peu de poudre de zinc. Après cinq ou six heures de contact, on additionne le tout de 10 centimètres cubes d'acide sulfurique pur, d'un peu de mercure et d’un fragment de sulfate de cuivre. On chauffe alors, doucement tout d’abord, et ensuite à l’ébullition. Quand la masse n'offre plus qu’une coloration jaune pâle, on retire du feu, on laisse refroidir et l’on ajoute de l’eau jusqu'à dissolution des cristaux qui se sont formés. Après addition de poudre de zine, de lessive de soude et d’hyposulfite, on distille l’ammoniaque que l’on recueille dans de l’acide sulfurique décinormal. La quantité d’acide neutralisé donne la quantité d’ammoniaque dégagée, d’où l’on peut déduire, par une simple règle de trois, la teneur en azote de la prise d'essai.

RÉSULTATS OBTENUS. — Les dosages exécutés de la sorte, à partir des feuilles vertes et blanches de Marronnier et d’'Orme, donnèrent des résultats en tous points comparables d’une plante à l’autre.

Rapportée au poids sec, la teneur en azote total, qui diminue régulièrement au cours de la végétation, aussi bien chez les feuilles vertes que chez les feuilles blanches, est cependant toujours plus élevée chez ces dernières. Il n’en va plus de même si l’on calcule la richesse en azote d’un même poids frais de feuilles ; ce sont alors les feuilles blanches qui se montrent les plus pauvres en cet élément. Chez elles, l’azote total diminue encore régulièrement avec l’âge, tandis que, chez les feuilles vertes, au contraire, il semble que le pourcentage d'azote total se relève vers la fin.

Teneur en azote total des feuillés de Marronnier et d’'Orme. I. — FEUILLES DE MARRONNIER.

Azote total.

P.100 du poids sec. P. 100 du poids frais.

M Re. ST. UT ER nn. 0 Feuilles Feuilles Feuilles Feuilles vertes. blanches. vertes. blanches.

PRONONCE CES 5,898 5,434 4,240 1,040 TUE TE ae che 4,732 5,264 0,881 0,801 RS ue ere el er she k,122 4,504 0,858 0,693 .

DOM ec 2,998 3,487 6,713 0,584

49Mjuin../----;r..0 2,890 3,168 0,828 0,559

Page 1