A. — ETUDE HISTORIQUE ET PHARMACOLOGIQUE
Borodine, dans une séance de la Sociélé chimique de Paris, en 1881, décrit 'au nom de Driguine un chlorhydrate double de quinine et d’urée auquel l’auteur assigne la formule C?0°H ?* Az?0?, HCL + CH‘ Az? O, HCL + 3H°0.
Ce corps se dissout remarquablement bien dans l'eau et l'alcool, les solutions se conservent longtemps pures, plus de six mois. il cristallise en longs cristaux blancs qui ont une saveur amère: celle de la quinine. La solution aqueuse est acide, et rougit le papier bleu de tournesol, elle est limpide.
Ce sel a été surtout étudié en Amérique au point de vue thérapeutique. Etant donnée sa grande solubilité dans l’eau, le chlorhydrate double de quinine et d’urée fut employé en injections sous-cutanées dans le traitement du paludisme. Il ne connut pas d’autres applications thérapeutiques jusqu’en 1907.
Au mois de novembre de cette même année, H Thi-
bault de Scott (Arkansas) publie un article dans lequel il attire l'attention sur les propriétés anesthésiques locales de ce sel. Cet auteur l’a employé à différentes concentrations et a remarqué que ce sel était un bon anesthésique lorsqu'il était injecté au laux de 1,5 0/0 ou à un titre plus élevé. Thibault Ya donc utilisé pour pratiquer l’amputation d’un doigt, l’ablation de tumeurs cutanées, lincision d’abcès, la dilatation de l’anus. En badigeonnages sur les muqueuses, il élève la concentration à 10 ou 20 0/0. E.-J Brown, en 1908, en recommande emploi pour l’ablation des amygdales et des végétations adénoïdes.
En 1909, Hertzler et ses assistants Brewster et Rogers étudient et expérimentent cet anesthésique, ils en obtiennent une telle satisfaction qu'ils le subslituent à la cocaïne. La solution qu'ils emploient est celle recommandée par Thibault. Hertzler -à donc étudié sur lui-même les effets de l’anesthésie avec des solutions à 1, 1/2, 1/4, 1/6 0/0. Il constata que la solution de 1 à 1/2 0/0 donne une anesthésie immédiate, linjection n’est pas douloureuse, mais il se produit souvent au niveau du point injecté une induration sans tendance à la suppuration. Les solutions plus concentrées donnent également une anesthésie identique, mais le degré d’induration semble augmenter avec la concentration aussi Hertzler s’en tient au taux de 1 0/0. Cette induration qui est commune aux autres sels de quinine disparaît au bout de dix à quinze jours. Si on emploie dit Hertzler
Ai D'AD À
le sérum physiologique comme disso/vant à la place
de l’eau distillée, l’induration est bien moins marquée. LE
L’anesthésie dure quatre à cinq heures au minimum, et se prolonge pendant plusieurs jours, quatre à cinq jours dans le cas d’une solution à 1 0/0, le retour à la sensibilité normale n’est complètement obtenu qu'au bout de dix jours.
L'induration qui se produit est due à la présence d'un exsudat fibrineux lequel exerce un effet hémestatique réel et joue le rôle de tampon dans ies hémorragies. Cette action anesthésique jointe à ses propriétés hémostaliques font que Hertzler emploie le chlorhydrate double de quinine et d’urée dans ies opérations suivantes: drainage de la vésicule biliaire, ouverture d’abcès appendiculaires, laparotomies ex-
ploratrices, cure radicale des hernies. hydrocèles c’est-
à-dire en lieu et place de la cocaïne. La durée de l’anesthésie pendant plusieurs jours rend pariiculièrement précieux l’usage de ce médicament pour les opérations sur l'anus, dilatation, fistules, hémorroiïdes.
Hertzler lutilise également pour lablation des amygdales en injections en dehors de la glande, et pour les résections de cornets des fosses nasales ainsi que pour les opérations sur la cloison du nez, en badigeonnages à 10 ou 20 0/0..
Hertzler conclut en disant :
Les avantages de ce nouvel anesthésique sont les suivants :
SON INNOCUITÉ ABSOLUE. — Brewster a pu, en injec-
tions intra-veineuses dans un cas d'accès pernicieux
palustre, employer en six heures la dose de 6gr. 40. de chlorhydrate double de quinine et d’urée sans le moindre trouble pour le patient.
La durée de l’anesthésie est de cinq à six heures au minimum et l'effet hémostatique parfait. : La lecture des travaux de Hertzler suggéra alors en 1910, à Gaudier professeur à la Faculté de médecine de Lille, l'idée de vérifier les opinions des auteurs américains au sujet de ce médicament. Il\
emploie à son tour ce sel pour les petites interven-
tions chirurgicales comme anesthésique local, Gaudier, à l'inverse des Américains, frouve que lhémorragie opératoire n'est pas influencée, que Papparition de l’'anesthésie est moins rapide qu’ils ne l’affirmeni, qu’elle reste locale sans diffuser comme la cocaïne, mais qu'elle dure plus longtemps.
En résumé Gaudier peut conclure avec Thibault et Iertzler que :
19 L'action anesthésique de ce sel est presque aussi complète qu'avec la cocaïne et dure plus longtemps. son pouvoir vaso-constricteur seul est discutable et les opérations sanglantes particulièrement celles sur les muqueuses sont plus difficiles à exécuter qu'avec la cocaïne
De plus, et ceci est très intéressant pour nous
2% Ce sel est d’une innocuité absolue ce qui rend son emploi précieux ;
3e Ses solutions peuvent être gardées inaltérées
pendant longtemps ;
ml ce
4 T1 peut être obtenu pur, et aisément n'importe où.
Quelques années plus tard, Boyd dans le New- York medical Journal indique également l’action anesthésique du chlorhydrate double de quinine et durée, il est très employé, dit cet auteur, dans les petites opérations où son emploi peut être substitué à celui de la cocaïne, la technique étant absolument la même.
EFn 1912, F.-W Forbes Ross ‘dans le Zancet indique de même que la solution à 1 0/0 de chlorhy- drate double de quinine et d’urée possède un grand pouvoir anesthésique. Cette combinaison a une pro-. fonde action analgésique, et son emploi est précieux pour les opérations du nez, de la gorge, de l'anus du rectum soit en injections, soit en badigeonnage des muqueuses.
De même Winnifred Green de Louisville, publie 8 cas d'observations personnelles dans lesquelles il a emplové ce sel comme anesthésique local et il conclut ainsi: le chlorhydrate double de quinine et d’uréc esi un anesthésique local de grande valeur et dont l'effet est sûr. L’anesthésie est obtenue entre trois ef quinze minutes, et sa durée varie de quelques heures à plusieurs jours, trois jours étant la moyenne dans les observations de l’auteur.
Le seul accident mentionné, au sujet de l’emploi de ce sel, que nous ayons trouvé dans la littérature médicale se trouve dans un article de Rightor en 1912 dans le Journal American Medical Associahon. Rightor a employé le chlorhydrate double de quinine et d’urée Comme anesthésique local avec des
résultats très satisfaisants sauf dans un cas de circoncision dans lequel l’auteur observa un gonflement très marqué du pénis le lendemain de l'opération. Ge gonflement non douloureux ecchymotique fit place au 7° jour à une gangrène localisée s'étendant exactement jusqu’à la limite de infiltration anesthésique. Cette aire gangrénée répandait une odeur infecte, et se détacha en masse le 10° jour, laissant une surface cruentée à nu, large d'environ un doigt dans la région du frein, et d’un demi-doigt sur le reste de la circonférence du pénis. Après résection et coadaptation des lambeaux cutanés et muqueux, la guérison était obtenue une semaine après.
. Cohen en 1915 utilise le chlorhydrate double de quinine et d’urée comme anesthésique avant les repas dans la tuberculose du larynx en pulvérisations au 1/19° ou au 1/5. Dans les angines, il l’emploie en collutoires ou en gargarismes.
Cohen s’en est servi surtout: 1° Dans le paludisme comme anti-malarien à la dose de 1 gramme par iour en injections sous-cutanées ou intramusclaires pendant une semaine, puis il l’administre ensuite par la bouche ; 2° Dans la pneumonie comme antiinfectieux à la dose de 1gr., 60 en injection intraveineuse pour une première injection, si celte première injection ne suffit pas, il augmente la dose, jusqu'à donner 6 et 10 grammes en quarante-huit à soixante-douze heures. La solution préconisée par Cohen est une solution à 50 0/0 (1 gr. dans 2 emc. d'eau).
Les avantages du chlorhydrate double de quinine
Fm
SA ne et d’urée sur les autres sels de quinine dit Cohen sont les suivants: | |
1° Sa solubilité très grande (son poids d’eau chaude).
20 [1 convient aux injections sous-cutanées et intra-musculaires et n’amène jamais d'accidents locaux.
3° Son pouvoir anesthésique.
L'auteur ajoute qu’on peut l'utiliser en injections intra-veineuses, mais que cet emploi est limité par l'action irritante exercée par ce produit sur la paroi veineuse.
En 1915, E.-H. Tirrel de Richmond en se servant du chlorhydrate double de quinine et d’urée comme ancsthésique local, dans des opérations portant sur l'anus observa linfiltration que nous avons déjà signalée, et il pensa la mettre à profit, de la même manière que d’autres médicaments avaient été employés, pour la cure des hémorrhoïdes. Il trouva cependant que pour réaliser la sclérose des hémorroïdes, une solution plus concentrée, 5 à 10 0/0 était nécessaire.
L'année suivante, en 1916, Tirrel rapporte une série de 128 cas, dans lesquels il a injecté une solution de chlorhydrate de quinine et d'urée dans des ampoules hémorroïdaires. Les résultats furent remarquables, et l’auteur conclut: lPagent médicamenteux par lui-même a un effet anesthésique qui rend son emploi idéal.
C’est Bensaude qui a introduit ce médicament en France. En 1923, il publie un article à ce sujet. IL a d'abord fait les injections dans l’ampoule hé-
le tissu cellulaire sous-muqueux au pied même de
l’hémorroïde d’une solution à 5 0/0. Il se produit
morroïdaire, puis il pratique ensuite l'injection dans
un œdème local et plus tard de la sclérose qui gêne
la circulation veineuse. Il injecte chaque fois 3 à 5 centimètres cubes de la solution et fait une séance par semaine, 6 à 10 injections sont nécessaires pour obtenir un résultat. La sclérose provoquée ici est essentiellement périveineuse, elle agit par étranglement et étouffement progressil des lumières ñémorroïdaires et non par thrombose.
En somme, le résultat définitif des injections de chlorhydrate double de quinine et d’urée soit intra, soit péri-ampullaires est le même dit Bensaude que ceux que nous avons obtenus par les autres méthodes, le grand avantage de cette dernière est qu’elle est absolument indolore.
Le docteur Le Blaye, eut donc l'idée d'employer :
le chlorhydrate double de quinine et durée en injections intra-variqueuses, associant ainsi comme le moniraient Tirrel et Bensaude ses propriétés sclérosantes à son pouvoir gnesthésique local, et il nous conseilla d'en faire le sujet de notre thèse