ÉPIDÉMIE D'ÉGYPTE
En d'autres termes, il est des régions entières de l'Inde où le choléra est aussi rare que dans les autres pays, et c'est dans les ports où il règne à l'état endémique que les Indiens qui y séjournent en attendant le départ des navires prennent le germe des épidémies cholériques, qu'ils propagent au loin. C'est ainsi que les pèlerins, prédisposés par la misère et les mauvaises conditions hygiéniques des navires qui les transportent, arrivent au Hedjaz et y déterminent des épidémies de choléra, si on ne leur a pas fait subir des mesures quarantenaires dans certains points déterminés de la mer Rouge que nous avons indiquées.
L'épidémie de la Mecque de 1882 a été' causée par des pèlerins venant de Bockara, où le choléra n'est pas endémique, et qui avaient passé par Bombay, foyer endémique, afin de s'embarquer pour le Hedjaz.
Nous arrivons à l'épidémie actuelle.
Le choléra éclata à Damiette le 24 juin et déjà le nombre des décès est considérable. On a compté plus de 800 morts par jour. Il n'y a pas deux mois que l'épidémie a fait son apparition et déjà l'on parle de plus de 25,000 victimes et il est probable que nous ne connaissons pas tous les décès. Ces chiffres très élevés, donnés aujourd'hui, seront demain dépassés.
Après Damiette et Mansourah, Ghiseh, Bou- PROUST. — Cholâra. 12
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lac({, le Caire, Alexandrie, ont été giicccssivenient alleinls. L'Kj^yple entière est envahie, et, comme cela devait être, l'épidémie commence à disparaître dans les parties primitivement infectées. Les cordons sanitaires, d'ailleurs mal appliqués, ainsi que les autres mesures sanitaires, deviennent inutiles et les soldats anglais vont camper en dehors des villes.
Les Anglais ont d'ahord nié qu'il s'agit du choléra envahissant; il ont voulu démontrer que la maladie n'avait qu'une origine locale, et qu'elle s'éteindrait rapidement sur place. On l'attribuait à l'insalubrité de Damiette et des lacs qui l'entourent, où l'on jette, paraît-il, un grand nombre de cadavres d'animaux. Une récente épizootie de typhus de l'espèce bovine aurait accru encore ces causes d'insalubrité. 11 est impossible aujourd'hui de partager la confiance qu'un médecin des plus illustres de l'Angleterre, sir W. Gull, exprimait à la Chambre des lords, dans la séance du 3 juillet. Il semble au contraire probable que le choléra ait éclaté le 23 juin, alors que le 18 juin plusieurs marchands indiens, récemment débarqués de Bombay, venaient d'arriver à Damiette. On parle aussi d'un chauffeur du navire anglais Jo Ti- 1110111% venant de Bombay, débarqué le 17, et qui serait allé à Damiette le 10 (1). D";iilloui's, le
(1) L'importalion par lo cliaulTeur du Tiinoiir a clé conlcsléc (do Cusli'o). U est difflcilo do se prononcer sur un fail spécial sans une enqut'lc approfondie; que le fail du Tiinour soit oxacl ou non.
lÎPIDÉMIU D'ÉGYPTE. IT.)
Conseil sanitaire d'Égypte, les docteurs Mackie, Flood et Grant, médecins du consulat anglais, reconnaissent aujourd'hui qu'il s'agit bien du choléra importé de l'Inde.
D'un autre côté, l'absence presque complète de mesures à l'égard d'Indo- Javanais qui, depuis le commencement d'avril, arrivaient à Suez, expUque de la façon la plus naturelle l'invasion du choléra.
A la séance du 9 avril du Conseil sanitaire d'Alexandrie, la Porte avait notifié au gouvernement égyptien que ces Indo- Javanais, devançant le pèlerinage et arrivant en patente nette, devaient subir une quarantaine d'observation de cinq jours à l'île de Camaran, avant de se rendre à Djeddah. Le délégué français demandait en même temps que ceux qui arriveraient à Suez, sans avoir subi de quarantaine au campement de Camaran, fussent soumis à une observation de trois jours dans un point isolé.
Mais après une série de tergiversations, de levées et de remises de séance, sous riniluence de la pression exercée par les délégués anglais, les mesures ne furent pas régulièrement prises, et à partir du mois de mai, le Conseil ne se réu-
rimporlQlion pai- un navire ck- Dombay n'en est pas moins cxli-rmeuicnl probable, J'aulanl plus que, depuis Tapparilion de répidémie, d'autres navires soni: venus de Boniljay en Egypte ayant le choléra à bord (navire anglais Govino)^
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nissaiil i)lus, aucune protection ne lut plus exercée.
Scion toute vraisemblance, le choléra a donc été importé en Egypte par les provenances de Bombay.
L'Angleterre, comme l'a dit M, Bouley, vient donc de fournir, au point de vue de la méthode expérimentale, une expérience d'une grande valeur et dont on doit espérer que les résultats ne seront pas perdus. Il faudra en tirer pour l'avenir tout renseignement qu'elle comporte. Tant que les mesures prescrites sont exécutées en Égypte, le choléra n'y pénètre pas. Les précautions sanitaires sont supprimées, l'Egypte est envahie.
Mais que va devenir cette épidémie? Jusqu'à quel point nous menace-t-elle ? Alexandrie envahie est le commencement, pour l'Europe, de la période de grand danger.
Sans doute on a pris tout récemment une mesure qui aura de l'efficacité si elle est bien observée ; elle consiste à examiner tous les fuyards à Alexandrie et à n'admettre à bord que les personnes en bon état de santé. Mais il est à craindre qu'on élude ces précautions de bien des manières.
C'est ici que se pose pour nous la question des chances que nous avons d'échapper à l'importation
Cette question a été traitée à l'Académie des