‹ Le chloral et la médication intraveineuseChapitre 9 sur 29 · III · texte numérisé non relu

III

J’ai établi, jusqu’à ce moment: 1“ que l’injection sous-cutanée de 4 gr. de chloral constitue une dose fatalement mortelle pour les lapins du poids de 2 kilogr, ; 2“ que si, les effets du chloral une fois produits, on injecte dans le tissu cellulaire 1 l/2milligr. de strychnine (dose non mortelle pour des lapins de 2 kilogr.), ou 2 milligr. (dose mortelle), la strychnine ne modifie en rien les effets toxiques du chloral et ne donne lieu à aucun phénomène prouvant qu’elle ait été absorbée.

Malgré les expériences si précises qui établissent ces deux faits, je ne crois pas devoir encore conclure, contrairement à M. O. Liebreich, que la strychnine n’est pas l’antidote du chloral. Aussi, ai-je voulu, pour lever tous les doutes à ce sujet, opposer à l’action toxique de 4 gr. de chloral des doses successivement croissantes de strychnine.

Trentième expérience. — J’ai injecté 4 gr. de chloral à un lapin du poids de 2,200 gr.

Douze minutes après (heure de l’expérience, 2 h. 13m.), i’ai pu constater les premiers phénomènes caractéristiques : tendance au sommeil, al'faiblissement du train postérieur tilubation, pas de trouble de la sensibilité. ’

2 h. 55 m. Sommeil profond. La paralysie musculaire est complète. Le nombre des respirations, qui, au début, était de 54 est tombé à 45 par minute.Température, 37o. La sensibilité persiste

quoique affaiblie ; elle est surtout manifeste à l’extrémité des oreilles (caractère constant).

A ce moment, injection sous-cutanée de 2 1/2 milligr. de strychnine.

3 h. 50 m. Aucun phénomène attribuable à la strychnine ne s’est encore montré spontanément; mais, si l’on frappe un coup violent sur la table où l’animal est couché, on constate des contractions générales qui cessent aussitôt.

4 h. 10 m. Sommeil continu, relâchement musculaire absolu, 42 respirations. Température, 35°.

5 h. 25 m 40 inspirations Température 34°. Aucun phénomène spontané n’indique la présence de l’alcaloïde. Toutefois, quand l’animal se soulève, ou si je le laisse retomber violemment, il se produit un soubresaut général qui n’a pas de durée.

8 h. Le lapin vit encore. Température, 31®. 11 respirations. Aucun signe de l’intoxication strychnique ne se manifeste, sauf une certaine rigidité dans le train postérieur; l’insensibilité est absolue; battements du cœur à peine perceptibles. L’animal succombe à 10 heures du soir.

Examen cadavérique : traitées par le bi-iodure de potassium et la décoction de noix de galle, les urines ne donnent aucun précipité; elles donnent, au contraire, un précipité blanc, soluble dans l’ammoniaque avec l’azotate d’argent.

La décoction de foie et de rate donne, avec le bi-iodure de potassium, un précipité granuleux caractéristique de la présence d’un alcaloïde; avec la décoction de noix de galle, un précipité blanc.

Trente et unième expérience. — Lapin pesant 2 kilogr.

2 h. 12 m., injection sous-cutanée de 4 gr. de chloral. 2 h. 30 m , apparition des premiers phénomènes. 2 h. 47 m , l’action du chloral étant bien accentuée, injection dans le tissu cellulaire de 3 milligr. de strychnine.

3 h. 5 m. Sommeil profond. 42 inspirations.Température, 37®. Aucun symptôme spontané indiquant l’absorption de la strychnine ne s’est encore manifesté; mais, comme dans la précédente expérience, un coup violent frappé sur la table où l’animal est couché détermine une convulsion générale qui ne fait que paraître et disparaître, sans troubler en rien les conditions où il se trouve avant la convulsion.

3 h. 8 m. J’introduis le thermomètre dans la bouche pour apprécier la température. Le contact que je suis obligé d’exercer détermine une crise tétanique bien tranchée qui dure quelques secondes. , i • •

3 h. 40 m. Le hruit produit par une planche, qu un lapin a lait

tomber, provoque une crise absolument semblable a la precedente, puis l’animal retombe dans le sommeil. V 1 , ., ,,

J’ai fait alors recueillir les gaz de la respiration, a 1 aide d un aspirateur en caoutchouc. Ils ont troublé une dissolution asiate d’argent dans laquelle ils barbotent. Ce précipité est soluble dans l’ammoniaque

7 h. 15 m. La température est descendue a SL. Le corps est froid au toucher. 17 inspirations, battements du cœur a peine sensibles ; l’insensibilité générale est absolue. L’animal succombe vers 9 heures du soir.

En somme, les phénomènes observés pendant cette expérience offrent la plus grande analogie avec ceux, qu’a présentés l’expérience précédente. Je ferai remarquer, cependant, que les symptômes dus à l’absorption de la strychnine, quoique n’ayant jamais eu un caractère spontané, m’ont paru plus accentués.

Trente-deuxième expérience. — Lapin pesant 1,900 gr.

A 2 h 7 m., injection sous-cutanée de 4 gr. de chloral. 2 h. 18 m., sommeil chloralique, relâchement musculaire, persistance de la sensibilité. Température 88°. Respiration (57). Injection de 4 milligr. de strychnine.

2 h. 25 m. Un coup violent frappé sur la table détermine de légères contractions générales. A part ce phénomène, rien n’indique l’ahsorption de la strychnine.

2 h. 35 m. Le moindre bruit, une parole un peu élevée, provoque des crises tétaniques très manifestes.

2h. 45 m. Température 39". La respiration est accélérée, on n’observe encore aucun symptôme strychnique spontané.

2 h. 56 m. Convulsion tétanique spontanée qui dure une minute, puis cesse pour recommencer à 3 heures.

3 h. 10 m. Convulsions saccadées et spontanées du diaphragme, respiration très rapide et bruyante.

3 h. 15 m. La l’espiration devient anxieuse, difficile et se ralentit. Le bruit, même très violent, et les coups donnés sur la table ne lui occasionnent plus de convulsions tétaniques. La sensibilité, quoique très émoussée, persiste cependant.Température descendue à 37°. L’animal régurgite une certaine quantité de liquide incolore.

3 h. 25 m. L’excitabilité musculaire reparaît. Si l’on frappe légèrement sur une partie quelconque du corps de l’animal, on provoque des convulsions de très courte durée. Les battements cardiaques sont très irréguliers, la respiration l’est également.

4 h. Température descendue à 35°. Respiration lente et saccadée.

7 h. Ralentissement de la respiration, 9 inspirations par minute. Température, 32“. L’insensibilité est complète partout.

7 h. 30 m. Le thermomètre est fixe à 3l“, 8 respirations par minute. L’animal est froid au toucher. Les mouvements réflexes dus à la strychnine n’ont cependant pas disparu complètement, car si l’on frappe un coup violent sur la table, il éprouve encore des contractions caractéristiques, mais faibles.

8 h. L’animal succombe.

Les urines analysées donnent, avec l’azotate d’argent, un précipité abondant soluble dans l’ammoniaque; avec le bi-iodure de potassium, un précipité marron granuleux; avec la décoction de tannin, un précipité blanc abondant.

La décoction de foie et de rate donne les mêmes précipités avec le bi-iodure de potassium et la décoction de tannin.

Trente-troisième expérience. — Lapin pesant 2,200 gi\

2 h. 45 m. Injection de 4 gr. de chloral.

3 h. 5 m. Phénomènes chloraliques très accentués; injection de 5 milligr. de strychnine.

3 h. 53 m. Sommeil profond; respiration régulière, 24. Température, 35*’. Le moindre bruit provoque des contractions générales. Il en est de même si l’on pince les oreilles ou si l’on frappe un coup sur la tête.

4 h. 25 m. Une certaine rigidité se montre dans le train postérieur, mais l’animal n’a pas de crises tétaniques spontanées ; j’ajoute que, contrairement à ce qui s’est passé dans la précédente expérience, il n’en a jamais eu.

A partir de ce moment, la respiration devient de plus en plus lente, et la température s’abaisse avec rapidité.

A 5 h. du soir, le thermomètre marque 32®. Le nombre des inspirations est de 7 par minute.

L’animal a succombé vers 7 h. 30 m.

S’il est impossible de nier l’action de la strychnine dans ces dernières expériences, mais surtout dans la troisième, il est juste d’ajouter que, non-seulement cette action n’a pas neutralisé celle du chloral, mais qu’elle a, au contraire, précipité le résultat final, c’est-à-dire la mort de l’animal.

Conclusions. — 1“ Si Ton injecte de la strychnine à dose faible et non toxique (11/2 milligr.), ouàdoseplus élevée et toxique (2 milligr., 21/2 milligr., 3 miligr.), enfin à dose plus élevée encore (4 et 5 milligr.), pour combattre les effets déterminés, chez des lapins du poids de 2 kilogr. environ, par une injection souscutanée de 4 gr. de chloral (dose toujours mortelle),

la strychnine ne modifie aucunement l’action de cette dernière substance, et les animaux succombent a autant plus vite que la dose de l’alcaloïde est plus elevee.

2“La strychnine, contrairement àl’opinion de M. ü. Liebreich, n’est donc pas l’antidote du chloral.

3“ Cette opinion de M. O. Liebreich repose sur un vice d’expérimentation.

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