‹ Le choléra [electronic resource]Chapitre 7 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Épidémie actuelle. — Choléra russe. — Choléra parisien. — Dangers de l'infection des bords de la Seine par le tout à l'égout, et de l'infection de la presqu'île de Gennevilliers par les irrigations. — Nécessité de l'assainissement des villes et des campagnes.

En 1891,1e choléra s'est répandu dans le bas Bengale, dans le district de Purnia, qui est situé entre Nipal et le Gange, dans l'aire endémique de ce fléau. Ce district contient une population de 2 millions d'habitants; il avait été fort peu attaqué par le choléra en 1890. Le 8 février 1 891, il y avait une grande fête religieuse sur les bords du Gange, à Ka-

ragola;le jour même, le choléra apparut dans cette ville, et le 12 février, 6 000 pèjerins sont morts en chemin de fer en retournant chez eux. En mars, la maladie se généralisa dans le district de Purnia; on y a constaté 2 187 morts; en avril, il y eut 10730 décès et 6668 en mai.

En i8q2,une autre épidémie eutpourpoint de départ Hurdwar, situé près des sources du Gange, lieu célèbre de pèlerinage. En 1 89 1 , le pèlerinage s'était effectué sans choléra. En 1892, on a été obligé de faire cesser le départ des pèlerins pour Hurdwar, et de dissoudre les rassemblements antérieurs , parce que le choléra s'y était déclaré le 22 mars. La dissémination des pèlerins a répandu le choléra dans un grand nombre d'autres villes. M. le Dr Macnamara, dans son récent et fort intéressant ouvrage Asiaiic choiera, approuve cette dispersion des pèlerins cholériques, parce que, dit-il, toutes les précautions sanitaires sont incapables d'ar-

reter la marche d'une épidémie de vrai choléra, quand il y a des centaines de mille hommes campés dans un petit espace. Cette assertion doit être absolument combattue. Et il est fort possible d'arrêter une épidémie dans les campements, si l'on a l'autorité nécessaire pour imposer les mesures sanitaires que nous étudierons dans les chapitres suivants :

Du ior au 7 avril, il y eut 24 cas de choléra entre Simla et Kalka; le 20, Peshawar et le pays environnant furent atteints; il y eut 7 000 morts dans le Pemjab, du i5 au 3o avril. En mai, le choléra a gagné le Cashmir-, et à Srinagar il y eut 5 000 morts sur une population de 124000 habitants. Le 11 mai, il apparaît àCaboul, et dans l'Afghanistan du Nord, qui est relié à l'Inde par des chemins de fer. Le 27 mai, il se joue des quarantaines perses et russes, et atteint Meshed où il meurt 700 personnes par jour. Le 26 juin, la maladie atteint Astrabad, Yizd, Resht. En même temps le nord du Khorassan et les deux ex-

trémités du chemin de fer transcaspien sont envahies.

La maladie atteignit, d'une part, Bakou, la Caucasie, les bords de la mer d'Azof et les rives du Don, d'autre part, Astrakhan et les bords du Volga. Dans cette épidémie, c'est l'homme qui a été le propagateur du fléau. On ne peut accuser ni le sol ni l'eau-, l'épidémie, comme les bateaux venant de la mer Caspienne, a remonté les fleuves au lieu de les descendre. En effet, sur le Volga, la première ville atteinte a été Astrakhan à son embouchure, puis, en remontant, on trouve le choléra successivement à Tsaritzyn, Saratov, Samara, Simbirsk, Kazan et Nijni-Novgorod. C'est aussi en remontant le Don que le choléra se propage dans la Russie centrale de Rostov à Voronej. Puis, le 3 août, il atteint le gouvernement de Tobolsk, en Sibérie, et, dans la Russie d'Europe, Koursk, situé entre Kharkov et Orel . Le G août, on annonce 1 1 décès à Moscou et le fléau se répand à Iaroslavl

au-dessus et à l'est de Moscou, et dans les gouvernements deTambow et de Pensa, entre le Don et le Volga. Il fait son apparition à Saint- Pétersbourg le 12 août. Dans toute la Russie il avait fait 25ooo victimes jusqu'au 1" août.

Le danger de la contamination de l'Europe par la Russie d'Asie a beaucoup augmenté depuis la création du chemin de fer de Merv à la mer Caspienne, car la Perse est bien souvent menacée par les navires qui, depuis quelques années, viennent régulièrement de Bombay à Bassorah. En outre, les chemins de fer de l'Inde et de l'Afghanistan mettent la Perse et la Turcomanie aux portes des foyers permanents du choléra. L'épidémie a envahi Samarcand, Tachkent et Tomsk; elle menace ainsi la Chine. Elle sévit aussi à Téhéran.

Le choléra fait de tristes ravages en Abyssinie, dans le pays de Gallas, au Choa, au Harrar, sur la côte des Somalïs et dans notre colonie d'Obock.

On signale aussi quelques cas en Pologne et en Hongrie.

Il faut donc conclure, avec M. le Dr Macnamara, que l'épidémie actuelle qui ravage la Russie, a couvé pendant l'année 1891 dans la région de l'Inde où le choléra est endémique, et que la réunion des pèlerins à Hurdwar en mars 1892 a été le foyer d'où le fléau s'est disséminé à travers l'Afghanistan, la Perse, la Transcausie et l'Europe.

Depuis le mois d'avril 1892, le choléra règne dans la banlieue de Paris. Son intensité diminue en ce moment, mais il a été assez sévère.

Du 6 avril au 24 juillet elle a occasionné autour de Paris 441 décès, ainsi répartis :

Maison de Nanterre.

Saint-Denis ....

Saint-Ouen

A Paris même on a constaté :

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