OI
Borne-fontaine à bouton, en face
Lie 1 HUL'lLcll Ocl l II l t\ 11 IU l .
Borne-fontaineà robinet, en face
du n° 147, faubourg Saint-
Borne-fontai ne à robinet, en face
du n° 159, faubourg Saint-
Ces analyses de'montrent que le degré hydrotimétrique et l'oxygène sont constants , par conséquent que nous avons bien affaire à la même eau; mais la quantité' des matières organiques est très variable; elle passe de 0,0012 à 0,0048 dans la même rue et le même jour; par conséquent, les tuyaux sont infectés, et naturellement l'eau devient mau-
vaise, puisqu'elle peut atteindre plus de 4 milligrammes et demi par litre, ce qui est déjà une quantité considérable.
A Montmartre, on constatait les mêmes variations en octobre 1884.
ORIGINE
DES ÉCHANTILLONS
DEGRÉS
hydrotimetriques. 1
MATIÈRES
organiques.
OXYGÈNE
Borne-fontaine, en face du n° 66,
avenue de Saint-Ouen. . . .
Borne-fontaine, en face du n°3i,
o,oi3
Borne-fontaine, en face du n°40,
avenue de Saint-Ouen. . . .
îS
o,oo32
Borne-fontaine, en face du n°i 25,
Borne-fontaine, en facedun°92,
Ainsi donc les tuyaux ne sont pas suffisamment entretenus, et très certainement, dans certaines parties de la canalisation, il reste
des matières organiques et des germes provenant de l'eau de rivière que l'on envoie dans les moments de pénurie. On peut voir par là que même les eaux de source distribuées à Paris peuvent ne pas être exemptes de danger pour la santé publique.
Dans la banlieue comme à Paris, les différents réseaux d'eau communiquent entre eux, de sorte qu'un jour on boit de l'eau de Seine prise à Ivry, et un autre jour on boit de l'eau prise à Saint-Denis, on ne sait jamais quelle eau on boit.
C'est ici le lieu de répéter avec le professeur A. Gautier . « On ne peut que déplorer l'ignorance ou l'imprévoyance de ceux qui, plus spécialement chargés de cette branche de l'administration, fondent le choix des eaux à distribuer sur des considérations d'un tout autre ordre que celles de la santé publique. ■»
Le regretté Henri Bouley disait avec juste raison à l'Académie de médecine : « Il importe de protester de toutes ses forces
contre l'infection de plus en plus grande de la Seine; c'est là une véritable honte pour la ville de Paris. Les sauvages sont assurément plus propres, ils disséminent leurs excréments au loin, de côté et d'autre; mais ils se gardent bien de les jeter dans un fleuve dont ils doivent boire les eaux ou les utiliser de toutes manières. »
La Ville de Paris, cela est incontestable, viole manifestement la loi de 1 79 1 , qui fait défense absolue aux villes de salir les cours d'eau qui les traversent.
Il importe de ne pas boire d'eau de Seine, non seulement à Paris et dans la banlieue, mais encore sur tout le cours du fleuve. En effet, l'eau est extrêmement souillée à Bougival, en amont de la machine de Marly, où elle contient de 2 1 à 52 milligrammes de matières organiques, à Meulan où elle en renferme de 25 à 47 milligrammes; cette infection se maintient à Mantes, à Vernon, à Pont-de-l'Arche, à Elbeuf, à Rouen.
Jusqu'ici ce malheureux fleuve a été le déversoir de toutes les ordures industrielles, végétales, animales, humaines, de plusieurs départements. Les villes ont cru qu'il était convenable pour la santé publique de se débarrasser de leurs détritus, en les confiant à des égouts qui les emporteraient au loin. Cette pensée est très juste. Mais en les confiant à un fleuve, elles n'ont pas vu qu'elles allaient les boire et se laver avec eux.
Les villes ont voulu parer à ce danger en répandant les eaux d'égout sur des champs aux environs des villes. On croyait épurer ainsi ces eaux résiduaires, et pouvoir les rendre au fleuve sans aucun danger. C'est ainsi que l'on a envoyé une partie des eaux des égouts de Paris, chargées de matières fécales sur la plaine de Gennevilliers. Ces irrigations ne font qu'augmenter l'insalubrité de la banlieue, parce que les eaux d'égout de Paris contiennent une grande quantité de matières fécales, et de germes pathogènes. On a pré-
tendu que ces germes se détruisent dans la terre, c'est une erreur.
La terre n'est pas « le grand cimetière des microbes pathogènes ». Ces êtres microscopiques sont très re'sistants. On connaît la résistance vraiment inouïe des microbes du charbon, de la tuberculose, de la fièvre typhoïde, du choléra. On sait aussi que la terre cultivée est le foyer d'entretien et de propagation des germes du tétanos et de la diphtérie; et on pourrait voir sans crainte constituer un amas de ces germes aux portes de Paris ! « Les hygiénistes, a dit M. Cornil, doivent faire des réserves en ce qui concerne les légumes et certains fruits qu'on mange crus, comme les salades et les fraises, ces aliments pouvant porter dans le tube digestif, non seulement des micro-organismes, mais aussi des œufs de parasites animaux?» Ces craintes sont partagées par le professeur Koch, de Berlin (le Temps, juillet 1888) «qui recommande de ne pas manger crus : les lé-
gumes et les fruits, qui auraient été' en contact avec des eaux cTégout. »
En outre : les germes des maladies peuvent être ramenés à la surface de la terre par des labours, par des vers de terre, ou par capillarité quand, au moment où on cesse les irrigations, la terre superficielle se dessèche et les eaux profondes remontent avec les microbes qu'elles rencontrent. Enfin, ces microbes vivant profonde'ment, conservent leur virulence, et sont entraînés dans les eaux souterraines d'alimentation quand on fait varier la vitesse d'écoulement des eaux d'irrigation. Ces dernières constatations ont été faites à Berlin sur le sable qui sert de filtre aux eaux de la Sprée, et qui représente assez bien la constitution du sol de la forêt de Saint-Germain, où l'on veut envoyer les eaux d'égout de Paris; elles sont l'œuvre de M. Piefke, ingénieur de l'exploitation des usines hydrauliques de Berlin, et MM. Plagge et Proskaner, qui ont fait leurs analyses microbiques
à l'Institut d'hygiène sous le contrôle du professeur Koch.
Si on envoie sur la presqu'île de Gennevilliers et plus tard sur Soo hectares de la forêt de Saint-Germain les eaux d'égouts de Paris, on infectera tous les environs de Paris. En effet, la municipalité veut répandre par an, 40000 mètres cubes de cette eau sur chaque hectare. Le sol de Gennevilliers et d'Achères sera incapable d'épurer une pareille masse, et la Seine continuera à être infectée. Avec une irrigation de 12 000 mètres seulement la Panke et le lac de Teltow, aux environs de Berlin, sont souillés; quelle sera alors la souillure de la Seine avec des irrigations de 40000 mètres cubes! M. de Freycinet a établi que les irrigations ne devaient pas dépasser 20000 mètres cubes par an, et que, avec 40000 mètres cubes, l'infection du sol était inévitable.
La rapide imperméabilité du sable vient d'être démontrée par MM. Plagge et Proska-
ner par l'examen des bassins de filtration des eaux de Berlin [Zeitschrift fur Hygiène, 1887). Ces filtres, qui ont chacun une superficie de 2 000 à 4000 mètres carre's, sont forme's d'une couche de cailloux, de gravier et de sable grossier, de 60 centimètres de hauteur, puis de 60 centimètres de sable fin. Or, il a été démontré qu'il faut changer souvent le sable fin rendu brun noirâtre et absolument impropre à la filtration. En outre, même dans ces conditions, les eaux filtrées contiennent encore des microbes.
En temps ordinaire, malgré ces irrigations, on sera obligé de rejeter directement dans la Seine, 75 millions de mètres cubes d'eau d'égout; mais cette quantité sera encore augmentée au moment des pluies et des crues. Une partie des terrains irrigués est submersible, et, pendant les crues, la Seine communiquera à plein canal avec les eaux d'égout. En outre, en temps de pluie, de neige ou de gelée, il sera impossible d'en-
voyer les eaux d'égout sur les champs d'épuration. Tout sera rejeté à la Seine, comme l'avouait lui-même M. l'ingénieur Durand- Claye. Or, ces jours d'infection sont assez nombreux. En i883, l'usine de Clichy n'a envoyé les eaux d'égout à Gennevilliers que pendant deux jours en février, quinze jours en mars, onze jours en décembre et pas un seul jour en janvier. Il est bien certain que, lorsque les machines ne travaillent pas, toute l'eau de l'égout collecteur va à la Seine, et, avec le projet du gouvernement, cette funeste conséquence ne sera pas modifiée, Ainsi nous voyons que Y infection de la Seine continuera à être causée en temps normal par V insuffisance des surfaces irrigables ; en temps de pluie, par l'absence d'un régulateur.
On a dit que les microbes pathogènes seront tués parce qu'ils seront noyés dans les égouts par la grande quantité d'eau. C'est une erreur grossière : les microbes ne se noient pas facilement; et on aura beau diluer
IOI
et diluer encore, on ne les tuera pas. Le microbe du charbon et celui du choléra vivent dans l'eau pure, et, d'après Flugge, le bacille de la fièvre typhoïde ne demande, pour vivre pendant quatre-vingt-dix jours, qu'une eau contenant 67 milligrammes de matières organiques par litre. L'impuissance de l'extrême dilution est bien démontrée par une expérience faite, en 1 885, au laboratoire municipal par M. Ch. Girard.
i° On analyse l'eau de la Ville avant son passage dans la cuvette des cabinets. Elle contient par litre:
Matières organiques. . oer,oo7 Microbes 1 800 colonies.
2° On analyse cette même eau chargée de matières de vidanges après son passage sur la cuvette des cabinets et lorsqu'elle est arrivée au siphon qui sépare l'égout du tuyau de chute, elle contient alors:
Matières organiques. . o^r,o32 Microbes. 981 000 colonies.
3° Puis, on interdit l'entrée des cabinets et on se contente de laver la cuvette, le tuyau de chute et le siphon, pendant seize heures, avec 3 168 litres d'eau de la Ville. On pourrait croire qu'alors Peau contenue dans le siphon sera aussi pure qu'avant son arrivée dans les cabinets. Il n'en est rien; elle renferme:
Minières organiques . osr,o25 Microbes 524 ooo colonies.
Et, après avoir lavé pendant quarante heures, avec 7 920 lit. d'eau, on trouve encore :
Matières organiques. . oer,oi9 Microbes 88 000 colonies.
Ainsi l'eau ne peut être regardée que comme un agent mécanique d'entraînement des matières liquides ou solides; mais elle ne diminue en rien par sa quantité la vitalité des microbes. Aussi les matières de vidanges même noyées, contiennent toujours les germes des maladies-, le sol les recueille et les rend aux humains ou aux animaux sous
io3
forme d'aliments ou de poussières respirables. Nous savons du reste que le microbe du choléra vit parfaitement dans de grandes masses d'eau.
On a prétendu qu'il e'tait impossible de ne pas utiliser pour l'agriculture une si grande quantité d'engrais, et que les irrigations de Gennevilliers et de la forêt de Saint-Germain avaient pour but l'utilisation agricole. C'est une singulière manière de faire servir les eaux d'égout à l'utilisation agricole, que de répandre 40000 mètres cubes par hectare. En effet, les expériences exécutées en Angleterre et en Allemagne ont démontré qu'il ne faut pas songer à utiliser plus de 10000 à 12000 mètres cubes par hectare et par an. Et même les récentes constatations faites aux environs de Berlin montrent qu'avec des irrigations aussi intensives, on perd une quantité considérable d'engrais. D'après le rapport publié en août et septembre 1887 sur les irrigations de Berlin, par MM. Salkowski,
Pétri et Alexandre Muller, quoiqu'on ne répande pas plus de 12000 mètres cubes par hectare, les drains qui envoient leurs eaux dans le lac de Teltow y répandent seize fois plus d'engrais qu'un agriculteur soigneux n'en donne à une surface égale de ses champs de culture. En outre, les bords du lac sont infectés par une végétation d'algues, de joncs, etc. ; le poisson meurt, et la récolte de la glace y est rendue impossible. Un établissement de bains établi sur un petit cours d'eau voisin, la Panke, a été obligé de s'enfuir devant l'infection croissante des eaux, et les procès pleuvent sur la municipalité de Berlin. Les recherches de cette commission ont démontré que, même avec une irrigation de 12000 mètres cubes par an, une quantité considérable d'engrais est perdue et que les eaux des drains contiennent encore une forte proportion d'acide nitrique, de potasse, de chaux, d'acide phosphorique et de chlorure de sodium. La perte sera encore plus grande
io5
quand on répandra 40000 mètres cubes et c'est une plaisanterie de venir nous parler d'utilisation agricole. On peut même dire, sans aucune crainte d'être démenti, qu'avec une irrigation aussi intense, toute culture sérieuse serait radicalement détruite. En effet, les cultures maraîchères et les prairies naturelles peuvent seules supporter des irrigations suivies. Les céréales ne peuvent supporter qu'une seule irrigation par an, avant le labour; quant aux fourrages, ils ne peuvent être irrigués qu'un ou deux jours après chaque récolte, soit huit à douze jours par an. On versera donc sur une petite étendue de terrain (600 hectares à Gennevilliers, 800 à Achères), une quantité d'engrais suffisante pour féconder 2 5 000 à 3oooo hectares. En effet, deux savants anglais, MM. Hope et Frankland, ont démontré que, pour arriver à une utilisation agricole sérieuse, il fallait répandre sur un hectare les eaux d'égout provenant de 100 habitants. Or, pour les 3 mil-
i of>
lions d'habitants qui peuplent Paris et ses annexes, il faudra 3oooo hectares, et le gouvernement ne nous en offre que i 400. Il y a donc une différence de 28 600 hectares entre les évaluations des chimistes et des agronomes sérieux, d'une part, et celles des ingénieurs de Paris, de l'autre.
Pour remédier à l'état actuel, il faut supprimer le tout à l'égout, et réaliser l'idée ainsi formulée par M. Schlœsing, le 16 mars 1888, devant le Conseil d'hygiène de la Seine :
« Si l'on adoptait, disait ce savant chimiste, une canalisation spéciale fermée pour les matières fécales, il n'y aurait plus qu'à conduire 10000 mètres cubes de matières dans une usine, et les soumettre à iule température de 1200 qui est mortelle pour les germes. » (Séance du 16 mars 1888.) Et comme on semblait trouver impraticable la transformation physique et chimique d'une telle masse, M. Schlœsing répondait : « La quantité de matières à traiter par cette usine ne serita
pas considérable; car des usines traitent jusqu'à 120 tonnes de soude par jour, et elles ont à manier des eaux mères en quantité bien plus considérable. » Quant aux odeurs répandues par ces usines, l'industrie chimique actuelle peut les supprimer entièrement par des procédés fort peu coûteux et qui sont déjà employés dans quelques usines des environs de Paris et, entre autres, à Bondy.
Quand le tout à l'égout sera supprimé, il faudra que les eaux résiduaires de Paris, exemptes de matières fécales, arrivent dans un canal distribuant son contenu sur son parcours selon les besoins agricoles, et se rendent à la mer qui recevra le liquide non employé. De cette façon toute l'eau d'égout sera épurée et servira entièrement à l'agriculture; en outre, elle n'infectera pas la Seine en temps de pluie, puisque la mer recevra son excès. Voilà un système complet, utilisant tous les déchets, et muni d'un régulateur. Ce projet a été recommandé fort
ro8
sagement par M. Chamberland. « Ce que je voudrais, a-t-il dit, ce serait un canal partant de Paris, se dirigeant vers la mer, et, tout le long de ce canal, je voudrais que des prises fussent ménagées de façon à pouvoir distribuer les eaux d'égout à tous les propriétaires qui en feraient la demande. Avec ce système, si, par malheur, les craintes actuellement bien explicables des savants et des hygiénistes venaient à se réaliser, si l'on constatait qu'en continuant à répandre les eaux d'égout sur le sol on provoque ou on propage des épidémies, il nous resterait une solution bien simple-, ce serait de fermer les •ouvertures que nous avions ménagées le long du canal et d'envoyer à la mer toutes les eaux d'égout de Paris, en les conduisant suffisamment loin pour qu'elles ne puissent pas faire retour sur la plage. » Cette dernière crainte de M. Chamberland sera vaine si l'on renonce au tout à l'êgout et si l'on n'arrose les rives du canal qu'avec des eaux con-
tenant les matières de vidanges désinfectées. Du reste, s'il n'y avait pas en jeu un intérêt agricole, nous dirions avec Frankland : « Le procédé le moins coûteux est celui qui consiste à déverser, en tout temps, les eaux d'égout dans la mer. » Mais en considération desnécessités agricoles, nouspensons quel'on peut sans aucun inconvénient vendre de l'eau d'égout le long du canal, comme on vendrait de l'eau potable, du gaz ou de l'électricité.
On a objecté contre l'établissement de ce canal que la mer renverrait les détritus contre les côtes, et on parle de Londres. Cette objection est puérile : on ne peut comparer le canal de la Tamise à la pleine mer, et nous n'avons nullement l'intention de faire aboutir le canal à l'embouchure de la Seine ou de la Somme. Il faut établir l'orifice en pleine mer, dans un courant constant, entraînant dans les hautes eaux ce fleuve nauséabond. De nombreuses villes françaises et anglaises, situées sur le littoral, n'opèrent pas autre-
ment, et les baigneurs des stations maritimes voisines n'ont élevé aucune plainte.
Nous savons donc quels sont les remèdes à apporter à la déplorable situation hygiénique actuelle pour éviter le retour et la propagation du choléra à Paris et dans ses environs : il faut hâter les travaux qui doivent amener l'eau de l'Avre et de la Vigne à Paris, de façon à avoir de l'eau de source, non seulement pour boire, mais aussi pour arroser les rues et nettoyer les cours, car les poussières infectées sont aussi très dangereuses. Il faut cesser de jeter les matières fécales dans les égouts et les envoyer dans des usines par une canalisation spéciale. Il faut cesser de déverser les eaux d'égout dans la Seine et les entraîner, par un canal étanche, en mer et loin du rivage.
Nous nous sommes étendu longuement sur les causes d'insalubrité de Paris, nous pourrions nous étendre encore plus sur la malpropreté de Marseille et de Toulon, qui
ont été, en 1884, de dangereux foyers cholériques. Nous nous contenterons de dire qu'encore maintenant fleurit dans ces villes l'institution du tout au ruisseau. Dans les petites rues du vieux Marseille, on voit les déjections trônant au milieu de la chaussée, mêlées à des détritus de toutes sortes, encombrant les ruisseaux et charriées jusqu'au vieux port dans des égouts souvent à ciel ouvert. Dans une maison habitée par 700 personnes, on jette les immondices dans la cage de l'escalier. Une école ne reçoit l'air et la lumière que par une cour étroite où les maisons voisines jettent toutes leurs ordures. Dans plusieurs quartiers de Marseille, les vidanges sont envoyées sur des amas de cailloux, appelés éponges, — quelle ironie pour cet instrument de propreté — et qui sont de véritables foyers de pestilence. M. le docteur Aîbenois, directeur de la statistique municipale de Marseille, nous écrivait en 1884 que, dans la rue de la Prison, à
quelques pas de la mairie, on peut voir, par les fenêtres de l'école communale du quartier, une impasse ayant 80 mètres environ de longueur, au fond de laquelle coule un torrent d'eau infecte. Les habitants des maisons riveraines, aux murs gluant d'ordures, entretiennent encore la puanteur en y jetant tous les excréta humains.
Marseille va s'assainir et créer un grand système d'e'gouts qui se jettera à la mer. Quant à Toulon, il étudie encore les moyens de s'assainir.
Ce ne sont pas seulement les grands ports qui sont des foyers de pestilence; les campagnes, ou tout au moins les villages habités exclusivement par des paysans, jouissent souvent de l'état hygiénique le plus déplorable. Aussi, en 1884, vit-on le choléra faire dans le midi de la France beaucoup plus de victimes dans les villages malpropres que dans les villes non maritimes. Les causes de ce fait sont simples. Les grandes villes non
maritimes ont beaucoup améliore' leur situation sanitaire depuis quelques années, tandis que les villages continuent à croupir dans leur saleté. On parle toujours de l'air pur des champs; c'est très vrai en pleine campagne. Mais dans les villages, dans la plupart des fermes règne l'insalubrité la plus complète. Les fumiers sont entassés dans de petites cours, et les habitants ne se gênent pas pour déposer leurs propres déjections sur les détritus animaux. Cet amas d'immondices baigne souvent dans la mare dont l'eau infecte se répand dans le sous-sol de la maison. Souvent aussi la citerne ou le puits sont souillés par les infiltrations de liquides infectants. Aussi de temps en temps voit-on la fièvre typhoïde décimer des fermes et des villages entiers. Pour ma part, je n'ai vu en France qu'un seul cas de typhus exanthématique, maladie très infectieuse; et ce n'est pas dans l'hôpital d'une grande ville, c'est dans une ferme du Vexin. Il ne faut donc plus ve-
nir nous rebattre les oreilles avec des chants poétiques sur la salubrité des campagnes. Au point de vue de l'hygiène, je préfère mille fois une grande ville possédant un bon système d'égouts et distribuant une bonne eau à ses habitants, à ces infects villages dont les rues et les cours sont de vastes fumiers.
L'heureuse influence de la salubrité générale s'est manifestée d'une façon bien nette en 1884 pour les stations hivernales méditerranéennes de France et d'Italie. Pendant que le choléra sévissait à Toulon et dans les villages voisins, la ville d'Hyères restait indemne. Cannes et Nice n'étaient aucunement atteintes. Il en était de même pour Bordighera et San Remo, tandis que le fléau sévissait dans le haut Piémont. A Menton, aucun cas ne s'est développé et cependant à quelques mètres de cette station était ce néfaste lazaret de Latte, encombré, mal tenu, qui a été le foyer de la dissémination du choléra en Italie.