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mier regret, et saisissant la main du comte :
« Ce n’est point une jeune fille ordinaire qui va devenir la compagne de votre vie, c'est une sainte ! aimez-la ! respectez-la !
Qu'elle réunisse à la fois toutes les tendresses dont vous avez été privé; elle possède l'expérience d’une mère, l’indulgence d’une sœur ; elle aura l'amour de l'épouse, source de joie sans amertume.
Je vous la confie, je vous là donne ?
—Et avec elle une part égale dans votre affection, chevalier ?
—Oui ! oui Ldit le vieux gentilhomme, oui, mon ami, t’aimerai si tu la rends heureuse ! »
Le mariage fut célébré dans l’église du village.
Il n’y eut point de repas luxueux ni de bal pour fêter cette union : mais on décida que l’on ferait dans le pittoresque Bugey une promenade de queues jours.
La beauté du paysage, les merveilles de l’église de Brou que l'on rendait au culte, et dont on retirait les fourrages qui l'avaient garantie de la destruction, les courses dans les bois et à travers les vallées occupèrent deux semaines.
Le chevalier rajeunissait; le bonheur des nouveaux époux lui paraissait être le couronnement de son œuvre.
L'on revint à Morenne.
Le fidèle Blaise avait trouvé moyen de coudre quelques bouts de galon à son-habit; et, nouveau Caleb, il déploya dans le pauvre manoir ur luxe dû à son industrie plutôt qu'äux éléments épars autour de. lui.
Grâce à ses mains laborieuses, tout reluisait sur les dressoirs et dans les cherninées ; l’étain ressemblait à du platine, et l’on eût pris le cuivre pour de l'or. Blaise avait retrouvé dans un buffet des salières et une écuelle d'argent, roulées et presque réduites à l'état de lingots, par des vandales et les pillards de la Révolution; le brave homme porta chez un orfèvre ces vestiges de splendeur, pour qu’on leur rendit leur forme primitive.
Des coupes de Sèvres, présent d'une main royale, avaient été miraculeusement sauvées, ainsi que quelques portraits.
Blaise "pme es murs, suspendit les cadres, brossa les meubles, fit repriser ie lampas des fauteuils déchirés par les éperons des Conventionnels, lava les glaces.
fit miroiter les vitraux de la chapelle, et rendit à cette demeure le seul cachet de grandeur qu’on pût y introduire sans disparate.
Mais la véritable merveille réalisée ar Blaise, fut l'emménagement du dheraler de Garancel. *
Tandis que les trois amis parcouraient
ET
le Bugey, le valet transportait à Morenne les meubles du vieillard et les plaçait dans le même arrangement srupuleux.
Blaisé se surpassa.
Il étendit luimême une couche. de peinture gris-perle dans la chambre, rangea les bonheur-du jour, les meubles d’ébène et d’écaille, les porcelaines, une eauforte de Mn: de Montespan, une scène de Van-Loo, un trameau de Boucher, des pâtes tendres, des fantaisies
Il renferma dans les meubles précieux un Costume complet de garde-du-corps celui que le chevalier portait quand il dansa avec Mme de Lamballe; une bonbonnière, présent de Louis XVI; une épée que le gentilhomïhe avait tirée pour le roï, et mille souvenirs de cette vieille, mais innocente vie qui n'avait pris dela
cour que sa grâce souveraine et sont ‘éx-
quise urbanité.
Lorsque Clothilde eut passé une soigneuse inspection du travail de Blaise, elle témoigna au serviteur plus que de 14 satisfaction, ce fut une véritable reconnaissance. Quant au chevalier, il lui semlu assister à l’un des prodiges dece fa:
‘icux Comte de Saint-Germain, dont les prédictions l’avaient jadis terrifié.
[ne songeait plus à regretter Risalle; il se trouvait heureux, il s’applaudissait d’avoir consénti au mafiage de sa pupille ;
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lui, qui jadis jugeait les vieillards inuti.
les, redoutait de quitter un monde où tant de joies lui étaient encore réservées.
uguste et Clothilde réglèrent leur ex-
istence ann de la rendre meiileure et de lui donner plus de dignité.
L'ordre est un des moyens de la vertu.
M. de Morenne ne dédaignait point de surveiller ses laboureurs, d'assister à la fenaison et à la moisson. [l s'instruisait dans la science difficile de l’agriculture, afin d'apprendre ensuite aux autres ce qu'il avait étudié.
Il n'eut point d’intendant, et régla luimême le compte de ses journaliers,
Mne de Morenne s’occupa de l'intérieur
de sa maison. Malgré l'exiguité de ses re-
revenus, le jeune mènage parut presque riche. On élevait dans la basse-cour les voläilles nécessaires à la table : le lait et le beurre étaient fournis par deux belles vaches; le jardin potager et le verger donnaient les légumes et les fruits ; la lessive se faisait dans la buanderie, et l’on Cuisait le pain dans un four bâti auprès.
ll résultait de ces détails sagement ordonnés, que Mme de Morenne occupait plusieurs domestiques et soulageait un grand nombre de familles, sans trouver dans sa générosité une dépense onéreuse.
Les personnes qui venaient au château eussent été fort surprises en apprenant à
ET
«çuel chiifre se montaient les revenus de M. de Morenne,
L’hospitalité se donnait simplement, mais largement dans ce manoir quasi rural; Clothilde, avec sa grâce un peu austère, Captivait après quelques moments d'entretien. Sa beauté recueillie était le moindre de ses avantages.
Jamais plus digne épouse ne mit plus de candeur et de charme à réjouir le toit qui Pavait accueillie.
Tous les soirs on faisait un trictac, à moins que quelque voisin venant prendre place dans le salon, proposât de jouer à l’'nombre. Alors la figure du chevalier s'éclairait, il retrouvait sa verve endormie, et pour achever de le rendre le plus heureux des hommes, Mme de Morenne se slissait du côté du clavecin, et jouait doucement, lentement, comme si les sons venaient de loin, étouffés par la distance, le fameux menuet de Mme ]a princesse Lamballe.
Il n'était pas rare, alors de voir le chevalier quitter brusquement sa table, aller à Clotilde, et l'embrasser su: les noirs bandeaux qui encadraient son front pur.
Un fils fut envoyé à la jeune femme ; le chevalier de Garancel le tint sur les fonts du baptème etle nomma Marcelin.
Le bon vieillard pressa sur sa poitrine
la petite créature vagissante, et, au sortir