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tèrn sérieux sans austérité. Elle avait su agner ét conserver la confiance de son ls. Il ne l’aimait pas seulement comme on aime une mère qui nousa nourri et élevé ; il vénérait sa haute intelligence et sarare vertu ; il admirait sa grâce souriante, il recormaissait la suprématie de sa raison,æt s6)couxbait sans murmure sOuSÈeL ‘facile. qu’elle lui imposait.
dl crea! iurès d'elle cette seconde étweationtde Phomniëés si délicate et si difficile. Tout! cé qui existe de fin, de pur, de charmant dans l’âme d’une femme et d’une mère, s’épancha dans son cœur.
Elle retrouva prar ce fils aimé, la dernière des affections de sa vie, des ‘éclairs de seconde jeunesse et le secret de dévouements nouveaux.
Les hommes communiquent la science, les femmes seules adoucissent la sauvagerie du caractère, dérident le front soucieux, et savent refréner doucement les premières tantatives que fait l’adolescent pour secouer les derniers langes qui l’entourent. Bonne comme comme le sont les mères qui ont le génie du cœur, indulgente et ferme tout ensemble, Mme de Morenne se fit le miroir vivant de son fils.
Elle n’étouffait pas son expansion, elle ne le grondait point avec une sévérité maladroite. Toute sa morale découlait de son exémple: elle lui faisait trouver la
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vertu si belle et si sainte qu'il se füt senti malheureux de ne point la pratiquer comme elle. Du reste, elle ne l'induisait point en erreur, et ne fit jamais voir la route du devoir exempte d’épines ; seulement elle faisait de l’abnégation et du sacrifice la grande loi religieuse et la base detôute la morale chétienne.
Élevé par cette charmante femme.dans une pure atmosphère, gardéindiflet .dion, sans qu’on lui eût pour ainsi dire conseillé la bonté et la vertu, Marcellin avait de plus que les jeunes gens de son âge une raison solide et une grande logique. Il jugeait sainemertla vie: Ce n’est point dire que son imagination ne lui eût montré aucune chimière, mais il ne devait jamais être l’esclave de ses désirs, et saurdit toujours, le moment venu, les soumettre à une droite raison, Il possédait un esprit plus sénsé que brillant ; tout en lui indiquait une nature franche vraie, qui ne pouvait ni trahir une affection, ni reculer devant un sacrifice.
Il ne s’effraya point de vivre seul avec sa mère. Son jugement devint solide, ses connaissances s'agrandirent, ses talents se perfectionnèrent.
Peu à peu, cependant, un élément jeune et actif lui mañqua. Sans se l’avouer, il étouffait dans ce château aux noires murailles, dans l’enceinte de ce parc dont il connaissait tous les arbres.
Le matin, il restait chez lui, lisant ou écrivant ; lorsque la cloche du déjeuner sonnait, il descendait, trouvait Mn de Morenne aans le salon Louis XVI, et tous deux passaient dans la salle à manger.
Pendant le repas Mme de Morenne parlait& son fils des audiences données le matin aux pauvres et aux malades qui désiraient quelques remèdes de sa pharmacie. Elle lui demandait son avis, lui faisa'* prendre la moitié des ‘soins que nécessitent les bonnes œuvres, lui indi:
quait quelques visites à faire à des fa:
milles indigentes ; et quand ils avaient concerté les mesures rélatives à Ce qui leur restait à faire, la mère et le fils’ se” séparaient de nouveau.
andis que Mme de Morenne travail:
lait à des ouvrages de tapisserie, Marcelin éntreprenait. de’grandes courses dans les bois’; il chassait, où du moins ik pla:
çait son fusil sur son épaule, sifflait ses chiens et s'éloignait. “A
Mais le soir, il rentrait le Carmer vide, assé d’une longue marche et l'esprit abattu.
Marcellin avait vingt-quatre ans ; le moment était venu pour lui de prendre une position dans le monde.
La mère et le fils achevaient un matin leur déjeuner, lorsque Marcellin, quittant la table et s’approchant de la fe:
nêtre, poussa un cri d’étornement joyeux
(Qu'y a-til donc? demanda Mie de Morenne.
—Rien ! ou du moins présque rien !
répondit Marcellin ; j'ai aperçu le facteur rural au bout de l'avenue: »
La famille de Mme de Morenne était éteinte, etles amis que sa pauvreté relativ 4 n’avait point éloignés, écrivaient fort rarement,
L'arrivée du facteur était donc un événement dus ce château :norne et froid, dont auicun étranger né franchissait la
orte massive, si ce l’est, trois ou quatre fois l'an, un vieux gentilhomme, Chevalier de Saint-Louis, et lé curé du village qui portait à Marcellin uün paternel inté:
rêt. Le j une homme ne quitta pas l'ern-
brasure de la fenêtre, et, un moment
x PC 6 le 4 dr é après, Blaise, qui avait gardé les traditions d'autrefois, apporta sur un plateau de vérmeil deux lettres, l’une adressée à Mne de Morenne, l'autré destinée à Mar-
cellin. Fun —
Le jeune homme régavda le timbre de la sienne, ets’écria :,
«De Fontainebleau! Maurice né n'a pas sublié ! » Sud
Pendant ce temps, Mn de Morenne désachetais une enveloppé marquée d’armoiries. ) 4u |
« Marcellin, dit-elle d’une voix émue, cette lettre est de M. de Charmontt.
—M. de Charmont!
—FElle te concerne plus que moi, lis. ”
Le jeune homme prit la lettre que lui tendaït sa mère, etlut d'une voix qu'il s’efforca d’affermir : !
« Madame,
« Vous n’avez point oublié, je l'espère, le meilleur ami d’'Auguste de Morenne.
Marcellin, qui à l’époque de mon dernier voyage en France était presque un.en:
fant, est maintenant un homme.
« Vous connaissez, Madame, le dernier vœu de votre mari: Lydia, ma fille, a dix-neuf ans. Elle est riche, belle, spirituelle.
«Je l'ai élevée dans la pensée qu'elle serait la femme de Marcellin.
« Nous quittons Florence dans huit jours ; pour nous instalier à Paris, deux mois nous suffront: nous attendrons en décembre Marcellin. Dites bien à ce cher enfant que je reporterai sur lui l'affection que j'éprouvais pour son père ; son pére à qui je dois tout,bonheur et fortune!
«Je vous demande à l'avance pour Lydia, Madame, toute l’indulgençe ettoute la tendresse de votre cœur.
« Bernard DE CHARMONT. »
Marcellin laissa tomber la lettre sur la table,
mme ME! cn
: (Eh bien ! demanda Mme de Morenne.
—Nous devions nous y attendre. :
—Ta destinée va changer, et il était
temps, mon pauvre enfant, tu trouvais
les journées longues ici. | —Quelquefois, cela est à !
. —ÆEt cependant tune me sembles pas
Joyeux. is Ûioiz SU. x
: J'avoue que cette nouvelle m’attriste.
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La révolution avait ruiné d’une façon :
complète Auguste de Morenne et Bernard de Charmont.
Elevés ensemble au fond d’une pro.
vince jusque-là paisible dorsque l’armée de la Convention vint mettre le siége devant Lyon, les deux amis: coururent défendre la ville. Ils combattirent l’un auprès de l’autre, se protégèrent mutuellement, furent blessés tous deux, puis tous deux guérirent ; mais quand il leur fut possible de s'échapper, grâce au dévouement de Blaise, vieux serviteur de M. de Morenne, ils ne trouvèrent plus ni famille pour-les accueillir, ni toit pour les abriter. ï
Auguste et Bernard avaient vingt-ans.
I ne leur restait qu’un parti à prendre pour échapper à l’échafaud : c'était l’exil.
mn 16, —
Mais l'exil né leur montrait que de nouvelles misères : ni l’un ni l’autre de cesjeunes gens ne pouvait exércer un état manuel. Il fallait vivre de privations, et combien de temps durerait cet état de choses ? nul ne le savait.
Le jeune de Morenne fut le plus heureux. Une vieille tante, chanoïncsse de Remiremont, lui fit parvenir cent louis ; c'était à peine de quoi vivre pendant Six mois, mais cela suffisait pour irouver un passeport et passer én Allemagne ou en Angleterre. Auguste fit deux parts de ses cent louis.
«Que. vas-tu faire, et où iras-tu ? demanda-t il le jour même à son ami.
-æ2Je l'ignôre ; tous les chemins sont bons àcelui qui n’a plus pour patrie qu'une terre trempée de sang. |
=Ainsitues sans projots pour l'avenir ? i] |
A peu près, cependant mon intention est de rester en France. Ceux qui émigrent sont poussés vers les pays étrangers par deux mobiles distincts; les uns par ube loyale et respectable fidélité, les autres par la peur. Je suis plus que personne attaché à la monarchie, mais l’émigration ne peut rien pour sa cause. Les massacres de Robespierre, les noyades de la Loire, les proscriptions de Marat ne peuvent durer. Tout état violent amène né-
cessairement une réaction. Un jour viendra où nous serons utiles, gardons notre sang et notre courage pour cette heure.
Tu connais l’activité de mon caractère ; l’inaction me pèse, et le danger w’est ‘pas sans me causer un plaisir irritant. doi l'homme du calme et des affections paisibles, pars pour Coblentz ou Londres, tu y trouveras des amis quite procureront des leçons de français. Moi, je reste. On a démoli nos châteaux et vendu nos terres à vil prix ; le règne de la terreur fini, commencera celui de la bourgeoisie, des grandes industries et du commerce. Je déteste le sang, les massacres et les moyens violents ; mais je suis sans préjugé, et le travail ne m’effrayera pas s’il me permet de racheter un jour le domaine de mes pères.
Mais encore, que feras-tu ?
—J'ai l'idée, mais le levier me manque.
—Et quel est ce levier ?
—L'argent, et c'est tout ! Si j'en avais, grâce à mes connaissances scientifiques, je saurais, sans m’exposer dans le présent, fonder assez rapidement un établissement industriel. 11 faudra toujours des usines en France, et des hommes pratiques pour les faire marcher.
—Mais en admettant que nous nous séparions, dit Auguste, combien te faudraitil pour commencer à mettre ton projet à exécution ? 5
ne
—Une cinquantaine de louis.
—Les voici, dit Auguste.
—C'est un: miracle ! s'écria Bernard.
—Un miracle accompli par ma vieille
tante. Elle m'a envoyé cent louis, parta-
geons.
—Tu es le plus hnoble-cœur que je connaisse ! dit M-deCharmont,. mais je ne saurais accepter.
—Je le veux.
—C'est inutile, répliqua Bernard ; je savais à l'avance jusqu'où pouvait aller ton dévouement, tu viens de m’en donner une nouvelle preuve. Mais à notre époque l'or c’est le salut de la vie. Je refuse. A ma place tu agirais de la même manière.
—Eh bien non ! Je me dirais : Cet apathique garçon ne fera rien de ses cent louis ; il ne saura, grâce à cette somme, ni se créer une position, ni reconstituer une fortune, et je me sens capable de tout cela ! J'accepte ce qu’il m'offre, et si je réussis et qu’il se trouve pauvre quand ma position sera devenue enviable, il ne refusera pas plus la moitié de mon opulence, que je n'aurai refusé les épaves de sa misère.
—Dis-tu vrai, Auguste ?
—$Sur l'honneur.
—Ern admettant que mes rêves se changent en une palpable réalité, tu accepteras la moitié de ia fortune dont je teserai redevable ?
—Je te le promets.
—Je prends tes cinquante louis.
—Mercil» dit de Morenne avec effusion comme s’il était l’obligé.
Quelques jours plus tard, Auguste par-
‘tait pour l'Allemagne avec Blaise, qui
avait refusé de le quitter, et Bernard de Charmont se réfugiait en Auvergne.
Auguste demeura en exil jusqu’au moment où la France, ayant été pacifiée à force de conquêtes, il lui fut possible de venir chercher dans le Lyonnais les ruines du château de Morenne et les limites des champs qu'il avait possédés.
Ainsi qu’il l'avait annoncé à son ami, il sut vivre de privations pendant plusieurs années. Il put, grâce à un faible héritage, rachetèr Morenne, et il sy installa: le souvenir des temps passés était pour lui l'objet d’un culte.
Ses jours se passèrent à surveiller les ouvriers qu'il employait aux réparations les plus urgentes, et à tirer quelques lapre dans ses garennes. Son unique am-
ition était de rendre au manoir quelque chose de son premier et chevaleresque aspect ; les brèches des murailles furent réparées, la toiture rétablie, les vitres étincelèrent aux fenêtres ; les gargouilles grimaçantes allongèrent leurs cous de pierre au-dessus des balcons. ; | Trèfles et dentelles, feuillages et rin-
ms GB) ——
ceaux rajeunirent autour des portes et des croisées, et M. de Morenne se trouva presque heureux. |
Un moment vint, cependant, où la maison lui sembla grande et vide; il eut peur de son isolement dans ces salles immenses. Dinantun jour chez un voisin, il y vit une jeune fille de vingt-cinq ans, grave comme quelqu'un qui a beaucoup souffert, spirituelle comme il convient à une femme de l'être, c'est-à-dire sans.-malice et sans affectation.
Amguste de Morenne comprit ce qu'il fallait à sa vie ; il retourna chez le vieux gentilhomme, lui exposa sahs rougir la modicité de'sa position, et offrit le peu
w’il possédait à Clothilde d'Avy que la Révolution avait doublement rendue orpheline et qui n'avait d'autre appui que le chevalier de Garancel, son tuteur, à qui le baron d’'Avy l'avait confiée quand il quitta la prison pour l’échafaud.
Ce n’était point un brillant parti qui soffrait à Clothilde; elle comprit qu'épousant un gentilhomme pauvre, éprouvé par les malheurs d’une désastreuse époque, et que la solitude avait habitué à :se replier sur lui-même, elle allait donner sa vie toutentièreé à celuicont le bonheur dépendraït de ce ‘qu’elle serait pour lui.
Mais Clothilde avait reçu de l'expérience une édueation forte, et-:mille fois préféra-
‘ble à celle que donnent les livres. En
voyant crouler son avenir et tomber sa famille, elle avait compris l'instabilité de toutes choses. Formée par le malheur, ac coutumée au renoncement, elle s'était fait dé l’âbnégation une seconde nature. Forcée de demeurer cachée dans une cave pendant une crise révolutionnaire, plus tard de travailler pour vivre ; devenue ensuite garde-malade du chevalier, elle avait conservé dans toutes ces phases diff :
ciles et douloureuses le même calme serein, plus empreint encore d'espérance ve de résignation. Elle était l’activité orte, souriante et persistante. Débarrassée de l'inquiétude du lendemain, et replacee dans un milieu en rapport avec sa naissance et ses habitudes, ellé n’eut d'autre vœuet d'autre occupation que de rendre au chevalier de Garancel les soins dont il avait entouré sa jeunesse.
-: Elle lui lisait les journaux et faisait le soir sa partie de trictac, Clothilde l’écoutait avec une patiente attention rappeler pour la centième fois, les souvenirs du temps où il assistait au jeu de la Reine, et raconter l'histoire du menuet ‘qu'il avait eu l'insigne honneur de danser avec Mme la princesse de Lamballe, cette femme ra vissante, au sourire angélique, au cou de cygne qui, disait-elle, devait donner si peu de mal au Mi ut à AU
En causant avec Clothilde, le chevalier oubliait le poids des années et les malheurs successifs qui l'avaient frappé. Il secouait les grains de tabac d'Espagne tombés sur son jabot de Malines, et eût volontiers pirouetté sur les talons étroits de sa chaussure, pour le choix dé laquelle il montrait encore une méticuleuse coquetterie.
Sa pupille était la consolation:et la joie du vieux tuteur. Le chevalier s’effraya donc beaucoup quand on lui demanda la main de Clothilde.
Il n’osa refuser cependant, transmit à la jeune fille les propositions de M. de Morenne, et attendit, fort inquiet de la décision qu’elle allait prendre,
« Mon cher tuteur, lui dit-elle, je vous dois une reconnaissance éternelle, «et j'ai contracté envers vous des obligations dont je ne m'acquitterai jamais. Si le comte de Morenne, riche, brillant, heureux, m'eût offert de m'emmener à Paris, je refuserais un tel mariage sans hésitation :
mais il:n’est pas plus opulent que moimême, son vieux château touche à votre modeste maison, il porte un nom honorable, il m'offre un amour sérieux qui ‘est la vraie garantie du bonheur: je donne mon consentement à cette union, si vous me promettez de venir habiter Morenne* avec nous.
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—Ÿ penses-tu Clothilde ? quitter ÆRisalle !
— Vous n'y êtes pas né!
—J’y ai mes habitudes: mes vieux meubles.
+-Nous les tranporterons à Morenne, et nous y ménagerons une chambre si parfaitement semblable à celle-ci, que vous ne croivez point avoir changé.de demeuré.
—Glothilde, reprit le chevalier .après un momentde silence, je viens de céder à un mauvais mourement, ma -fille….légoïme étouffait en moi tout sentimentde Jjustice.…Je suis bien Âgé! quand. je quitterai ce monde tu ‘rester seule...seule.
belle et presque pauvre...Cela ne peut, Cela ne doit pas être. ..Tu épouseras ÿ de Morenne, et tu feras ce qu’il te plaira de ton vieux tuteur. | , —damais je ne vous quittérai...» répon-
ditlotbilde.
soir même, M. de Morenne, se .présenta, à Risalle. | ] Lechevalier de Garancel le reçut ‘avec une wrbanité remplie de franchise et d'amitié- Un moment il s'était effrayé à.la penséerque Glothilde partagerait son affection, et donnerait à un autre, la moitié de satendresse dévouée. Les vieillards,
([ui-doivent bientôtteut quitter, se cram-
ponnent aux biens qui leur restent; le bon cœur du chevalier trrompha de ce pre-