PARTIES CEE ETES PARC TEL
de l’église, la remettant dans les bras de Clothilde :
«Mon enfant, lui dit-il, j'ai vu ton fils me sourire, et J'ai pu m'assurer de ton bonheur...Je ne demandais rien de plus à Dieu, et je le bénis d’avoir exaucé cette double prière.
«Maintenant que tu veilles sur un berceau, Dieu te retire le vieil enfant pour qui tu voulais bien sacrifier ton temps et donner tes sourires.Jeune mère, tu n’auras plus de tuteur jaloux de ta tendresse...
Le pauvre mieillans quite racontait des histoire de l’autre siècle, dont tu ne riais pas, va entendre sonner l’heüre de s’endormir...Tu viendras sur mà tombe et tu ÿ amèneras ton fils:--Lorsqu'il aimera les contes de nourrice, tu lui diras, tandis qu’il chiffonnera tes dentelles et défrisera tes boucles : «Il était une fois un vieux, bien vieux chevalier de Garancel.…
«—Ah ! taisez-vous ! dit Clothilde, n’attristez pas mon bonheur. »
Le chevalier avait raison, sa vie s’étei.
gnait. Il se coucha un soir un peu las, se plaignit le lendemain d’un violent mal de tête, et, presque sans souffrance, il s’éteignit dans la journée, une main dans la main € 1 comte de Morenne, l’autre posée sur la tête du petit Marcellin.
Ce fut une grande dsuleur pour Clothilde. :
tes Otis
Elle portait au vieillard une profonde affection ; il fallut les douces paroles de son mari et les caresses de son enfant pour larracher à l'abattement dans lequel elle tomba après la perte de son vieil ami.
Le chevalier de Garancel fut inhumé dans le cimetière du village, et jamais Clothilde ne manqua de se rendre, le dimanche, sur sa tombe pour y déposer quelques fleurs et y réciter des prières.
L'enfant grandissait. M. Morenne voulut s’occuper seul de sa première instruction, Marcellin possédait une sagacité rare etun cœur sensible, mais il manquait de cet entrain joyeux, de cette turbulence qui fait dire aux mères : Quel démon!
tandis qu’elles se sentent fières des fils qui promettent d'avance du courage et de l'énergie.
Marcellin, comme siles épreuves par lesquelles avait passé sa famille eussent jeté une ombre sur son caractère. fuyait le bruit et les jeux des enfants de son âge:
Quand on le cherchait, on était sûr de le trouver couché au pied d’un arbre, un livre à la main, ou assis dans la volière, étudiant le chant, le plumage et les mœurs des oiseaux que sa mère y réunissait.
Sans savoir ce ue c'était que la rêverie, il rêvait déjà. Il prenait régulièrement ses leçons, montrait des dispositions pour la musique et tenait bien un crayon.
Grâce à l'ordre et à l'habileté de M. de Morenne, en situation S’'améliora, et ik put espérer laisser à Marcellin une foi. tune suffisante pour le mettre à l'abri de la lutte journalière contre les nécessités de la vie.
Plus d’une fois le nom de Bernard de Charmont avait été prononcé dans les en.
tretiens de la famille.
Bien des années s'étaient écoulées depuis la séparation des deux jeunes gens, et aucune lettre n'était venue rassurer l'a mitié inquiète d’Auguste:
On éleva Marcellin dans les sentiments d’une vénération affectueuse pour M. de Charmont. Accoutumé aux histoires de Blaise, l'enfant restait fermement convaineu, en dépit de toutes les apparences, que l’ami de son père reviendrait un jour demander sa place au foyer de Morenñtte,
L'enfant, dans sa naïve confiance, avait raison, en dépit des prévisions de M: de Môrenne.
ETT
Un matin, tandis que le comte surveillait ses ouvriers, que Clothilde inspectait le travail d’une vieille femme qui racommodaït le linge, Marcellin jouait dans uite allées de peupliérs que son père avait fait planter en face de la porte du château.
sure DE rois
Des claquements de fouet, des grelots de chevaux, tout le bruit éclatant d’une chaise de poste, arrachèrent l'enfant à la contemplation d’un brin de mousse portant à sa cime une coccinelle de corail, marquée de points noirs. Il leva la tête, fort surpris de voir que la chaise de poste entrait dans l’allée au lieu de suivre la grande route.
Un homme à la physionomie ouverte et énergique, se pencha à la portière et demanda à l’enfant :
«Cest bien ici le château de Morenne ?
— Oui, monsieur, répondit Marcellin.
—Qui l’habite ?
Mon père, le comte de Morenne. »
Le voyageur cria au postillon d'arrêter, sauta à bas de la la voiture, courut à l’enfant et le couvrit de baisers.
Marcellin, surpris d’abord, se remit bien vite, et levant sur le nouveau venu des yeux intelligents :
«Vous êtes M. de Charmont, le bon ami à papa ?
—Que je t'embrasse encore pour l'avoir deviné ; oui, je suis l’ami de ton père, et le tien, cher enfant !
—Ah ! que maman sera contente ! Et papa! et le vieux Blaise! Pas plus que mOi, allez ! Sans vous connaitre, je vous appelais déjà mon ami Charmont ! Et quand ma mère secouait tristement la
ir
as. 1h
tète, ét que papa répétait : «Il nous aurait écrit!» Je répondais : « Nous le reverrons ! » Et j'avais raison, mon bon ami,
Tout en parlant avec cette vivacité charmante, Marcellin entraînait M. de Charmont dans l'allée, et le postillon, ne pressant plus ses cheveux, gagnait lente.
ment la remise.
L'enfant introduisit le voyageur dans le salon, et monta au premier étage.
«Qu'as-tu, cher enfant? lui demanda Clothilde, en voyant à l'expression de ses regards qu’il brûülait d’impatience de lui révéler un secret.
—-Allons, maman, va vite, bien vite apprendre à petit père que M. de Charmont Pattend pour l’embrasser.
— Lui !
-—Oh! je l'ai reconnu tout de suite ! il a l’air que papa disait...Par exemple, son teint est presque aussi brun que celui des vieux soldats du village...Cest égal, il doit être bon...Il m'a si fort embrassé ! Je l'ai conduit dans le salon.
Mme de Morenne traversa le vestibule et le premier salon, et, entrant dans la pièce ou l’attendait M. de Charmont, elle lui tendit spontanément les deux mains.
—Que mon mari va être heureux ! dit.
elle, nous avons tant parlé de vous.
—Je le sais, madame, puisque cet en.
fant connaissait mon nom. »
ss one
Marcellin cherchait déjà Blaise pour le prévenir de l’arrivée de l’ami de son maitre,
Le pauvre vieillard pleura de joie en reconnaissant Bernard de Charmont.
«Si vous Je permettez, madame la comtasse, dit celui-ci, nous irons surprendre votre mari au milieu de ses occupations rurales. » |
La jeuñe femme prit le bras du voya sgewm;-et Marcellin courut'en avant,
Lorsque M. de Morenne apercut Clothide avec un étranger et vit son fils, essoufflé de sa course et rouge de joie, bondissant vers lui à travers les prés que l’on fauchait, il sentit son cœur; battre. d’une émotion profonde. Quelque chôse de doux et d'attendrissant lui envahissait d'âme ; ilne reconnaissait pas encore Bernard, mais tous les souvenirs de sa jeunesse lui reviarent spontanément à l’esprit. Il marcha vers sa femme, s'arrêtaun moment ; puis Savançant avec une rapidité, il ouvrit les bras pour presser son ami sur sa poitrine. J£L'9 :. Leur étreinte fut longue.
)HQuand ils s’arrachèremt.à ce fraternel
gmbrassement, tous deyx-awaient les yeux amides. LELE
«Méchant! dit Augrr
sdence ! U£ —(Quinze ans-de sopvenir !
Sn ie louée en
"+ —Hs-tu heureux ?
—QOui; je ne t’adresse pas la même question : ta femme.et ton fils sont là.
—Je possède toute la félicité humaine, mon ami.
. Bernard et de Morènne se prirent le bras comme ils faisaient autrefois.
(Tu as racheté Morenne ?
—Lambeau par lambeau.
—Et tu cultives ?
— Avec beaucoup de succès.
de t'en fais mon Compliment..tuù ne me demandes pas-si je suis riche ?
—J’en ai assez pour nous-deux.
De sorte que...
-—$i tu as échoué :dans tes entreprises, tu prendras place-au foyer de Moxenne, et tu conteras des histoires à Marcellin, qui deviendra ton filsautant que lemien…..Tu feras comme moi, tu t'adonneras à Pagriculture. |
—Gelame sourirdit assez ! ; sd <-Agceptes-tu ?.0: {
“er Lee LIST)
culteur, propriétaite d'usines-dwn magnifique:rapport. Diewa. béni mes-efforts, :et je suis-riche. J'emploie six cents ouvriers,
119 23 Et
Er U°E
—À. une digne et charmante femme.
—Une fille.
—Comment s’appelle-telle ? demanda Marcellin.
—Lydya, mon petit ami.
—Je voudrais bien la connaître ! s’écria l'enfant en prenant la main de M. de Charmont. |
—J’espère que tu nous raconteras ton histoire, dit le comte de Morenne.
—Ce soir, après le dîner.
Bernard de Charmont avait beaucoup changé à son avantage, sa physionomie était devenue sérieuse et l’habitude des grandes pensées et des hautes combinaisons l'avait rendue imposante sans sévérité. Entre le jeune homme d’autrefois et l’homme mûr d'alors, existait la différence qui sépare les illusions de la réalité, les penchants vertueux de la fidèle pratique de la vertu.
Après le diner, la famille se réunit dans le verger, sous ure tonneiie de houblon et de chèvrefeuille ; Bernard s’assit sur un fauteuil de bois vert, Auguste prit pe sur un banc, Marcellin demeura de-
out appuyé sur l'épaule de sa mère.
«Mes amis, dit M. de Charmont, vous savez dans quelles circonstances j'abandonnai le Lyonnais pour l'Auvergne. La sauvagerie pittoresque de ce pays me parut une protection ; il est plus difficile de
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OUP mie des Inaisévéis ét ence les Ique
lans blon sur prit , de-
VOUS ban- . La
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tr'âquer ‘un proscrit dans les défilés des montagnes qu’en plaine découverte : en suite, Ma nourrice y demeurait. J'étais sûr de trouver chez elle un abri et de l’amitié. Je fis la route de Lyon à Clermont à pied, pour ménager mes ressources. Je me présentai le soir à la ferme de la Ma.
thurine. En me reconnaissant, l’excellen.
te femme fondit en larmes ; la famille tint conseil ; pendant un MOIS je passai pour le cousin de Grand-Pierre, lè mari de ma nourrice. | :
Lorsque j’eus annoncé à ces braves gens que mon intention était non-seulement de travailler pour vivre, mais de me livrer à la spéculation, Grand Pierre $e frappa le front et s’éria avec vivacité :
«J'ai votre affaire, M. le comte! On peut acquérir pour quelques assignants ce Qui vaudra des centaines de mille francs dans Quelques années... Tous les pays vous sont indifférents, sans doute.
Il s'agirait de descendre jusqu'aux Pyrénées, et de mettre, .: plutôt de remettre en exploitation des mines de fer abandonnées. Du temps que ces mines apparienaïent à un fermier général, mon frère M était Contre-maître. Maintenant l'usine:
est à moitié démolie, lé ruisseau ensablé, les terres avoisinantes en friche. Je vous lé répète, mines abandonnées et bâtiments ruinés seraient 2. pour rien par là
commune, Dans la crainte de vous compromettre, le contrat sera passé au nom de Robert, mon frère. Il vous donnera des contre-lettres, et lorsqu'il sera possible de régulariser ce marché, vous Île ferez pour plus de sûreté. Personne ne s’étonnera de voir mon frère acheter cette propriété, dont il fut presque le gérant.
Avec votre savoir, M. le comte, et le dévouement de quelques braves gens, vous pouvez aisément refaire votre fortune. »
“« La proposition de Grand-Pierre m'enchanta. Les deux frères négocièrent l’acquisition : les cinquarite louis et les économies du fermier soldèrent l’usine et un immense terrain. Je m’installai immédiatement dans deux chambres restées à peu
rès habitables, et je chargeai Grand-
ierre de trouver des ouvriers. |
«Robert et Grand-Pierre me secondèrent si admirablement, qu’au bout de trois années j'avais payé mes dettes, fait rép:
rer l'usine, et que l’exploitation marchait d'autant mieux que les conquêtes du Consulat absorbaient à la fois la fonte, le fer et l'acier. Ma fortune s’augmenta rapide.
ment, j'employai bientôt un nombre considérable d'ouvriers ; je ne me contentai pas de leur payer le salaire des heures de travail : ils eurent, dans une juste proportion, une part de mes bénéfices. Il s’agissait de réconcilier le peuple avec la no-
blesse, le travailleur avec le ropriétaire l'ouvrier avec le patron AR f ie
| S$, 4VOir ramenés à l’ordre et au travai » il fallai
les gagner à la famille et à la religion. ” ne pouyais seul remplir cette Hernies partie de ma tâche. Pour adoucir les esprits aigris, consoler les sauffrants, visiter les pauvres, donner un conseil qui ne ressemble pas à une leçon, il faut une femme dont la délicatesse de Cœur s’'épanche sur tous.
«Je trouvai la COMpagne que mes yœux appelaient, l’aide dont eva besoin pour ma lâche difiicile; j'épousai Blaise de Gina, élevée au milieu des tristesses de exil. |
«Depuis dix années, nos cœurs n'ont Pas Un seul jour cessé de battre à l’unis.
son.
«Nous avons éprouvé des pertes cruelles; notre premier enfant est mort; a faillite d’un banquier nous a mis à deux pas de l’abîme ; deux fois la révolte à grondé dans mes ateliers, et Blanche m'a
suivi au milieu des ouvriers mutinés.
Aujourd’hui payé de mes peines ef de mes travaux par un bonheur que j'apprécie, je n'ai plus rien à deman. der à Dieu, puisque nous sommes réunis.) . Auguste et Bernard s'embrassèrent ; M.
de Morenne raconta à son ami ce que 2Qus connaissons de sa vie, et lorsque Âu-
guste eut reconduit M. de Charmont dans sa chambre, céluici prenant un portefeuille :
«J'ai fait deux parts égales de ma fortune ; voici latiennie. Je garde mes terres, mês hauts fourneaux....tu sais à quelles conditions j'ai jadis accepté...
—N'en parlons plus! n’en parlons jamais ! s’écria 2 RUB)
—Mais ton fils ?.…
—Marcellin aura le nécessaire.
—Tu m'avais promis !
Ne m'affligé pas en insistant.
—Eh bien, soit! dit M: de Charmont avec un sourire : il nous reste un moyen de tout concilier...Tu n’as qu’un fils, Dieu m'a donné uné fille..…..Réunissons no$ espérances, notre amour et notre fortune sur ces têtes chéries...Qu'ils s’épousent plus tard...la dot de la fille acquittera la dette du père. | +
: =De grand cœur ! répondit M. de Morenne. |
Tü fais le serment de Les unir.
—Ce désir sera l'expression de ma volonté suprême.
J’éléverai Lydia dans la pensée qu’elle doit être la femme de Marcellin.
Mon fils grandira dans la même attente. » es
Tous deux s’embrassèrent de nouveau ; leurs cœurs débordaient, il fut Cepen-
dant convenu que l’on n’informerait les deux enfants des intentions de leurs pères qu'à l’âge où ils pourraient comprendre à quoi les obligerait ce paternel souhait.
rès un mois de séjuir à Morenne, M.
de Charmont partit.
Auguste lui promit d'aller avec toute la famille lui rendre cette visite au printemps suivant.
Hélas ! les deux amis ne devaient plus $e revoir.
Mne de Charmont, malade de la poitrine, fut emmenée en Italie par son mari, qui réalisa sa fortune: l’année ne s’éCOILla pas avant la mort de la jeune femme.
empli de crainte pour la santé délicate de Lydia, qu'il croyait atteinte du mal héreditaire, BALRAES demeêura dix années entières à Florence et à Naplés, et ne songea au retour qu'au moment où sa fille Compta dix-neuf ans.
À cette époque, Mme de Morenne était veuve; la dernière recommandation de son mari avait été celle-ci :
« N'oublie pas que Charmont a ma parole ! »
Marcellin s'était incliné sous la main de son père, et avatt à son tour pris un engagement formel.
«Vôyoné, cher énfant! dit Mie de Morênne en s’emparant dé la maïn dé Marcellin, il n’y a vraiment pas là dé quoi t’àlarmer si fort. La première fois que nous Pavons entretenu de ces projèts, ils ont paru te sourire.
—Il ést vrai, ma mére; l’'étrangeté même de ce mariage me plaisait. La viè
, activé de M. de Charmont, la noblesse de &oh Caractère me charmaient. ét excitaient én Moi une admiration sincère. Lés sôuvênirs que j'avais gardés de sa visite à Mrétine, l’idée que je me faisais de Lydia, mé Jetaient dans dé romanesques penséés.
Mais depuis, ma mère, mes impressions sé sont modifiées; je n'ai plus regardé ce mariage que comme le dénouement d’un roman intéressant à la lecture ; j'ai réfléchi, et je me suis sérieusement effrayé.
Cêtte jeuné fille inconnue, qui revient après dix ans passés à l'étranger, réalise-talle l’idée que je me fais de celle qui doit être ma compagne ?
(Si tu savais, mère chérie, ce que ie rêvais tandis que, couché au pied dés grands arbres, je laissais flotter la bride sur le cou de là fantaisie.
«Je ne demandais à celle qu'appelaient \ mes vœux intimes d’autres richesses que .
lés qualités du cœur, d'une beauté que celle de l’Âmé et de l'intelligence.
(Un peu d'or de plus ou dé moïns né ) fait rien dans la balance du bonheur.
(«Je la voyais blonde comme les blés, belle comme toi, avec une figure moïiné gravé, couronnée de ses tresses comme une tête dessinée par Albert Durer. Sa pose était chaste, recueillie ; elle ne riait pas, maïs sés lèvres allaient sourire. Elle nè baïssait point à terre les yeux humides
et voilés comme des veux d'enfant : au.
EL ? à: ;
contraire, elle les levait vers moi avec ne sereine assurance, et paraissait me
dire : Je suis celle que tu attends: là \
femme forte dans sa faiblesse, timide ét
rougissante devant les hommes, coura-/ geuse quand il s’agit de se dévouer et de.
souffrir ! La louange bana'a de la foule mM’embarasse, mais un élog: de toi me rend heureuse. Tu es bon, loyal et doux; ton but est le bonheur caché, la félicité qui se dérobe à l’œil des curieux ; tu m'as appelée, me voilà ! Si quelque considération étrangère te détourne de la voie dans laquelle tu devais me rencontrer, c’en est fait de ta joie en ce monde!
« Voilà ce qu’elle me disait, ma mère.
—Ce sont des révéries, 110n fils; répondit Mme de Morenne d’une voix indulgente ettendre. Tu passes de si longues heures à errer dans le pare, que ton imagination s’est créé une chimère.
—Dont la réalité existe ; car enfin tu devais ressembler à ce portrait quand mon père t’a choisie.
—Je devais être moins souriante. mon fils; mes malheurs étaient trop récents encore !
—Oui, mais tu avais des goûts simples, tandis que Lydia...
—J dis pauvre et Lydia est riche...Tes préventions m'affligent, Marcellin; cette jeune fille est belle..tu as vu son por-
trait.
" —Dois-je m'en réjouir, ma mère ? Sans doute la compagne sur qui nos yeux se reposent doit posséder la beauté, mais, à .mon avis, beauté plus morale que physique, plus intérieure que visible. La beauté est un reflet. Celle qui deviendra ma femme sera peut-être belle pour moi seul, et la foule ne comprendra pas ce qui me charmera davantage en elle. Lydia possède une beauté souveraine, incontestable ; ses traits sont réguliers et sa taille majestueuse; mais sijene vois dans ses yeux que le désir de briller et que la coquetterie dans toute sa personne, cette beauté me causera plus de tourments qu'elle me donnera de bonheur. Encore une fois, ma mère, j'ai été gâté. Je vous ai vu sans cesse occupée de votre mari et de votre fils, vous obligeant pour eux, leur donnant toute votre vie. Ne me grondez
donc pas d’avoir peur.…dans cette circonstance, la crainte est une sagesse.
—Mon enfant, reprit Mme de Morenne, je n’aime point les opinions préconçues
ni les théories. Pourquoi te défier de l’é.
ducation que M. de Charmont a donnée a sa fille ?
—N'en parlons plus, si vous le voulez, chère mère, vous avez peut-être raison, et Passons sans traditions à la seconde lettre ; elle vient de Maurice ! Ce bon Maurice, qui ne m'oublie pas..Sa famille a fait l'acquisition d’une propriété charmante, cachée sous les grands chênes de la forêt de Fontainebleau. Il m'invite à aller pas-' ser chez lui les beaux mois de l'automne, pendant lesquels il étudie les groupes d’arbres et court pendant tout le jour de la vällée de la Sole aux roches menaçantes.
de Franchard. La description qu'il me fait de ce pays est à la fois d’un poète et d’un artiste.
—Et tu serais enchanté de revoir Mau rice ?
—Oh ! certes.
— Allons ! le souci et le plaisir te vien.
nent ensemble : l’un compensera l’autre. Voici ce que tu feras, mon Marcellin ; tu iras passer deux mois chez Maurice, dans ces bois que toi aussi tu aimeras à par- ‘ourir. La distraction de ce petit voyage te disposera mieux pour la visite sérieuse
qué tu dois faire à Paris. Peut-être y résteras-tu tout l'hiver, mon enfant. Je n’approuvé pas les mariages qui s’'improvisent d’une façon trop rapide. Plus tu étudieras Lydia, plus ilte sera facile de là rendre heureuse. Cès arranëements té conviennent-ils ?
— Vous êtes la meilleure des mères !
répondit Marcellin. à
— De tous ceux que j'aimais, toi seul me restes! »
Mme de Morenne s’essuya les yeux, ét son fils, sans chercher à la distraire brus- . Quemënt et à l’arracher au triste retour qu'elle faisait sur elle-même, évoqua devant elle de si douces imdges et groupa tant d’espérances, que la veuve se sentit consolée et que la mère s’estima heureuse.
Sur le point de rompre avec la vie paisible qu’il avait passée aux côtés de $à mère, Marcellin se sentit au cœur un grand regret. C’est que Marcellin n'était pas un jeune homme ordinaire. |
Il avait grandi entre un père sage dont Clothilde avait été l’unique attachement, et une mère digne sous tous les rapports de former le cœur de son fils.
En sortant du château de Morenne pour partager la vie des écoliers, Marcellin quitta la famille pour un pensionnat que
dirigeaient les jésuites. L'enseiènemènt
réligieux ne fut donc pas interrompu ;
l'ésprit n6 se développa point aux dépeñà des facultés de l'âme. On né mit éntré sés Mains que des livres sans dangér, et à les classiques n'étaient pas complétéemént dépouillés des fleurs de l'antique poésie, au Moins avait:on tenté de Ep 4 lé le plus possible les passages scabreüx.
. Nous comprenons parfaitement qué l’on éniséigne à la jeunesse 14 languë d'Homèré ét céllé de Virgile : nous Croÿons que là lécture, l'étude et la traduction de cés pères des poèmes et de l'idylle sont indiépensables pour édifier sur une base solidé uñé brillante instruction ; mais ce que ous n’admettons pas, c’est qu'on mette dans les mains d'adolescents des livres latins dont on ne léur permettrait pas de lire l'équivalent en français. .Ce latin, qui brave l'honnéteté et n’use pas même des artifices du langage pour voilér ce que l’on ne devrait pas sous-éntendre, livré à la jeunesse l’Enéide, Ovide et Horace. On veut que les jeunes gens soient purs dans léurs pensées et chastes dans leurs mœurs, et on leur tend le poison de la corruption.
N'y a-t:il point une grande réforme à opérer en Ce qui concerne les classiques ? Ne peut-on fairé un choix plus sévère ? Les häarangues et Les plaidoiries de Cicéron nè valent-elles point, comme enseignement pratique, le latin d'Hôrace ? A a place des Métumorphoses, ne trouvérait-on pas
de belles pages dans Pline ? Nous voudrions au moins que les écoliers eussent âge d'homme pour leur permettre de fouiller dans ces turpides latines
Pour en faire des savants, doit-on négliger d'en faire ‘des hommes honnêtes’ et vertueux ?
Sous ce rapport, le père de Marcel'in avait fait preuve d'une grande prévoyance. Son fils ne se destinait point à l’instruction ; il devait être instruit cependant, afin de pouvoir un jour surveiller également l'éducation de ses enfants.
Mais, de l'institution où il apprit ce que tout homme doit savoir, il revint aussi pur qu'au moment de son départ.
C'était bien un enfant qui rentrait sous le toit paternel.
Aussi, de quelle sainte tendresse Mme de Morenne aimait ce gracieux adolescent, dont les années avaient développé l'intelligence sans attaquer le cœur !
Avec quelle joie mélée de fierté elle posait ses lèvres sur le front de son fils!
Elle comprenait le père d’'Origène baisant la poitrine de son enfant, comme le temple d'esprit d'amour et de lumiere.
Elle vénérait cette noble cändeur, célébrée par Chrysostôme, Jérôme et Augus- {in.
Elle le gardait avec bonheur chez elle, et redoutait l'heure où il la quitterait, car
CS, CO bon FPE) Louni
. VOUussent re de
néglites et
celiin OYal-
l’insidant, égale-
e que aussi
t SOUS
Mme scent, intelelle
fils !
> baïne le re.
célé- 1gUs-
elle, , Car
pour lui le danger viendrait avec l'ah.
sence. Les tentations ne manqueraient pas de l’assaillir ; aurait-il la force de résister ? se montrerait-il digne de lui et digne d'elle ?
La pensée que son fils aMait prendre une compagne n'effrayait pas Mme de Morenne ; la sauve. garde de Îa jeunesse est
dans un heureux mariage. Elle était loin”
de penser comme ces mères imprudentes qui sourient des dé“ordres de leurs fils, et disent sans rougir cette parole cynique :
CI faut que jeunesse se passe !» Elle avait élevé Marcellin pour la vertu; son enfance et sa jeunesse s'étaient développées sous ses yeux ; elle suppliait Dieu de lui venir maintenant en aide, sa tâche à elle était terminée. Une autre femme al.
lait commencer la sienne l'influence d’une jeune épouse devait être d'autant plus grande sur Marcellin, qu’il possédait un cœur extrêmement sensible et dont les effusions ne demandaient qu'à se répandre. :
Si sa tendresse pour sa femme allait le rendre faible !
Ou bien si sa rêveuse mélancolie Ja blessait, faute de savoir comprendre !
Mme de Morenne affectait plus de tranquilité qu’elle n’en avait réellement.
Comme Marcellin, elle s'épouvantait un peu de l'éducation qu'avait reçue Mie de
Charmont. Privée fort jeune de sa mère, élevée par un père riche qui l'avait inévitablement gâtée, il était à craindre que cette jeune fille eût pris des habitudes et des manières peu en harmonie avec les goûts de son fils.
Lorsqu'elle se rappelait le portrait idéal tracé par Marcellin, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir peur, en se représentant Lydia brune, à la beauté accentuée, à l'œil noir, fier, et aimant sans doute le bal, le mouvement et les louanges.
Mne de Morenne pria, et quand devant Dieu elle eut. pesé tous ses devoirs, elle se senüt plus calme et attendit paisiblement le moment du départ de son fils
Le jeune homme savourait les dernières:
semaines de son séjour chez sa mère.
Il l'interrogeait, la consultait sur la conduite à tenir s’éclairait de son expérience, se fortifiait de sa vertu s'imprégnait pour ainsi dire de son angélique nature,
Il aurait voulu emporter sa raison et son CŒur pour juger sainement toute chose.
Il la pria de lui écrire quelques maxi- Ines Sur Un Carnet qu'il promit de ne quitter jamais et de lire souvent.
se rattachait à Morenne par mille souvenirs, retournait pour la centième fois dans le perce, et souffrait réellement à la b nsée de changer cette vie calme et pai- Sible,
mère, it inée que les et C les
idéal s'emntant ée, à e bal,
ières:
, COnence, pour
in ef oute
naxiquit-
nille à: fois à: la
pai-
Il ne reculait pas devant les obligations d’une union, il n'avait jamais cru que son existence s’écoulerait dans la solitude. Le væ soli! de saint Paul retentissait en lui.
Il possédait déjà Ja dignité nécessaire Pour fonder une famille, et se sentait fait pour toutes les tendresses du foyer,
Le tableau que lui avait présenté l’union de M. et de Mme de Morenne le portait même à désirer un intérieur à lui.
Il se fut estimé fort heureux s'il avait pu choisir celle qui devait être sa femme.
Enfin la veille du départ arriva.
Après le diner, par une belle soirée de septembre, Mme de Morenne prit le bras de son fils, et, sans lui dire où elle le con. duisait, elle le mena au cimetière.
Auguste avait été inhumé à côté du chevalier de Garancel. Marcellin s’inclina et posa ses lèvres sur le marbre.
Le temps était doux ei clair.
Quand un souffle passait dans les arbres, il tirait des sapins un gémissement profond et emportait des tourbillons de feuilles.
De grandes lueurs rouges se fondaient à l’horizon dans l’azur assombri.
La nature paraissait se reposer du fécond travail de l’année.
Mne de Morenne se leva, et pressant la main de son fils:
«Je suis venue ici plus d’une fois me
ses. nn
'affermir dans le bien et m'éclairer dans mes doutes ; j'ai à te dire en face dé cette tombe une grave parole, que tu méditeras dans ton cœur.
: (Ton père à jadis obligé un ami; au- Jjourd’hui il peut recueillir, dans la personne de son fils, la fortune que la simplicité de ses goûts lui faisait dédaignér.
Cest donc en vue de cette richesse, et pour t'en consacrer une partie, que M. de Charmont exigea de son père le serment que les deux familles se confondraient par un mariage,
«Je connais la valeur d’une promesse, et je sais combien est louable 1a fidélité à la parole donnée... Lydia est riche ! si elle était pauvre et que l'apulence fût de ton côté, je te tiendrais peut-être un autre langage, quoique dans tous les cas, je pense de bien agir... Pars donc sans crainte, mon enfant ; si Lydia est digne de toi, épouse-la ; mais n’amène sous le toit de ta mère qu’une femme dont l'âme pure et chaste soit profondément chrétienne.
—Je vous le jure ! dit Marcellin ,
Mme de Morenne et son fils n'ajoutèrent rien de plus.
Maïs quand l'heure du départ fut venye, quand arriva le moment, toujours si cruel, dé là séparation, le cœur de la mère se fondit, elle ne put que pleurer en serrant Marcellin dans ses bras...C’était toute sa
nent ent
esse, té à elle ton utre , Je aintoi, de
jure
vie qui se séparait d’elle ! Encore s’il n’eût dû la.quitter que pour quelques mois !
Mais C'était une part de cœur de son enfant qu’elle allait perdre ! et à qui cette part serait-elle confiée ? Elle demeurait appuyée sur l'épaule de Marcellin, lui adressant des paroles entrecoupées, l'embrassant comme vous embrassent les mères qui se disent :
«Le reverrai-je ? »
Marcellin tomba à genoux :
«Bénis-moi encore, lui dit-il, et bénis à l'avance celle que je te prierai de nommer a fiile. »
Cette scène fut grande mais simple, comme le sont les scènes de toute famille qui a conservé l’intégrité et le plein exer eice des droits qu’elle tient de Dieu.
Marcellin reçut de Maurice et de Mie de Charrière l'accueil le plus affectueux.
L'amitié des deux jeunes gens avait cette chaleur Communicative, que les déceptions finissent, hélas! par refoidir, mais qui est si belle dans les cœurs neuf« et purs, remplis de chastes et religieuses
croyances. | Maurice »t Marcellin s’aimaient sinCèremen!, sans arrière pensée ; ils se confi.
vrent promplement leurs projets, leurs rêves d'avenir: Maurice voulait aller à Rome continuer ses études ; Marcellin raconla à son ami l’histoire de son prochain mariage.
Au bout de deux jours, Mme Charrière parut partager naturellement son affection entre Maurice, Marcellin, et une nièce orpheline qu'elle avait recueillie, et qui portait le doux nom de Marie-Ange.
Son père était frère de Mme de Charrière, et la jeune fille avait trouvé dans le cœur de l'excellente femme me tendresse si complète, qu’elle n'eut jamais la pensée de regretter la mère qu’elle n'avait pas connue.
Elle avait seize ans, la beauté de son âme se réflétait sur son candide visage.
Réservée, un peu silencieuse, mais sans affection, comme il convient à une jeune fille qui n’a pas été gâtée par les adulations de son entourage, elle possédait une instruction solide, et son talent musical était véritablement remarquable.
Quand Marcellin la vit pour la première fois, elle lui rappela vaguement un portrait de sa mère fait au même âge, portrait
ui était toujours resté dans l'appartement à chevalier de Garancel. Dans ce pastel, Glothilde avait ce regard limpide, ce bon sourire, celte ingénuité vrais.
Maurice éprouvait pour sa cousine une
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leurs ler à ellin
pro-
rière affe c-
une illie, \inge.
ère, cœur se si nsée , pas
son sage.
sans une lulaune sical
ière
admiration complète : il ne savait ce qu'il aimait le plus en elle, de ses vertus aimables et paisibles, de la justesse de son es-
rit ou de son abnégation constante pour es objets de son affection. La souffrance et l'infortune l’attirait, disaitil, toujours infalliblement, et elle n'avait d'autre bonheur que celui d’essuyer les laymes des malheureux. A l'amitié qu'il ressentait pour elle se mêlait presque de Ja vénération.
S'il cherchait pour ses tableaux une suave et angélique figure, Marie-Ange passait devant lui avec sa dignité sereine et le peintre atteignait un idéal auquel il ne fût jamais parvenu.
Le temps que Marcellin passa chez Mme Charrière se partagea éntre de longues Courses à l'ranchard et aux gorges d’Apremont, des haltes dans la forêt au pied des grands chênes que Maurice dessinait, et les heures d'entretien paisible qui réunissaient le soir la famille dans le petit salon où Marie-Ange faisait de la musique, avec cette simplicité qui est au talent ce que la grâce est à la beauté.
Les journées passaiert vite, trop vite ; Marcellin n’oubliait cerws pas sa mère, mais affection de Mme Charrière la lui rappelait. C'était le même cœur, avec peut-être un peu moins d'exquise délicatesse. Mme Chärrière avait plus de rondeur
et manquait du charme pénétrant de Mme de Morenne, Quant à Marie-Ange, jamais sœur plus naïve et plus charmante n'avait été rêvée par Mâärcellin ; si quelquefois limagination du jeune homme lui r'appelait l’image de la vierge idéale qu'il avait vue dans ses songes, cette apparition prenait progressivement, et sans qu’il s’en rendit compte, la figure de Marie-Ange. Lo
TI y avait plus d'un mois que Marcellin habitait la Madeleine.
Son cœur était plein d’une douce galeté, il s’abandonnait au présent sans préoccupation de l'avenir. Mais pour s'être endormi à l’ombre, le voyageur n'en doit pas moins reprendre la route commencée, et l'heure des adieux ne pouvait tarder à sonner,
Une lettre de sa mère vint lai apprendre la nouvelle de l’arrivée de M. de Char mont à Paris. Le soir même, Marcellin annonça son départ pour le lendemain.
Mne Charrière sourit du motif auquel elle attribuait l’empressement du jeune homme.
On se sépara de bonne heure.
Marcellin ne put dormir.
Pendant toute la nuit, il entendit les bruits du vent dans les arbres, vagues harmonies qui rappellent le bruit des lames sur les grèves, symphonies adr-1.
; Mme mais avait efois
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rables qui nous convient à la Prière, et paraissent évoquer à la fois le souvenir des absents et le nom vénéré des morts.
Il revit son pere, le chevalier de Garancel, le château de Morenne, et le vieux Blaise. Il se figura qu'il écoutait assis sur un escabeau, en face de la cheminée, les contes fantastiques du fidèle serviteur, Contes dans lesquels je vent nocturne étei- £i:dit toujours la lumière au moment de l'apparition du Spectre, et gémissait dans les arcades du cloître, lorsque le héros té.
méraire s’y aventurait.
Cette fois, il semblait à Marcellin que frênes et bouleaux, chônes et trembles, exécutaient à grand orchestre da brise, de rafales et de tourbillons, la dernière pen: sée de Weber, que Marie-Ange avait jouée un jour avec une expression dont la mélancolie avait profoniément remné toutes les fibres de son cœur.
Ses nerfs étaient tendus, ses mains agitées, la sueur perlait sur son front.
Lse leva, s’accouda à la fenêtre et demeura perdu dans un indéfinissable rêve.
rie.
«Le bonheur seraitil ici?» mu rmurat-il.
Au matin seulement il se jeta sur son lit.
Les adieux qu’il fit à Maurice se trou vèrent adoucis par la promesse de le re-
trouver bientôt à Paris; il témoigna à Mme Charrière sa reconnaissance pour son affectueuse hospitalité.
«Soyez heureux! nous prierons pour vous, » lui dit Marie-Ange,
Il était onze heures quand Marcellin ar-
riva à Paris. Lorsqu'il se présenta chez
M. de Charmont, on lui dit qu'il venait de sortir avec sa fille. Marcellin, que la pensée de cette première entrevue troublait, fut presque heureux du temps qui lui était donné pour y songer et S'y préparer.
IL laissa son nom et son adresse, se promena dans ce Paris merveilleux qui létourdissait, et trouva en rentrant à l'hôtel une lettre dans laquelle M. de Charmont lui exprimait ses regrets, et lui envoyait le coupon d’une loge en l’'invitant à venir l'y rejoindre. on
Marcellin s’habilla et partit pour les /taliens.
Quand il entra dans la loge, un vieillard à la physionomie franche et sympathique se leva, lui prit les deux mains, les serra avec émotion en répétant :
«Mon enfant! mon cher enfant! te voilà donc, comme tu ressembles à ton père !» ;
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Au bruit de la porte qui s’ouvrait et aux paroles de M. de Charmont, une belle jeune fille se tourna à demi vers Marcel.
in, et passa d’un seul regard une rapide inspection de sa personne.
Monsieur de Charmont prit la main du comte de Morenne..
«Ma fille Lydia...» ditil avec l'accent d’un paternel orgueil.
Marcellin s’inclina profondément, trop ému pour parler et exprimer Ce qu'il ressentait.
Il ne prêta à la musique qu'une attention distraite, la vue de Lydia l’absorbait tout entier.
Mike de Charmont était grande, pâle, ses magnifiques cheveux noirs, qu’elle portait en lourdes naîtes, ne paraissaient point fatiguer sa tête superbe. Elle avait une taille élégante, une grâce fière, la conscience desa beauté, et Supportait sans se troubler la curiosité des lorgnettes dirigées du côté de sa loge.
«Nous sortirons à la fin du troisième acte, dit M. de Charmont à Marcellin, je conduis Lydia au bal, vous nous accompagnerez. »
Au bal comme en sortant du théâtre, elle recueillit sur son passage ce murmure de louanges qui flatte si agréablement la vanité de la femme. Marcellin dansa avec elle le premier quadrille. En traver.
sant des groupes pressés, il entendit dire autour de lui :
—La ravissante personne !
—Quels veux splendides !
—Et quelle dot! .
— Heureux qui l’'épousera ! ajouta un quatrième personnage.
Marcellin de Morenne se trouvait complètement du même avis. Il fut heureux du succès de Lydia.
En dépit de ses théories sur la beauté, Marcellin subit la fascination universelle.
[s'en voulait et se gourmandait tout bas de cet abandon de ses principes: mais | lorsque Milk de Charmont reparaissait, il oubliait son rigorisme, et le souvenir de
l'ange aux yeux bleus qu'il dépeignait à ( sa mére s'effaçait complètement desa mé.
moire. À Il exprima à la jeune fille une chaleureuse admiration, accepta le dîner que M.
de Charmont lui offrit pour le lendemain, S et sortit la tête en feu. ; «J'ai la fièvre ! se dit-il en rentrant chez l lui. C'est une hallucination, cette fière beauté n’est pas la vierge modeste ue j'ai Û révée…..Mais qu’elle est belle! mon Dieu, Û qu’elle est belle!
Le sommeil le calma. n AU matin, quand il rassembla ses idées. I il oublia l'enthousiasme. que Lydia lui q
avait inspiré ; il interrogea son cœur, et d
ire
son Cœur lui représenta dans un miroir magique l’image de l’idéale créature qu’il avait entrevue autrefois.
Il essaya de se persuader que Lydia était la plus accomplie des femmes ; puis, pour s'éviter la peine de réfléchir et de débrouiller ses idées, il marcha toute la journée.
L'heure du diner le surprit.
En le voyant, Lydia lui tendit franche.
ment la main.
« Etes-vous reposée ? lui demanda:til.
—Du bal? Oh! depuis, j'ai couru les Magasins et je suis allée à cheval au bois»
Dans la soirée elle ouvrit un coffret, en tira des bijoux, et tendant un petit médæillon au jeune homme : |
(Tenez, dit-elle, j’ailà des cheveux d’un enfant qui avait quatre ans alors... Son père envoya au mien une boucle que l’on renferma dans ce reliquaire..L'enfant s'appelait Marcellin»
Marcellin se sentit, ému, et ses préventions se dissipèrent.
Mais en dépit de la beauté de Lydia et de son amour pour elle, la vie du comte de Morenne devint une souffrance.
Pendant ses visites chez M. de Charmont, le jeune homme tombait invinciblement sous l’empire de Lydia ; aussitôt qu'il avait quittée, il analvsait sa conduite, pesait ses mots, interprétait son si-
lence et se trouvait forcé de s'avouer que Mie de Charmont était coquette. |
Une coquette unie à Marcellin ! Célimène mariée à ce jeune homme qui avait grandi auprès d’une mère pénétrée dé l'importance et de la dignité de ses devoirs. L'existence ne lui serait-elle pas un supplice avec une femme qui nerêvaitque vais, loges de théâtre et succès de beauté ?
Mais M. de Charmont se montrait si affectueux ! Lydia était quelquefois si spontanément aimable, elle lançait des mots si spirituels que Marcellin retombait dans ses perplexités.
Il ne l’aimait pas, mais elle l’éblouissait. ”
Souvent il pensait que lorsqu'elle serait sa femme, il formerait ce cœur endormi êt Jui révèlerait ce qu'il y a de plus élevé dans l’âme et dars l'intelligence.
L’époux deviendrait le Pygmalion moral de cette Galathée.
Ces raisonnements étaient spécieux, et Marcellin le sentait.
Ce n’est point un amour mêlé de sensiblilité et d'orgueil qu'il devait éprouver pour la compagne de sa vie.
Ne Lama s’absoudre des señtiments tumultueux qui naissaient en lui, il se rejetait sur la volonté de son père, tant de fois et si solennellement exprimée, Mais
ce moyen ne lui réussissait pas mieux que les raisons cherchées dans sa tête. troublée. M. de Morenne avait été entraîné à donner une promesse qui ne pouvait réellement lier le jeune comte. Cette promesse, M. de Charmont l'avait pour ainsi dire arrachée, et dans le but de reconnattre la générosité de son ami.
M. de Charmont se trouvait beaucoup plus obligé à l'égard de Marcellin, que celui-ci vis-à-vis le père de Lydia. -
D'ailleurs, la parole de sa mère, cette parole tout empreinte d’une tendresse profonde à laquelle s’unissait la sicence de la vie, résonnait encore à son oreille.
« N'amène sous mon toit qu'une femme chrétienne !» Lydia l’était-elle ?
Ge jour-là, Lydia était sortie quand Marcellin entra dans le salon. M. de Charmont terminait une affaire dans son cabinet. Marcellin, pour la première fois, voulut étudier les choses dont s’entourait la jeune fille. Pour connaître complètement une femme, il faut en effet observer, autant qu'elle-même, le milieu dans lequel elle vit,
M. de Morenne aperçut un volume sur le canapé ; il en regarda le titre —Contes d'Espagne et d'Italie.
« Elle ne l’a pas lu ! » se dit-il.
: À ce moment parut Mlle de Charmont.
Elle vit le livre dansles mains de M.
de Morenne.
(Ah! s’écria-t-elle, quel charn ant esprit que celui de Musset! c’est un vrai et grand poète, un...
—Permettez-moi d'interrompre cet éloge, dit Marcellin, Musset est un poète d’un immense talent, mais vous n’auriez pas dû lire ce livre...
—Pas—dû—lire—ce—livre ! répéta:telle, en soulignant chaque mot.
— Voyons, reprit Marcellin d’une voix douce, une jeune fille peut-elle connaftre Sylvia et Marianne, Porcia ét Rolla ?
— Vous ne comprenez pas Musset! dit elle vivement.
Et, s’accoudant sur la cheminée, elle lui récita les plus beaux vers des Nuits.
Sa voix était sonore et timbrée, elle:
sentaÿ vivement ce qu’elle disait, et quand elle eut fini la magnifique profession de foi du poète, Marcellin était ému.
«Allons, lui dit-elle avec un beau regard humide, faisons la paix et emyportez ce volume... Vous ne m'en voulez plus ?
— Vous êtes charmante ! dit Marcellin.
—Mais à l'avenir vous ne regarderez pas même la couverture de mes livres.
Ne froncez pas les sourcils, je vais vous faire un peu de musique. »
Elle alla au piano, et ses doigts p‘rcou
rurent rapidement les touches; Lydia
.Joua longtemps en déployant une merveilleuse vélocité.
« Vous possédez un rare talent d’exécution, lui dit Marcellin. Connaissez-vous la Dernière pensée de Weber ?
Elle exécuta immédiatement le thème de mémoire, puis elle improvisa de brillantes variations.
‘ŒÆst-ce bien ? demanda-t-elle, en se tournant avec coquetterie vers Marcellin.
—Oui, comme exécution, mais ce n’est pas tout à fait le sentiment de la Dernière pensée.
—C'est possible ! répondit-elle et elle Joua une valse.
Un moment après, Lydia quitta le piano et prit un ouvrage de tapisserie.
Penchée sur son métier, elle était si jolie, sa petite main tirait les laines avec tant de grâce, que Marcellin se trouva bien sévère pour elle, et se rapprochant :
Vous faites un magnifique ouvrage, Mademoiselle !
—Oui, dit-elle, mais j'ai pris ce fauteuil échantillonné, et je ne parviendrai Jamais à cette perfection de travail. Les ouvrières qui commencent ces objets sont de véritables fées.
—Des fées bien malheureuses, Lydia.
—Comment donc! mêler la soie, les laines, créer ces fleurs si fraîches.
—Oui, Lydia, mêier ces laines et ces soies, mais d’une main qu’en hiver le froid fait trembler...Représenter ces ad-, mirables bouquets de roses, tandis que le feu manque dans le poêle de la mansarde, et qu’on grelotte sous une robe d’indienne...
—C'est affreux! s’écria Lydia.
—Oui, bien affreux! et si vous voyiez de vos yeux quelques-unes de ces misères, avec quel bonheur vous les soulageriez!..
—Oh, de grand cœur! je ne sais pas ces Choses.....m'ais quand on est riche...
—Vous êtes bonne, Lydia! s'écria Marcellin.
— Non ! dit-elle avec une humble franchise, J'ai beauconp de défauts.
—Ce sont de méchantes additions que : vous faites à voire caractère, mais laissez:
vous aller à votre cœur et soyez simple et vraie...
—Simple ! répéta Lydia, les femmes de banquiers et de parvenus nous éclabous:
sent !
—Elles sont sévèrement jugées, Lydia:
Voulez-vous savoir ce que leur disait du haut de la chaire un denos grands orateurs : Femmes de seigneurs et d’usuriers si l’on mettait vos robes de gala sous le pressoir, le sang des pauvres en dégoutterait. »
—[C'est fort beau! dit Lydia devenue
7 “ON “JON Aer qe 20 MS
grave, et vous allez voir, continua:t-elle en se levant, et en passant dans un petit cabinet dont la porte donnait dans le $a.
lon, comment je comprends les hautes instructions des prédicateurs. »
Elle revint tenant à la main un billet de cinq cents francs, écrivit sur une feuille blanche :—« Pour les pauvres, »— glissa le tout-dans un enveloppe satinée et présentant la plume à Marcellin :
« Mettez sur l'adresse: A Monsieur le curé de la paroisse de X. »
La journée lui parut un enchantement.
Il fut aimable et causeur, il eut de l'esprit, et il se sentait heureux.
La pensée que Lydia était bonne et généreuse lui faisait battre le cœur de joie.
Mile de Charmont ne le reconnaissait: pas.
(Demain, dit-elle quelques jours après, Vous me trouverez chez la comtesse de Vigné, voici l'adresse. »
Le lendemain, M. de Morenne se présenta chez la comtesse.
Les salons étaient ouverts, tout le monde entrait. Un bazar aux pauvres ouvrieres avait été organisé, et une vingtaine de femmes et de jeunes filles vendaient les objets d’art, les fleurs, les fantaisies étalées
devant elles.
Marcellin aperçut Mlle de Charmont.
Elle était à la tête d’une collection de gants glacés, et fort entourée.
Elle encourageait si bien les acheteurs, elle vantait avec tant de grâce sa marchandise, elle y mettait tant d'esprit, qu’elle obtint un succès fou. La journée finie, elle avait reçu le double de ses jeunes amies.
«Eh bien ! demanda:t-elle à Marcellin, êtes-vous content ?
—Vous avez trop été gracieuse pour tous.
—Par charité ! par pure charité, Monsieur! Un jour vous m'avez dit: « Ah! si vous connaissiez le sort des pauvres ououvrières ! » Une occasion de les secourir s'est présentée, je l'ai saisie avec empressement...jJai vendu pour quatre mille francs de gants!»
Marcellin eûteu mauvaise grâce à ne pas se déclarer satisfait. D'ailleurs il vit un progrès dans la manière d'agir de Lydia: elle avait d’abord envoyé des billets de banque ;: cette fois, elle s'était dérangée pour s'occuper d’une bonne œuvre.
IL est vrai que cette bonne œuvre lui permettait de se montrer dans une ravissante toilette, et qu'elle avait éclipsé Jes autres femmes. -
Il existe deux espèces de charité : l’une, qui est un diamant pur, verse elle- même l’'aumône dans lamain du pauvre ; l'autre, qui brille comme le strass, à la ‘surface, mais ne possède aucune ‘valeur réelle :
'urs, nmarprit, rnée jeu-
Iin, pour
Mon- 1! sl
ouurir presnille
\ ne 1. vit Lylets >ranre.
» Jui aAVIS-
: Jes
une, 1ème utre, face, elle :
c’est celle qui danse, s'amuse et coquette au profit des malheureux.
la vérité, Lydia ne COnnaissait ni aris ni ses misères. M. est-il besoin de chercher l’infortune à Paris? ne nous coudoie-t-elle point à tous les angles des rues ? ne nous regarde-t-elle point avec de | de yeux creusés et hagards qui ren
erment lesmystères de longues an.
nées de tortures ?
M:cellin aimait Lydia !
Sans doute, ce n'était point de cette tendresse remplie de sérénité et de calme qu’il avait rêvée, mais d’une affection ir.
ritable, jalouse, mêlée de souffrance et de bonheur; cet amour lui coûtait des larmes amères et lui causait des Joies soudaines. Lydia, qui s'aperçut du progrès qu'elle faisait dans le cœur du jeune homme, on profita souvent pour le tourmenter,
Tantôt elle paraissait sourire au tableau d’un bonhen: modeste et caché ; d'autres lois, elle effrayai, M. de Morenne en énumérant tout ce qu’il lui faudrait réunir autour d'elle pour être heureuse. Un jour il la trouvait. vêtue simplement d’une robe noire, coiffée de ses beaux cheveux ;
elle lui parlait alors raison, famille : c'était une peinture flamande éclairée par le beau soleil de la jeunesse ; le lendemain elle ne souhaitait que bals, concerts, romans ; elle voulait un mari ambitieux ; la fortune n’était ricn pour elle, sielle w’allait pas à la cour ; tous les hommes ins.
truits, nobles et riches entraient dans la diplomatie, elle voulait être ambassadrice.
«Je comprends le travail, lui dit un jour Ma:cellin, le travail utile à tous, sain pour le corps aussi bien que pour l'âme ; mais la soif des dignités est plutôt l'indice d’une petitesse de caractère que d’une véritable grandeur morale. Je serai, je l'espère, toujours un homme occupé, je ne deviendrai jamais un ambitieux. »
«Je ne parle pas de vous, répondit Lydia sans le regarder, mais de l’homme que je choisirai pour mari. »
Ce mot entra dans ke cœur de Marcellin comme une blessure.
Elle n’ajouta rien pour atténuer cette parole dure et si peu méritée.
Le lendemain, le voyant pâle et triste, elle lui demanda pardon.
«J’ai ressenti une peine profonde, Mademoiselle, je l'avoue ; mais de ce mal résultera un bien...Vous ne vouliez point parler de moi, avez-vous dit; maïs, Lydia, vous gardez peut-être une pauvre opinion
de ce gentilhomme qui accourt de sa ca vince réclamer la main d’une jeune fille riche et belle, sous le prétexte que son père a prêté jadis au sien une misérable SOMmMe de cinquante louis... Si vous avez eu cette pensée, mademoiselle, repoussezla...de ce jour même, je vous rends la parole échangée par nos Pères à notre insu. Vous êtes libre Lydia, ou d’épouser un ambitieux qui fera de vous une am.
bassadrice, ou de devenir la femme d’un honnête homme qui vous conduira dans le vieux château de sa mère, et qui n’a que son affection à vous offrir.
—Vous me faites cruellement sentir ma faute ! dit Lydia.
—de n'ai point cette intention, je vous le jure, je devais faire ce Que j'ai fait ! Si vous souhaitez briser les projets d’unicn formés par nus tamilles, soyez tranquille, je pacte tout sur mOi »
sydia se leva vivement et marcha dans la chambre.
«Oui, vous m’aimez ! dit-elle, vous mai.
mez sincèrement, peut-être plus que je mérite ! je suis une enfant gâtée, insoumise €t violente. Votre raison im'épouvante parfois! mais vous valez mieux que tous les hommes qui m’entourent: ce qu’ils admirent, ce qu'ils adulent, c’est Phéritière ! Deux milions de dot me rendent parfaite à leurs yeux. L'éblouisse.
ment de l’or les rend aveugles sur mes défauts... Vous les voyez, vous, vous me les montrez, vous êtes véritablement bon !
—Et vous aussi, Lydia, vous avez d’irrésistibles retours de cœur !
—Oubliez, dit-elle, oubliez, je vous en prie.
—Ce que vous m'avez dit hier, oui, Lydia; mais non point ce que je vous ai répondu tout à l’heure.
—Ainsi, nous ne sommes plus engagés ?
--Non, mais vous pouvez me choisir. »
Pendant huit jours, Lydia fut reraplie pour M. de Morenne de ces délicates attentions qui sont si puissantes sur le cœur des hommes qui, comme Marcellin, entrent soudainement dans la vie des passions. Elle se montra telle qu'il l'avait souhaitée, elle l’enchanta et lui persuada qu’il serait le plus heureux des hommes si elle l’acceptait pour mari.
Mais au bout de ce temps, Mlle de Charmont se montra si gracieuse pour un apprenti diplomate, et reçut avec tant de plaisir les soins d’un baron allemand, que M. de Morenne retomba brisé du haut de son fragile bonheur.
Désormais sûre d’être aimée; “Lydia joua avec le cœur sensible de Marcellin.
Elle se donna le spectacle de sa jalousie, de sa douleur concentrée; elle savoura comme autant de flatteries d’une réalité poignante ses tortures et ses angoisses.
es
S'il ne s'était pas aussi franchement ex.
pliqué avec Lydia, M. àe Morenne fût parti dans la crainte de s’avilir à ses yeux.
Pour se distraire, il travailla. Ce ne fut point dans un but orgueilleux qu'ilréunit et formula ses idées. Il souffrait, il trouva un puissant allégement dans une occupation intellectuelle.
Quand il avait subi les dédains de la fantasque jeune fille, qu’il sentait son cœur brisé et saignant, il retournait par le souvenir dans le château paternel, il cherchaït de la force en pensant à Mme de Morenne. Mais peu à peu cette parfaite image de la femme et de la mère rendaitsa réverie douloureuse, en lui montrant à l’éclat d’une plus vive lumière les défauts de Mile de Charmont. Chacune des qualités d'esprit et d’âme qui avaient fait sa consolation, son espoir, son énergie, avait son Opposition dans le caractère de Lydia.
Découragé par la perfection maternelle de Clotilde, Marcellin cherchait d’autres noms et d’autres images pour établir une Comparaison nouvelle, d’où sa fiancée sortirait peut-être avec avantage ; mais alors paraissait Mme Charrière tenant par la main Marie-Ange. La voix de la jeune fille le troublait par son intime mélodie :
elle levait son regard sur Marcellin, et Marcellin se sentait le désir d'être bon, généreux et de devenir utile,
Pour se délivrer de la douce, mais persistante obsession de cette image, il cherchait une distraction violente. et retournaït auprès de Lydia.
Une partie de Éhiver se passa ainsi.
Maurice, à qui Marcellin écrivait chaque semaine, devina les chagrins que son ami lui cachait, il montra ses lettres à Mr Charrière, et celle-ci, comprenant le désir de: son fils :
« Maurice, dit-elle, tu devais partir dans un mois, avance un peu ton voyage. »
Trois jours après, Maurice était à Paris.
Quand son installation fut terminée, Marcellin présenta Maurice à M. &3 Charmônt.
Eydia lui fit le charmant accueil avec lequel elle captivait tous les nouveaux venus. Elle se montra étincelante d'esprit, chanta des chansons d'Italie et lança toutes és fantaisies de son imagination dans une improvisation musicale.
Maurice fut tout étourdi.
«C'est une fée ! une enchanteresse !
dit-il.
—Me rendra t-elle heureux ? »
Maurice réfléchit un peu.
«C’est possible ! dit-il gravement.
— Voilà comme tu rassures ?
—Par ma foi! tu demandes trop à la Providence.
—Lydia joue avec moi un manége de
coquette ! Comme elle t'a recu! elle ne savait quelle préférence te témoigner !
— Tu l’aimes ! s’écria Maurice.
—Le sais-je ! C'est de l'entrainement, de l’orgueil, de la fascination. Elle est belle ! elle m'a pris par le côté artistique et léger ; Si je la perdaïs, peut-être me consolerais.
je, elio me fait horriblement souffrir…
Pauvre ami !
— Oui, tu as raison, Lydia est sans pitié.….Que sera-ce plus tard, si déjà je subis ses Caprices et ses boutades ? Je ne suis pas de l'humeur de M. Carvajol. qui est devenu la fable de ce cercle. L'on dit que le choix d’une carrière est difficile. Qu'estce auprès du choix d'une femme ? Et ce qu'il y à de plus incroyable, c’est la légèreté avec laquelle on traite la plus grave affaire de la vie. Un matin un jeune homme s'aperçoit qu’il est blasé sur tous les plaisirs, que ses créanciers le harcèlent, et que ses cheveux blanchissent. Il passe en revue la liste des héritières, met des gants blancs, entre chez un papa qui possède la conscience de sa valeur chiffrée, et lui parle le fameux couplet du Bouffe et le tailleur :
“Monsieur, vous avez une fille...
—Parbleu, monsiéur, je le sais bien !
—Monsieur, c’est qu’elle est fort gentille...
«Et si le jeune homme a un nom con.
venable et des espérances, on l’agrée. A quelques semaines de là, le mariage se conclut. Voilà deux étrangers en face l’un de l’autre ; quelque différence qui existe entre leurs goûts et leurs caractères, ils sont liés pour la vie. Dans le cercle de chacun des conjoints, on dit: Monsieur un tel ou Mademoiselle une telle a fait un bon mariage ? donc l’un deux en a fait un mauvais et sera fatalement la victime de lautre...Ce n’est pas le mariage quiest l’écueil du bonheur, mais le peu de soin que l’on met à préparer une félicité qui demande du bon vouloir et des sacrifices des deux côtés. La dualité en un des époux me semble un problème très-difficile à résoudre. Je le vois bien, M. de Charmont attend que je m’explique.…..
quant à Lydia, elle à encore des bals pour six semaines !
. —Ïl faudra que tu aimes le monde à cause d’elle.
—Ou qu’elle accepte la solitude par déférence pour moi.
—Egoïste !
—Tu te trompes, mon ami, ce n’est ni par égoïsme ni même par jalousie, c’est par respect pour la famille. Du jour où elle est mariée, la femme se prépare à la maternité, cette grande joie, cette haute dignité de sa vie!
«Elle ne renonce pas à tous les plaisirs,
mais elle les mets au second rang. Le devoir prend le pas sur eux. Elle se trouve chargée du bonheur d’un homme : elle ne peut rs m4 au mandat qu’elle a ac.
cepté devant la société et devant la religion ; qu’en dis-tu ?
—Je dis, mon cher, que tu cherches la pierre philosophale ! »
Quelques semaimes plus tard, Marcellin écrivait à Mme de Morenne.
«Ma bonne mère,
(«Mes précédentes lettres t’on fait connaître jour par jour, heure par heure, mes impressions. Je n’ai pas plus menti je m’entretenais avec toi, que je ne veux me mentir à moi même. Lydia est ravissante ! trop belle et tropravissante, hélas ! je le vois, je le sens, et si je regarde un peu de raison encore dans l'entraînement que j'éprouve c’est à tes conseils que je le dois.
«Jusqu'à cette époque, je n'avais jamais réfléchi sur les divers caractères des femmes, et sur l'influence qu’elles peuvent exercer sur nous. Je les croyais toutes douces et patientes : je n'avais vu que
toi, La pensée de comparer, d'étudier, ne m'est venue que dans le salon de M. de Charmont.
«En échafaudant le bonheur que je révais pour moi, j'ai étudié de quels éléments se compose celui des antres. Peu à peu, en réunissant mes observations, en groupant les faits, jai surpris des choses étranges, le secret d’un grand nombre de ménages s’est révélé ; j'ai reconnu que chacun avait sa plaie cachée.
«J'en suis venu à excuser Lydia, en voyant quel exemple lui donnent des femmés plus âgées qu’elle, et en qui Fon s'attend à trouver les fruits de la raison.
«Les frivoles créatures que nous voyons au bal parées de fleurs, de diamants, de dentelles, pensent-elles donc qu’elles ont une âme ? Leur unique souci est d'attirer les hommages des hommes, leur prinçipale occupation de créer des toilettes écrasantes pour leurs rivales. Si on leur demandait dans quel but, elle rougiraient et elles auraient raison. Le mari n'est pour rien dans cette folle dépense de parures ; il paie les fournisseurs, voilà tout: plaire, séduire, attirer à soi des hommages que les hommes du monde font payer au prix de la réputation et de. l'honneur, voilà leur unique souci. Ge qu’il y a d’affreux, c’est que le luxe est devenu la maladie morale de l’époque. On ruine son mari et ses enfants pour des colifichets.
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« Un grand scandale de ce genre s’est produit l’autre jour. Mme de Sénac racevaié de son mari quinze mille francs pour sa toilette, sans compter les présents qu’il muhipliait. Cette somme devint insuff.
sante; Mme de Sénac prit à crédit; les fournisseurs s’y prétèrent pendant. trois ans. Un beat matin, les factures commencèrent à pleuvoir chez M.:de Sénac :
il paya les premières et gronda un peu sa femme ; celles qui suivirent le fâchèrent sérieusement ; enfin, il refusa de solder les trois cent mille francs qui restaient.
En trois ans, pour quarante deux mille francs de chapeaux. Je n’exagère rien ; les joumaux ont retenti. du bruit de cette affaire. Mne de Sénac plaide en séparation.
«Je me souviens avec quel: plaisir je regardais à Morenne les quelques diamants que tu possèdes. Je ne me laissais point de t’'entendre raconter comment, le Jour de ton mariage; le chevalier de Garancel t’offrit une broche et des pendele.
ques de brillants. Ce: n’est pas que ce: don fût d’un grand prix; mais ce pauvre gentilhomme s’était séparé pour toi d'une-des chères reliques de son passé..….et les vieil. lards qui n’ont. plus d'avenir attaghent au passé un prix si grand! Bon chevalier! chers et purs bijoux de ma mère vous éclipserez toujours pour moi les plus splendides parures,
« Lydia porte un collier de perles qui vaut une fortune.
« Dans le cercle de Mlke de Charmont, le plus belle après elle est ‘une créole espagnole, Luisa Carvajol. Tout en elle est indolence paresseuse et grâce non-chalante ; son mari est d’une humeur irritable et jalouse, qu’elle prend à toute heure plaisir à irriter. On dirait une gazelle qui encourage un tigre à aiguiser ses griffes.
Depuis longtemps le sombre Carvajol aurait interdit le monde à sa femme; mais il craint le ridicule qui retomberait sur lui, et souffre que Luisa passe sa vie au milieu d’un cercle de désœuvrés, la cigarette aux lèvres ou l'éventail à la main, minaudant, caquetant, et le laissant, lui, dans l'oubli le plus complet. |
«Que Dieu me garde d’avoir pour compagne une femme ignorante de tous les petits travaux qui l’occupent et prouvent son adresse ! Le travail estla moitié de la défense des femmes.
«Je ne retournerai point chez la senora Carvajol : quelque jour, ces manéges de pr gr finiront par quelque coup
’épée.
« La femme que Lydia recoit le plus intimement, est une femme intelligente, Cornélie Renaut. Le brillant et le tour de sa Conversation me captivèrent d’abord.
Jai voulu lire un de ses livres pour la
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mont, le esle est a-Chairritaheure le qui riffes.
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mieux connaître ; il m’a donné une triste opinion de son cœur. Elle a jugé à propos de se ranger parmi Les ht -m e l’ordre social, de trouver ce monde mal organisé et Îles femmes asservies. Mon Dieu, ma mère, qu'est-ce que les femmes feraient donc de la liberté ?
«Je suis loin de vouloir l’ilotisme de la femme; je vous ai vue, vous, ma mère, jouissant dans notre modeste maison d’une part d'autorité égale à celle de mon père, Vous n’étiez point jalouse de gouverner, votre raison vous en donnait le droit, et mon père s’enorgueillissait de vous obliger à tout diriger, presque en dépit de vous-même. |
«Oh ! bonne et sainte mère ! entre toutes les femmes du monde, qu'il en existe peu à qui l’on oserait confier le soin de son honneur et l'avenir d’une famille!
Que de petitesses, d’orgueils boursoufflés, de fautes déguisées, de coquetteries perfides ! Que de grands malheurs provenant ‘ d’une éducation faussée ou d’une mau.
vaise direction donnée à l'esprit. #
«Suis-je injusto? non, ma mère. Je crois à la tendresse, à la vertu des femmes, mais j'en veux pour garantie des devoirs remplis et une conviction au cœur.
« Cette lettre te peint mon indécision et ma souffrance morale.
«J'aime Lydia, et elle me fait presque
peur. Je l’aime parce qu’elle est belle, at trayante, et que son choix sera une °: tinction enviée de tous. Maïs si elie Ce vient ma femme, je tremblerai prur re trésor fragile ; m’aime-telle ? La +auits ne tient-elle point trop de place dans sa tête pour que le vide n'existe pas au fond de son cœur? Elle m’encourage, me repousse, me console, m'afflige ; elle me rend infiniment malheureux...et je reste encore...et ces tourinents me paraissent peu de chose en comparaison de ceux que Jj'éprouve quand elle m’oublie dédaigneusemeñl pour un nouveau venu.
«Oh! pauvre mère adorée, mon amour our elle tient aux passions qui troublent
e cœur et la tête. Auprès de Lydia, je ne me sens pes meilleur ; elle ne m'apaise
point, elle m'aigrit et m'’attriste. Mon
amour est une souffrance ! ou plutôt est-ce
de l'amour ? Non ! l’emour est une estime
céleste, une fusion complète de deux
âmes, et nous ne nous comprenons pas, — ROUS ne nous Comprendrons jamais.
« Plains-moi et prie pour moi : je lutte, et le combat que je soutiens contre moi.
inème m'épuise chaque jour davantage.
« Lydia ne me rendra point heureux dans le sens que j'attachais autrefois à ce mot ; mais cependant, si elle me préférait, aurais-je le courage.
«Adieu, mère chérie, mère adorée,
paise Mon est-ce stime deux pas,
lutte, moige.
1reux à ce érait,
orée,
éclaire-moi de tes conseils, et rends un peu de calme au cœur de ton fils.»
Mue de Morenne répondit longuernent à Marcellin.
Elle lui envoya plus qu'une lettre, un long cri d'amour maternel, expression d’une angoisse profonde et d’une soudaine inquiétude. Mme de Morenne s'alarmait vivement de la situation d'esprit de son fils. Elle comprenait qu'il w’aimait pas dans le sens magnifique et profond de ce mot, mais qu'il était amoureux. El pouvait, entraîné par un sentiment violent qu’excusait sa jeunesse, et que devait rendre
lus imprévu, plus fort, plus dangereux austère réclusion de son adolescence, fermer les yeux pour ne pas voir les défauts de Lydia, et tout attendre du temps, qui caline les têtes frivoles.
La mère se préoccupait à juste titre.
Les léttres de Marcellin lui avaient montré Lydia ce qu’elle était réellement, une enfant adulée de tous, gâtée par la fortune. élevée dans un luxe qui amollit l’âme, confiée à des gouvernantes qui en avaient fait une jeune fille brillante, sans soager à en faire une femme vertueuse :
en un mot, une reine de salon, une type
d'élégance. en qui tout était surface et vanité.
Elle ne savait de la religion que ce qui est indispensable, et ne songeait aux obligations qu’elle impose qu’une fois par semaine, quand elle sortait tenant à la main un riche livre d’Heures, et se rendait à l’église où agenouillée sur une chaise de velours, elle laissait errer son regard des images saintes aux toilettes des femmes qui l’entouraient. Elle ignorait que la foi est une sauvegarde, une consolation, une espérance ; que sans elle les vertus morales ne tardent pas à s’évanouir sous le souffle pernicieux du monde ou l'orage des passions. La lettre de l'Évangile était une lettre morte pour elle; il était de bon ton de se rendre à l’église, elle y allait: voilà tout.
Marcellin se rendit compte de ces différences de sentiments qui élevaient entre lui et Lydia une nouvelle barrière. Il sentit ia y aurait toujours une part de lui, et la meilleure, en désaccord avec ir pensée de celle qui devait être sa femme.
Ses idées religieuses seraient sans cesse refoulées ou froissées, il lui faudrait en comprimer l’élan ou subir peut-être les railleric de Mlle de Charmont.
Cette grande inquiétude, Marcellin l’avait versée dans l’âme de Mme de Morenne, qu’elle devait émouvoir plus que toutes
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les autres. Elle comprit que Lydia rendait son fils le plus malheureux des hommes; cette mère si tendre, si devoué, si complètement mère, crut qu’il était de son devoir de porter la lumière dans tous les plis du cœur de sonenfart, dût-elle, pour y arriver, le faire souffrir encore. Elle le plaignit, mais elle lui dit la vérité, elle pleura avec lui, et, tout en en l’appuyant contre elle lui montra les épines de la voie dans laquelleilentrait. Elle lui cita les manifiques paroles de Lacordaire : «A « l’homme gravitant de l’adolescence à «la maturité, il faut un attrait qui satis- « fasse à la fois sa jeunesse et sa force, son «besoin de renouvellement et d’avenir ; « Dieu lui a preparé l'amour qui doit, s’il «est vrai c’est-à-dire pur, achever l’éduca- «tion de sa vie et le rendre digne d’avoir «une postérité. »Mme de Morenne terminaït sa lettre par ces mots : «Jet’en con:
jure, fils bien-aimé, ne prends pour compagne de ta vie qu’une femme dont l’âme soit assez noble pour élever encore la tienne, l’intelligense assez haute pour te comprendre, le cœur assez pur pour te purifier de plus en plus.
Marcellin baisa la lettre de sa mère, la relut et resta préoccupé pendant plusieurs jours.
L'hiver s’achevait; les fêtes se succédaient aves une sorte de fureur, comme
si on avait hâte de boire toute la lie des plaisirs tumultueux. M. de Charmont paraissait s'étonner du silence de Marcellin, qui ne faisait aucune allusion à l’époque du mariage. Lydia l'observait, et la coquette fille, craignant de Iui voir secouer le joug qu’elle avait alourdi, se montrait remplie äe douceur et de grâce, comme pour demander pardon de ses précédents caprices.
Un drame intime se jouait entre ces deux jeunes gens: Lydia comprenait toute la noblesse de cœur de Marcellin ; quand elle le comparait aux autres hommes, elle s'étonnait de cette supériorité morale, qui la séduisait tout en Peffrayant. Ellé jouait avec ses tourments ect sa jalousie; elle voulait pousser jusqu'au bout l'épreuve commencée, parce qu'ellé se croyait assez sûre de lui pour se dire : «Quand je lui téndrai ma main, il la recevra à genoux.»
Quelques semaines se passèrent; le printemps amolissait l'atmosphère et développait les premières feuilles ; M de Charmont parlait déjà d’aller à la cam na-
On venait de dîner, Marcellin ci MAurice avaient été invités ce jour-là; f:ydia proposa de faire:une promenañe à cheval.
Pendant qu’elle achevait sa toilette, les jeunes gens firent seller les c'cvenx, et l’on se retrouva à l'entrée üe la yrande avenue des Champs-Élysés.
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