‹ Le choléra [electronic resource]Chapitre 48 sur 59 · ÉPIDÉMIE D'ÉGYPTE · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIE D'ÉGYPTE

sciences et à TAcadémie de médecine par l'épidémiologiste le plus autorisé (1).

« Je constate d'abord, dit M. Fauvel, qu'aujourd'hui l'Europe est entièrement exempte du choléra asiatique qui règne en Egypte (2). »

En 1865, la propagation fut très rapide; mais l'Europe n'était pas alors préparée à se défendre, et elle fut envahie sur plusieurs points à la fois;

Aujourd'hui il n'en est plus de même ; l'Europe, prévenue à temps, dispose des moyens préventifs les plus énergiques. On peut même dire qu'à certains égards ces moyens sont exagérés et que, sous ce rapport, l'Angleterre paye chèrement la faute qu'elle a commise en Égypte. Pour avoir voulu épargner certaines mesures de précautions à quelques-uns de ses navires venant de l'Inde, tout son commerce est rudement frappé.

Si l'on ne tenait compte que de la sévérité des prescriptions quarantenaires, on pourrait

(1) L'épidémie de choléra en Egypte ; son origine, les chances que l'Europe a d'en Cire préservée, par M. Fauvel.

(2) Une communication récente de Sir Charles Dilke à la Chambre des communes présente à cet égard un grand intérêt. Le ministre du Local Government Board, voulant rassurer l'opinion, dit que les quelques cas de choléra observés récemment en Angleterre sont des cas de choléra simple (choléra nostras) et n'ont aucun rapport avec le choléra asialique.il s'appuie sur la statistique pour établir que chaque année on voit se produire en Angleterre des cas du môme ordre, et le chiffre de 1883 est même inférieur à celui de quelques années précédentes. Ainsi donc le gouvernement anglais dislingue le choléra simple du choléra asiatique.

iKti ClIOLfiRA.

se croire porfaiLement garanti de rinvasion du l'iéau; inalhcui-easeinenlaiilre chose esl la près* criiUion, autre chose est l'exécution, cl il esta craindre que celle-ci ne fasse défaut sur quelques points.

Le danger dé l'invasion du choléra est en grande partie proportionné à la distance du point infecté. C'est ainsi que la Syrie, par sa proximité, est le pays le plus menacé" par les personnes provenant de l'Egypte. Il y a bien un grand lazaret à Beyrouth, oia les provenances d'Egypte sont reçues; le sultan vient d'organiser une croisière destinée à surveiller la côte; néanmoins rien n'empêchera des fuyards montés sur des barques d'aborder la Syrie. Ce pays est donc en premier menacé. En revanche il est possible d'y circonscrire le fléaii, comme on l'a déjà fait plusieurs fois, de sorte que l'extension du choléra en Syrie ne compromettrait pas nécessairement l'Europe (1).

Il n'en serait pas de même deConstantinople si, malgré les barrières qui en défendent les approches, le choléra venait à y pénétrer. C'est en vain que la Russie par ses quarantaines dans la mer Noire, que la Roumanie et la Bulgarie, celle-ci par des mesures où se trahit une intention politique, chercheraient à se garantir du fléau. Il se ferait jour malgré les barrières plus apparentes que réelles dans ces pays

(1) Quelques cas imporlcs d'Egypte à Bcyroulh ont pu cire isoles, et jusqu'ici n'onl pas donné lieu à une épidémie.

ÉPIDÉMIK IJ'ËGYPÏE. iSS

OÙ le teiTain est tout prëpElré pour le i*ecevoi r

Vieiit ensuite la Grèce, qui, depuiyla guerfé de Grimée où notre -armée lui apporta le choléra, a réussi à se garantir des dpidëmlés ultérieures. Sa garantie quasi-insiilaire, ses relations commerciales limitées, y favorisent les mesures d'isolement. De plus, sa population y lient énormément à l*exécution des mesures quarantenaires. Il est donc infiniment probable que la Grèce réussira encore cette fois â se préserver.

Dans la mer Adriatique et notamment â Trieste les quarantaines sont moins certaines; et il est à craindre qu'à raison désintérêts commerciaux prédominants, la mise à exécution des mesures prescrites à Trieste ne laissent pas beaucoup à désirer. C'est un des points faibles de la défense européenne.

L'Italie a édicté dernièrementles précautions les plus sévères contre les provenances contaminées ; il est certain que le gouvernement fera tous ses efforts pour les faire exécuter. Mais que peuvent les bonnes intentions du gouvernement italien avec des liioyens d'action insuffisants et contre les habitudes invétérées des agents chargés de l'exécution? Et comme la masse des fuyards se dirigera vers les portë d'Italie, il est à craindre que ce pays ne devienne la porte d'entrée du choléra eu Europe.

18* CHOLftRA. ,^

L'Espagne se défend par des moyens qu'on peut qualifier d'exagérés, mais la distance de

ce pays et le peu de relations avec l'Egypte j

constituent les principales garanties contre \ l'importation directe de la maladie.

Quant au littoral français, les mesures qu'on ^

y pratique depuis le début de l'épidémie per- | mettent d'affirmer qu'il y a bien peu de chances

pour que le choléra pénètre en France de ce ■

côté. ■

Mais il ne faut pas perdre de vue que cette

barrière générale et puissante aujourd'hui n'aura j

plus qu'une efficacité restreinte le jour où le ! choléra aurait pénétré en Europe.

Dès lors aucun obstacle sérieux ne pourrait I

être opposé à sa marche envahissante par les ;

moyens de communication rapides qui unis- I

sent entre elles toutes les parties de l'Europe. j

Il ne resterait plus dans chaque pays qu'à se ]

préparer à en diminuer les ravages par des ;

mesures d'hygiène appropriées. j

Ainsi l'intérêt capital du moment consiste à |

prévenir l'invasion de l'Europe par un point \

quelconque de son territoire (1), \

On a beaucoup agité la question de savoir si \ l'Angleterre, par le fait de son obstination à ne

(1) Aujourd'hui 10 août, plusieurs cas de choléra ont été imporics I

par des navires venant d'Egypte à Beyrouth, à Smyrne ; le lazaret ' de Marseille a reçu uu navire le Péluse qui avait perdu deux

cholériques pendant la traversée, les passagers ont été débarqués j

et isoles, le navire désinfecté ; jusqu'ici, tous ces cas, grâce aux j mesures prises, sont restés stériles.

itPIDIÏMIE D'ÉGYPTE. 185

prendre chez elle aucune mesure de quarantaine contre les provenances des pays infectés, ne pourrait pas, en ce moment, être la voie d'introduction du choléra qui se propagerait ensuite au continent.

M. Fauvel ne partage pas cette crainte. On ne doit pas perdre de vue que l'Angleterre est en relations constantes avec les pays indiens oii règne le choléra, sansqu'ilen soitjamais résulté une importation de la maladie. La durée du voyage entre Port-Saïd et l'Angleterre n'est pas moindre de quatorze jours pour les paquebots rapides. Or, après quatorze jours sans accidents cholériques à bord, il n'y a plus aucune chance d'importation par les personnes ; et comme le gouvernement anglais déclare qu'en cas de cargaison suspecte il a ordonné des mesures de désinfection, presque tout danger est écarté de ce côté.

L'histoire du choléra en Angleterre nous montre en effet que, toutes les fois que ce pays a été le théâtre d'une épidémie cholérique, c'est quand la maladie régnait dans les mers du nord de l'Europe que l'invasion a eu lieu. Ainsi, les craintes exprimées aujourd'hui du côté de l'Angleterre sont contredites par l'expérience. C'est là line opinion qui n'est pas généralement admise; mais elle est basée sur l'observation des faits poursuivie pendant un grand nombre d'années. L'Angleterre a dû son immunité à

18(1 CIIOLICMA.

rûloigncmeiil do l'ICgyplo; maifi il n'est jjas (JouLeiix si ollo (îliiiL (lîiiis laMôdilciTanôe et qu'elle persisliît cependant à ne prendre aucune mesure qaaranlenaire, elle ne larderait pas à être envahie.

Après les considérations qui précèdent, peuton affirmer qu'il y ait encore des chances sérieuses pour l'Europe d'échapper à l'épidémie qui la menace?

En tenant compte des lois auxquelles sont soumises les épidémies de choléra, je n'hésite pas à répondre par l'affirmative, dit M. Fauvel. Une de ces lois est que: plus une épidémie de choléra a une extension rapide et sévit avec violence dans im pays, plus sa durée est courte et son extinction rapide. C'est là une règle ab^ solue qui a été souvent constatée, notamment pendant la guerre de Crimée. Telle fut aussi l'épidémie de 1865 en Egypte, oii les médecins envoyés d'Europe n'eurent pas le temps d'arriver pour y observer la maladie.

A voir ce qui se passe aujourd'hui, il est probable qu'il en sera de même pour l'épidémie actuelle, et que d'ici à un mois ou six semaines au plus le choléra seraéteint en Egypte.

On ne peut pas dire qu'après ce temps tout danger aura disparu pour l'Europe, car il y aura encore pendant quelques temps des cas retardataires et la désinfection du pays ne sera pas complète, mais le danger d'exportation

QUARANTAINES. — lU'dLEMIÎNT. 187

géra considérablemonL diminud et la défense sera devenue plus facile.

Il est donc permis d'alflraier que si l'Europe continue à se bien défendre pendant un mois encore, elle aura des chances sérieuses pour échapper au choléra.

Telle est la conclusion de M. Fauvel, et l'Académie lui a montré par des applaudissements presque unanimes qu'elle partageait cette opinion.

Il nous reste maintenant a préciser la nature des mesures qui sont prescrites contre l'invasion du choléra.

En France, nous sommes protégés par le Règlement de police sanitaire maritime, qui date de 1876.

Le Règlement dislingue les navires simplement suspects de ceux qui ont été infectés par la présence à bord du choléra.

L'article 36 établit cette distinction d'une grande importance pour la pratique- Les navires suspects et les navires infectés sont jugés en état brut^ mais. aveO cette différence que les premiers sont supposés n'avoir eu aucun accident cholérique pendant leur Voyage, tandis que les seconds ont été infectés par la maladie. Le danger que présentent les uns et les autres n'a pas le même degré de pro- ' habilité.

188 (;iioii;uA.

Un navire à bord duquel aucun accident cholérique ne s'est développé après un voyage dont la durée a dépassé les limites ordinaires de l'incubation de la maladie, ne présente que bien peu de chances à l'importation de celle-ci, du moins pour les personnes embarquées. La garantie sans doute n'est pas certaine, puisque le principe morbifique peut être resté confiné dans les bagages ou attaché à certaines marchandises. Néanmoins, d'aprèsl'expérience, on peut poser comme règle qu'un navire arrivant dans ces conditions est peu apte à propager la contagion. A ces navires seulement suspects comme provenant de ports infectés, correspond la quarantaine dite d'observation, qui a pour but de constater, pendant un temps plus ou moins long, l'état sanitaire des personnes embarquées et de permettre, s'il y a lieu, d'appliquer les mesures de désinfection.

La seconde catégorie, celle des navires infectés, se présente dans des conditions particulièrement dangereuses, quelle qu'ait été la durée du voyage.

Dans la première, la contamination n'était que possible, dans celle-ci elle est certaine, il y a eu des malades à bord" et le navire peut, à bon droit, être considéré comme un foyer d'infection redoutable.

Aux navires de cette catégorie correspond la quarantaine dite de rigueur, c'est-à-dire

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