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que de l'eau souillée ou douteuse, il faudra la filtrer sur des filtres de porcelaine ou d'amiante, qui retiennent parfaitement les microbes. Mais il faut bien savoir que ces filtres sont des instruments délicats. Quand ils filtrent de l'eau malpropre, ils doivent être nettoyés et brossés tous les jours. Cette opération doit être faite avec le plus grand soin, car si on fêle les bougies filtrantes, l'eau passe par la fêlure et les microbes ne sont plus retenus. Si on ne nettoie pas la bougie, il se forme à sa surface une sorte de vernis dans lequel les . microbes pullulent; ces microbes s'infiltrent à travers la porcelaine et l'eau qui passe en contient un grand nombre. Puis ce vernis s'épaissit et le filtre ne laisse plus passer Peau. Aussi conseillons-nous de faire bouillir de temps en temps les bougies filtrantes dans l'eau légèrement acidulée par du vinaigre, on les nettoie fort bien ainsi, et le procédé est tout indiqué en temps d'épidémie cholérique, parce que les acides détruisent le bacille du
choléra. En outre, après ce chauffage en solution acide, les bougies filtrantes cessent de débiter une eau ayant un peu le goût de terre de pipe.
M. Arloing a démontré que les filtres formés de pâte minérale retiennent non seulement les microbes, mais encore une partie des substances toxiques solubles que ces organismes répandent dans les liquides au milieu desquels ils vivent.
2° Ébullition. — L'ébullition de l'eau est un mode parfait de la rendre inoffensive. Mais il a trois inconvénients : i° il coûte fort cher; 20 il enlève les gaz de l'eau et la rend peu agréable à boire; 3° il précipite une partie de ses carbonates, la rend trouble et peu agréable à regarder.
Cependant ces inconvénients ne sont pas assez graves pour faire abandonner cet excellent moyen de se préserver de la contamination du choléra par l'eau de boisson. Du reste, un des inconvénients, la perte des gaz de l'eau,
peut être évité par un procédé que propose M. Charles Girard, directeur du Laboratoire municipal.
Il introduit l'eau dans des bouteilles fermées hermétiquement par le système d'obturation des canettes de bière. Il place ces bouteilles dans un chaudron rempli d'eau; le tout est porté à l'ébullition, et on a dans les bouteilles de l'eau qui a bouilli sans perdre ses gaz, qui sont maintenus dans l'intérieur du vase par le bouchon hermétique, et sont réabsorbés pendant le refroidissement. On a ainsi une boisson très appétissante et qui n'a pas le goût plat de l'eau bouillie ordinaire.
On a proposé récemment non seulement de faire bouillir l'eau, mais même de la stériliser à no0 dans des autoclaves. Plusieurs stérilisateurs d'eau ont été fabriqués. La ville de Parthenay a acheté deux de ces appareils pour fournir à ses habitants de l'eau pure, et le département de la Seine en a également acheté pour, la banlieue. Mais les
stérilisateurs ne sont pas des instruments très pratiques. Du reste, il est absolument inutile de porter Peau à i io° ; la simple e'bullition suffit parfaitement, et elle ne ne'cessite pas l'emploi d'appareils compliqués et dispendieux. L'eau stérilise'e avec les appareils actuels, comme l'eau bouillie, a perdu une partie de ses gaz et de ses carbonates; elle n'est pas plus agre'able à boire et elle coûte plus cher.
Il faut savoir que l'eau bouillie ou ste'rilisée doit être consommée de suite, sinon les organismes qui peuvent y être apportés y pullulent très rapidement. L'eau filtrée peut se conserver plus longtemps.
3° Épuration chimique. — Depuis fort longtemps on épure l'eau en Orient, en la mélangeant avec une petite quantité d'alun. MM. V. et A. Babes, de Bucbarest, ont vu qu'en ajoutant i5 à 20 centigrammes d'alun à un litre d'eau, et qu'en agitant cette solution, si on laisse déposer ce mélange pen-
dant 24 heures, Peau devient très claire, et ne contient plus aucun microbe. Il ne faut pas boire le dépôt qui tombeau fond du vase. Ce procédé d'épuration de l'eau devrait être essayé en grand, mais, dès aujourd'hui, nous pouvons en recommander l'usage dans les familles.
Cependant, en temps de choléra nous préférons l'acidification de Veau avec 60 à 80 centigrammes d'acide citrique par litre, selon le procédé indiqué par M. de Christmas. Ce moyen dépuration n'est pas cher, il ne rend pas l'eau désagréable à boire ou à regarder; il donne autant de sécurité que l'ébullition ou la filtration la plus parfaite. On pourrait remplacer l'acide citrique, par l'acide tartrique ou même l'acide chlorhydrique qui fournissent aussi des limonades fort agréables à boire. On peut se servir de pareilles solutions pour la toilette et le nettoyage des légumes. Si on emploie l'eau citrique à tous ces usages, elle ne coûtera pas plus de 10
centimes à chaque personne. Chaque jour, pour ce faible prix, on en aura environ 3o litres.
Il ne faut pas oublier que l'eau qui sert à la confection de la cuisine, au lavage dés mains, de la figure et de la bouche, doit être aussi bien stérilisée que l'eau de boisson, puisque nous absorbons tout ce qui sort de la cuisine, et que nous touchons nos aliments avec les mains.
En temps d'épidémie cholérique, il ne faudra pas absorber de glace fabriquée industriellement; il convient d'user exclusivement de glace fabriquée à la maison avec de l'eau épurée. En effet, de nombreux expérimentateurs ont vu que la glace ne tue pas les microbes de l'eau qui a servi à la fabriquer. Or, le 22 juillet, au Conseil d'hygiène de la Seine, M. Hétier a raconté que la Société des glacières de Paris fabriquait de la glace avec l'eau de l'étang de la Briche. Cet étang, dont l'aspect est repoussant et qui répand des odeurs fétides, est alimenté par le ru d'En-
ghien, c'est-à-dire par les eaux d'égout de Saint-Gratien et d'Enghien. Ici, ce n'est plus Paris qui empoisonne la banlieue, c'est la banlieue qui empoisonne Paris.