CHAPITRE
Description de la maladie. — Choléra asiatique et choléra nostras.
Quelquefois le chole'ra débute très rapidement; mais le plus souvent il est précédé d'une diarrhée peu intense qui a une durée variable, de quelques heures à quelques jours. Pendant ce temps les forces et l'appétit du malade sont conservés; il va et vient et répand dans les cabinets d'aisances, ou sur le sol, des matières fécales qui peuvent contenir des germes cholériques et contribuent ainsi à la dissémination du choléra.
Quand le choléra est déclaré, les selles deviennent fréquentes et très profuses; elles prennent la forme d'un véritable flux intestinal, incolore, dans lequel nagent des flocons blanchâtres qui ont été très exactement comparés à des grains de riz; aussi donnet-on à ces selles la dénomination de rizi formes. Elles sont constituées par les débris de la paroi superficielle de l'intestin, et on y rencontre un grand nombre de bacilles du choléra.
En même temps le malade vomit sans cesse; il a des crampes dans le ventre et dans les membres, de l'angoisse respiratoire, une soif ardente; il cesse complètement d'uriner. La faiblesse devient rapidement redoutable, les extrémités se refroidissent; la figure est grippée, les yeux sont excavés; le corps prend une teinte bleuâtre et les ongles noircissent. C'est alors que l'asphyxie commence; le malade est dans un tel état de prostration qu'il perd à peu près connaissance. Puis la
mort vient le plus souvent mettre un terme à ces terribles angoisses. Pendant toute la maladie, la température du corps ne s'est pas sensiblement élevée; elle a oscillé entre 3j° et 38°.
Lorsque la mort ne survient pas pendant cette période asphyxique, le corps se réchauffe peu à peu, la respiration cesse d'être anxieuse, les crampes sont supprimées et les urines reparaissent. Le malade entre dans ce qu'on a appelé la période de réaction.
Lorsque le malade meurt, on trouve à son autopsie les parois du petit intestin congestionnées et présentant une teinte hortensia. Le gros intestin est généralement normal. On rencontre le plus souvent, sur tout le canal intestinal, des petites saillies dures, arrondies, qui offrent l'aspect d'une éruption vésiculeuse. Les reins sont atteints de néphrite infectieuse. La rate a son volume normal.
L'ensemble des symptômes à l'aide des-
quels se manifeste l'invasion de l'organisme par le bacille du choléra indien, par le bacillevirgule de Koch, semble pouvoir être dû aussi à l'invasion d'autres microbes. MM. Gilbert et Girode, Widal et Chantemesse, Ménétrier, Cufter, Netter ont observé des malades chez lesquels la diarrhée pfofuse et les vomissements se manifestèrent brusquement; les crampes, l'angoisse respiratoire, le refroidissement du corps, la soif ardente, l'anurie furent constatées, et la mort survint. A l'autopsie on trouva les lésions intestinales du choléra. Cependant le contenu intestinal ne renfermait pas de bacilles-virgules, mais on y constatait une quantité énorme de bactéries qui étaient tout simplement le bacterium coli commune, microbe habitant normalement en petite quantité l'intestin, et qui, dans certain cas, pullule, envahit tout l'organisme et produit la mort. Il est donc possible que, dans quelques conditions encore inconnues, ce microbe banal puisse produire des accidents cholériformes.
Finkler et Prior, Deneke, ont aussi trouvé d'autres microbes chez des individus morts d'accidents chole'riformes. Dans tous ces cas, on admet que l'on est en présence du choléra nostras et non du choléra indien ; du choléra né sur place et non du choléra importé. Nous avons déjà vu que, depuis une vingtaine d'années, le microbe du choléra indien tend à élire domicile dans certaines localités de l'Europe, et que nous sommes en ce moment, aux environs de Paris, en présence d'une épidémie de choléra indien, née cependant dans le sol de la banlieue. Le choléra indien commence déjà à devenir du choléra nostras.