TR01S1I>.ME ÉPIDÉMIE EN EUROPE
l'hygiène internationale, ^et qui montre dans quels points doivent être établis les postes sanitaires destinés à nous protéger à l'avenir (1).
Troisième épidémie. — La grande épidémie de 1865 vient inaugurer la voie maritime ; elle montre que le danger n'est pas localisé sur la mer Caspienne, mais qu'il réside aussi sur le littoral de la mer Rouge. Là ne se borne pas le rôle important de l'invasion en 1865. Elle a bouleversé les doctrines jusque-là en vigueur en apportant, au point de vue de la transmission, un ordre d'idées nouveau. La panique qu'elle produisit en Europe provoqua la réunion de la Conférence de Constantinople. Il est intéressant de suivre dans toutes ses phases cette épidémie dont l'influence a été si considérable ('2).
C'est à la Mecque que l'épidémie a eu son point de départ. Elle avait été importée dans le Hedjaz par des navires provenant des Indes et chargés de pèlerins (3j. Vers la tin d'avril, le cho-
(1) Cette seconde épidémie qui persista jusqu'en 1855, et à laquelle on doit rattacher Pirruption de 1852 à 1855, coûta à la France plus de ïJ50,000 décès.
(2) Rapport sur la marche et la propagation du choléra en 18G5, par Bartoletti.
(3) On ignore si le choléra a été importé directement de l'Inde ou indirectement par Mokhalla. Un certain nombre de navires, en effet, qui se rendent au Hedjaz chargés de pèlerins javanais et
10 cnoiiiitA. '
léra sévissait à la Mecque et à Médine. La |
mortalité, déjà si considérable, s'est accrue à j
l'Arafat pendant les trois jours de fêtes. Les i
médecins envoyés d'Egypte trouvèrent des ca- ! davres dans les rues et dans les mosquées. Plus d'un tiers des pèlerins, c'est-à-dire trente mille, succombèrent au choléra. La marche de la maladie montre que partout elle a accompagné
les pèlerins. ;
L'Egypte fut, en raison de sa proximité avec j
la Mecque, le premier pays attaqué. Du 19 mai :
au 10 juin, c'est-à-dire en vingt-trois jours, j dix bateaux à vapeur ont débarqué à Suez de
12,000 à 15,000 pèlerins. Sur de fausses dé- |
clarations des capitaines, la libre pratique fut *
accordée aux bateaux à Suez. Or, le Sidney, !
vapeur anglais, avait perdu plusieurs choléri- i
ques pendant la traversée. Le premier bateau, i
débarqué le 19 mai à Suez, avait jeté des morts i
à la mer. Le 21, quelques cas de choléra se \
déclarèrent à Suez. Dans le nombre était le capi- j
taine du bateau et sa femme. Les 12,000 ou ^ 15,000 pèlerins que nous avons vus passer la
mer Rouge pour aller à Suez traversèrent ,
indiens, font escale à Mokhalla pour se ravitailler. Or, il résullc 1
du rapport du délégué d'Autriche que deux de ces navires, le j
Persia et le Norlhwind, auraient apporté le choléra a Mokhalla; .
d'autres navires, ayant relâche ensuite dans ce port de l'Hadramoulh, j
auraient été infectés et auraient disséminé les germes de la maladie ,
sur les côtes de l'Yémen et du Hedjaz. Quoi qu'il en soit, le cho- j léra provenait de l'Inde, et il n'existait pas à la Mecque avant 'arrivée des pèlerins.
TROISIÈME ÉPIDÉMIE EN EUROPE. Il
l'Égypte en chemin de fer et allèrent camper près du canal Mahmoudië à Alexandrie.
Fêtés selon l'usage par les Arabes du voisinage, les Hadjis leur communiquèrent la maladie. Le 2 juin éclate un premier cas à Alexandrie, le 5 deux autres cas se déclarèrent, et du 5 au 11 il y en eut un plus grand nombre; le 11 seulement l'intendance fut convaincue de la présence du choléra. Jusqu'ici on avait cru à la fièvre pernicieuse. En deux mois^ le choléra fit 4,000 victimes à Alexandrie, et en Egypte, en moins de trois mois, il donna la mort à plus de 60,000 habitants.
La population étrangère surtout, terrifiée, émigra en masse et alla porter à la fois dans le monde entier les germes de la maladie. Comme cette année, elle s'enfuit par toutes les voies qui s'ouvrent devant elle. Européens, Levantins, au nombre de 30,000 à 35,000 se dirigent vers tous les ports de la Méditerranée. Le choléra va se développer à Gonstantinople, à Smyrne, à Beyrouth, en Mésopotamie, sur la mer Noire, à Kustendjé, à Odessa, porté jusqu'à New-York et à la Guadeloupe par les bateaux à vapeur, et apparaissant dans le port au moment même où le navire y a débarqué. C'est cette marche que nous allons décrire.
Ainsi donc, venu de l'Inde, son foyer d'origine ou l"' foyer, le choléra arrive à la Mecque
12 CHULKRA.
(2" loyer), puis gati,iie Alexandrie qui va deveuii- un nouveau contre d'émission (^i" foyer). Toutes les villes, tous les ports qui, comme Beyrouth, Marseille, Constantinople, reçoivent des arrivages d'Alexandi'ie, deviendront de nouveaux centres, pouvant être considérés comme des foyers de 4" ordre, et qui, à leur tour, seront le point de départ de nouvelles émissions. Ainsi, des navires partis de Constantinople iront infecter Odessa, Kustendjé, etc. ; une malade quittera Marseille, apportera en quelques heures le choléra à Paris. Nous allons entrer dans quelques détails :
La frégate ollomane Moukhiri-Sourour, parlie d'Alexandrie le 21 juin, arrivée à Constantinople le 28, a été la cause de l'épidémie redoutable qui, en peu de temps, provoqua la mort de 12,000 à 15,000 personnes.
De Constantinople, foyer quaternaire, la maladie fut transportée par bateau à Kustendjé, Soulina, Odessa, Trébizonde, Samsoun. De Kustendjé, remontant le Danube, le choléra se montre à Viddin, et des bords du Danube il s'avance dans l'intérieur et se manifeste dans plusieurs localités de la Bulgarie.
C'est encore de Constantinople que le choléra vint à Odessa. C'est d'Odessa que partit la femme d'un artisan allemand pour se rendre au centre de l'Allemagne, à Altenbourg. Ce fait a été rapporté par Pettenkofer. C'est encore d'Odessa, en passant par Borki, Kiew, que le choléra fut transporté jusqu'à Kownow, Wilna, Mohilew et Saint-Pétersbourg.
Les quelques cas qu'on observa à Trébizonde furent
TROISIEME liriDKMIE EN EUROPE. 13
également le résultat d'une importation de Constantinople. Le choléra se montre le 25 juillet à Trébizonde et le 22 août à Erzeroum.
Le 12 août il se manifeste dans l'hôpital de Poti, et
19 à Koutaïs.
Le choléra a persisté sur les bords du Rion (ancien Phase) et a décimé les militaires qui travaillaient à la construction du chemin de fer. Cette ténacité de l'épidémie dans ces contrées s'explique par les conditions tolluriques : terrain d'alluvion, sol humide et poreux. Ces caractères m'ont surtout frappé lorsque j'ai suivi la route de Koutaïs à Poti. Poti m'a paru offrir, à cet égard, des conditions vraiment exceptionnelles. De Koutaïs, le choléra se répandit dans les pays voisins, à Tiflis, Elisabethpol, Etchmiadjine, Natchichevan, Erivan, Soukhouin.
Nous ne le suivrons pas plus loin dans sa marche ; nous reviendrons à Alexandrie, où nous allons assister à de nouvelles émissions.
Le 23 juin, le bateau à vapeur V Archiduchesse- Charlotte, venant d'Alexandrie, importe le choléra à Smyrne (Smyrne était parfaitement indemne).
C'est encore Alexandrie qui a engendré l'épidémie de Beyrouth, épidémie d'oià part le premier courant qui va porter le choléra en Mésopotamie. La Mésopotamie se trouve, en effet, infectée par deux courants : l'un qui, partant de Beyrouth, descend le Tigre et l'Euphrato ; l'autre qui remonte ces fleuves avec les pèlerins revenant de la Mecque. Ces deux courants vont se réunir et se confondre, et donner lieu à l'épidémie cholérique de la Mésopotamie. La marche de cette épidémie, ayant été suivie avec beaucoup de soin, offre à nos yeux un très grand intérêt.
CllOI,f;KA.
D'Aloxandrio partirent encore de nouvelles émissions, à l'île de Chypre et à Ancône.
Enfin ce fut encore d'Alexandrie ([ue partit, le l"juin, le navire (jui apporta à Marseille le choléra. C'était le SlcJIUf ouunenant 07 pèlerins de la Mecque.
Huit jours après son départ, le 9 juin, il jeta à la mer 2 morts de choléra. Le 11 juin, il débarquait les 65 restants à Marseille, parmi lesquels le nommé Ben-Kaddour, qui succomba en touchant terre. Il résulte de renseignements communiqués par M. Fauvel que le nombre des navires arrivés à Marseille du 15 juin au 10 décembre, en patente brute de choléra, a été de 390, dont 143 à vapeur et 247 à voile. Ils étaient montés par 16,041 personnes. Parmi les bateaux à vapeur, 12 sont arrivés à Marseille avec le choléra. Le Stella eut 2 décès; le Saïd, 2 ; 1© Tarifa, 1 ; le Vincent, 1 ; le Copernic, 2 ; le Cella, 1 ; VAsie, 2 ; le Saïd,2; le Marie-Louise, 2; le Brésil, 1 ; VOronte,l ; le Byzantin, 1. En outre il a été admis et traité au lazaret 6 cholériques, 2 malades affectés de cholérine, 8 de diarrhée et de dysentérie.
Après Marseille, l'épidémie s'est déclarée à Toulon, Arles, Aix, où elle a fait de grands ravages. Elle est ensuite arrivée à Paris, qui recevait tous les jours par le chemin de fer des flots de voyageurs venant du Midi,
C'est d'Alexandrie, en passant par Marseille, qu'un négociant français paraît avoir importé le choléra à Valence, le 8 juillet 1865. De Valence, la maladie s'est propagée dans les villes et villages des environs. Dans toute l'Espagne et en Portugal l'épidémie sévit d'une façon redoutable. Elle fut apportée par mer à Barcelone, le 22 juillet ; à Garthagène, à Murcie, le 20 septembre ; à Séville> le 6 septembre ; de Séville elle gagna Elvaz le