‹ Le choléra [electronic resource]Chapitre 8 sur 18 · CHOLÉRIQUES · texte numérisé non relu

CHOLÉRIQUES

d'habitan ts de la banlieue venus ù Paris.

Du

Du

au 3o juillet

Du

juillet au 6 août. . . .

Beaucoup de cas ont été foudroyants et on a constaté go morts sur i oo malades. Pendant le mois de juillet le choléra a sévi à Gonesse et aux environs de Chartres, à l'asile de Bonneval, où on a constaté 20 décès du 17 au 28 juillet. Il y a eu aussi quelques cas disséminés à Dugny, Blancmesnil, Poissy, etc.

Ce choléra est bien le choléra indien; il n'est cependant pas rapidement envahissant. Mais il faut bien savoir que dans l'Inde on constate très souvent des épidémies locales qui ne sont pas envahissantes; le choléra y est endémique, parce que le sol indien est

contaminé parles bacilles cholériques déposés pendant les épidémies antérieures. Le sol de la banlieue de Paris tend à devenir aussi infecté que le sol de l'Inde, parce que la municipalité parisienne empoisonne les environs de Paris en transformant la Seine en un immense égout collecteur rempli de matières fécales, et la presqu'île de Gennevilliers en un dépotoir qui conserve les germes cholériques. Nous avons un nouveau Gange au-dessous de Paris.

On verra du reste en lisant les comptes rendus de la Société médicale des Hôpitaux, que M. Netter,au laboratoire du professeur Proust-, que M. Chantemesse, au laboratoire du professeur Cornil; que M. Roux, à l'Institut Pasteur, ont trouvé dans l'intestin et dans les matières d'un grand nombre de cholériques, le bacille-virgule découvert par Koch dans le choléra de l'Inde, retrouvé par Straus dans le dernier choléra de Toulon, et par Calmette en Cochinchine. Dans cer-

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tains cas, on n'a pas rencontré ce bacille; cela prouve simplement que d'autres microbes peuvent produire des accidents cholériformes.

Le choléra actuel est dû à la reviviscence des germes de l'épidémie de 1884. Ces germes ont été répandus dans la presqu'île de Gennevilliers qui est irriguée avec de Peau d'égout contenant des matières fécales. M. Pasteur signalait déjà ce danger, le 18 mars 1888, devant le Conseil d'hygiène du département de la Seine. « Il faut, disait-il, que, par tous les moyens aujourd'hui en notre pouvoir, l'hygiène se préoccupe de détruire les germes des maladies contagieuses qui déciment la population parisienne, ou d'annihiler leur funeste influence. Or, que propose-t-on ? On propose non de les conduire cà la mer, où ils ne pourraient plus nuire, mais de les accumuler chaque année, de plus en plus, sur des champs situés aux portes de la grande ville. »

En outre, la Seine reçoit directement à Asnières la plus grande partie des eaux d"égout de Paris chargées de matières fe'cales. Cette eau putride dépose sur les bords de la Seine les germes du choléra qui y pullulent pendant quelques années et sont rendus à l'eau du fleuve, qui devient alors le grand propagateur du fléau. Ce n'est pas l'eau qui a conservé les germes de 1884, puisque l'eau court et n'est pas stagnante; c'est le sol qui les a nourris et conservés. L'eau de 1884 est depuis longtemps dans la mer, tandis que les rives de la Seine n'ont pas bougé. L'eau n'est qu'un agent de propagation et de dissémination; c'est le sol qui est l'agent conservateur et nourricier des bacilles-virgules.

Quand on pense qu'en cette fin de siècle il y a, aux portes de Paris, des municipalités assez peu civilisées pour faire boire à leurs administrés de la décoction de matières fécales puisée à Saint-Denis ou à Épinay, on se demande à quoi a servi ce grand mouvement

hygiénique qui veut régénérer la santé publique.

Le choléra de 1892 a débuté, le 4 avril, au dépôt de mendicité de Nanterre, et on y a constaté 44 décès sur 54 cas. Or, comme cet asile envoie ses matières fe'cales à l'égout et que les eaux d'égout sont répandues sur un champ d'épuration de 4 hectares, il est bien probable que dans huit ou dix ans les germes de 1892 se réveilleront aux environs de Nanterre.

En même temps que Nanterre, Saint-Denis et l'île Saint-Denis, Puteaux, Courbevoie étaient atteints. Puis Suresnes, Neuilly, Levallois,Clichy,Saint-Ouen, Aubervilliers, Argenteuil sont contaminés. Or, toutes ces localités sont situées ou bien dans la presqu'île de Gennevilliers, ou bien sur les bords de la Seine, en face ou en aval du grand égout collecteur, et quelques-unes d'entre elles boivent de la purée de matières alvines. Ces communes ont donc été directement contami-

nées par le sol sur lequel elles résident et qui est infecte' par les infiltrations des irrigations de Gennevilliers, ou par l'eau qu'elles boivent et qui est infectée depuis quelques mois par les microbes accumulés sur les rives de la Seine depuis [884.

Les épidémies de choléra de 1866, de 1884, de 1892 ont débuté par la banlieue, et toujours par la banlieue située au-dessous de Paris, parce que le sol de cette banlieue est infecté par des matières fécales de Paris. Jamais Alfort, Choisy, Charenton n'ont été aussi contaminés que Puteaux, Saint-Ouen, Saint-Denis, Aubervilliers, Argenteuil. La dernière épidémie parisienne, celle de 1884, a présenté un début absolument analogue à celui de l'épidémie actuelle. Le i3 juin, le choléra éclatait à Toulon, puis envahissait tout le Midi. En septembre, nous dit M/Proust dans son remarquable ouvrage : la Défense de l'Europe contre le choléra, on constate 12 décès cholériques dans la banlieue de Paris,

et les cas sont surtout observe's à Saint-Ouen, Saint-Denis et Aubervilliers, c'est-à-dire sur les bords de la Seine au delà de l'égout collecteur de Clichy. La véritable épidémie de Paris ne commença que le 4 novembre. Que voyons-nous aujourd'hui ? Une épidémie de choléra qui progresse à travers la Perse, le Turkestan, le Caucase et envahit la Russie d'Europe. En même temps la banlieue de Paris est atteinte. Cette coïncidence démontre-t-elle que le choléra attaquera les environs de Paris dès que ce fléau atteindra les limites maritimes ou terrestres de l'Europe ? Nous croyons que cette coïncidence n'est pas fatale et ne tient qu'à l'infection des communes suburbaines et par les détritus de la capitale.

Grâce à cette hygiène déplorable qui envoie dans la Seine ou dans la presqu'île de Gennevilliers une partie considérable des matières fécales de Paris, le choléra est en train de devenir une maladie parisienne. Nous pouvons

affirmer que le choléra suburbain de 1892 n'a pas été importé récemment d'Asie, puisque nos frontières de terre et de mer ne sont pas infectées. Il est produit par la reviviscence des germes contenus dans le sol de Gennevilliers et sur les rives de la Seine depuis 1884, comme le choléra de 1884 était produit par la reviviscence des germes contenus sur les rives de la Seine depuis le précédent choléra de 1873, qui était venu directement et rapidement du Havre à Paris. Nous assistons donc à une nouvelle phase des épidémies cholériques parisiennes, celle de la reviviscence des germes qui ne sont plus détruits après chaque épidémie.

Les germes du choléra, les bacilles en forme de virgule découverts par Koch, habitent l'intestin et pullulent dans les matières fécales. Les expériences de Koch, deWolfhugel et Riedel, de Hueppe démontrent qu'ils vivent parfaitement dans l'eau et se conservent fort longtemps dans le sol sec ou humide. Autre-

fois à Paris on transportait les matières fécales dans des usines qui les transformaient en sulfate d'ammoniaque et en poudrette ne contenant plus de microbes, parce que ces organismes avaient été tués par le traitement que l'on avait fait subir aux matières. Depuis vingt ans, on tend de plus en plus à tolérer et même à imposer le tout à l'égout. Et comme les égouts se jettent dans la Seine, les matières fécales infectent le fleuve. Celles qui sont répandues sur le sol de la presqu'île de Gennevilliers y arrivent en trop grande quantité pour être épurées. Le sol et le sous-sol de cette presqu'île sont infectés, aussi l'épidémie actuelle a-t-elle débuté à l'asile de mendicité de Nanterre, qui est situé dans cette presqu'île, en face de Bezons.

Ce choléra suburbain de i8q2 n'a pas été importé de l'Inde récemment. Il provient donc des germes déposés pendant la dernière épidémie de 1884. Mais où ces germes ontils été déposés? Si Ton examine quelles sont

les localités infectées, on voit qu'elles sont situées soit dans la presqu'île de Gennevilliers, soit en face de cette presqu'île sur l'autre rive de la Seine. On prétend que toutes ces localités ont été infectées par l'eau de boisson puisée dans la Seine au-dessous du grand collecteur de Clichy. Mais cette assertion est erronée. En effet, si on étudie la distribution des eaux dans la banlieue sur la carte publiée par M. Hétier dans un rapport présenté le iSmars 1892,311 Conseil d'hygiènedelaSeine, on voit que les premières localités infectées, Nanterre, Colombes, Asnières, Courbevoie, Neuilly, Puteaux, Suresnes, Levallois ne recevaient de l'eau que des prises installées dans la Seine à Suresnes et à Neuilly, c'està-dire bien au-dessus du grand collecteur de Clichy. Je ne pense pas que les microbes aient la propriété de remonter le courant, comme les poissons. Argenteuil et Aubervilliers reçoivent de l'eau de l'Oise et de l'eau de la Marne. Les seules communes contami-

nées qui reçoivent de l'eau de Seine puisée en aval de ce collecteur sont : Saint-Denis, Pile Saint-Denis, Saint-Ouen et Clichy-la- Garenne.

On voit donc que l'eau de Seine n'est pas le seul agent de la propagation du choléra ; que l'épidémie actuelle est née sur le sol de la presqu'île de Gennevilliers. Car sept communes, sur quatorze contaminées, sont situées sur cette presqu'île ; et dix communes sur quatorze recevaient de l'eau qui n'a pas pu être infectée par le grand égout collecteur. Je ne crois pas qu'une démonstration plus nette puisse être exigée, à moins que l'on ne pense que le choléra de 1892 est tombé du ciel.

Mon savant ami le professeur Pacchiotti, de Turin, a fait tout récemment une objection, en apparence fort grave, à l'explication que je donne de la résurrection des germes de de l'épidémie de 1884. Il dit que plusieurs villes anglaises, allemandes et italiennes font

autour d'elles des irrigations avec l'eau d'égout et n'ont pas le chole'ra. Mais je n'ai pas pre'tendu que les irrigations créent le choléra de toutes pièces; je prétends qu'elles le conservent quand elles ont été faites avec des eaux contenant des matières fécales de cholériques. Je dis, par exemple, que, si Berlin est atteint cette année par le choléra, dans huit ou dix ans, il sera frappé par une nouvelle épidémie cholérique, parce que les germes de 1892 seront conservés dans le sol des environs de la capitale prussienne irrigué avec des eaux d'égout renfermant des matières fécales. Il en serait de même pour Edimbourg, etc.

Ces irrigations sèment le choléra, et la récolte met une dizaine d'années à se faire attendre.

L'infection de la Seine suburbaine à partir de Clichy n'est pas un fait nouveau. M. Hérard a raconté qu'en 1 865, étant médecin de l'hôpital Lariboisière, il reçut dans son service les premiers cholériques; ils étaient, en

très peu de jours, au nombre de 18 ou 20, et tous habitaient Montmartre. Il songea immédiatement à incriminer l'eau qu'ils avaient bue, et il fit une enquête. Il parvint dans son excursion à Saint-Ouen jusqu'à l'endroit où était prise Peau de Seine qui alimentait Montmartre; et il fut stupéfait de voir qu'elle était recueillie au milieu d'une sorte de mare noire, dégoûtante, fétide. Il ne fut pas douteux, pour M. Hérard, que des eaux de cette nature devaient avoir de l'influence sur le développement du choléra dans ce quartier de Paris.

En octobre 1884, je répétai l'excursion de M. Hérard, et je fus également stupéfait de voir, qu'en dix-neuf ans, aucune amélioration n'avait été apportée à cet état déplorable. Voici ce que je constatai, et ce qu'on peut encore constater.

Avant d'avoir longé, soit en bateau, soit à pied, la rive droite de la Seine, entre Clichy et Saint-Denis, on ne peut se faire une idée

exacte de la saleté, de l'infection du fleuve. Ce spectacle est révoltant pour la vue et l'odorat. A Clichy, entre le pont du chemin de fer et le pont départemental, on trouve d'abord le grand égout collecteur, qui jette un véritable torrent de matières infectes; à son embouchure, il ne faut pas une bien grande attention pour reconnaître, parmi ces odeurs, celle des matières fécales ; du reste il est reconnu qu'un quart des matières excrémentitielles de Paris passe à l'égout. (Emile Trélat, Rapport sur l'évacuation et. l'emploi des immondices de la Ville de Paris : Société de médecine publique, 23 juillet 1884; 'Revue d'hygiène, août 1884.) Les matières solides du collecteur vont s'amasser sur la rive droite de la Seine et forment une presqu'île qui obstrue la moitié de son lit. Un peu plus en aval est l'égout des machines destinées à envoyer une faible partie des eaux d 'égout à Gennevilliers-, celui-ci contient aussi un liquide infect; un peu plus loin sont encore

deux autres bouches de branchements d'égout. A ce niveau, le petit bras de la Seine ressemble véritablement à une fosse d'aisances. Sur la surface de l'eau noire flotte une mousse blanchâtre, sans cesse remuée par d'énormes bulles de gaz qui ramènent du fond de grosses masses de vases agglomérées. Le long des bateaux amarrés sur le quai, il y a tous les cinq ou six mètres des dégagements de gaz qui s'effectuent sans discontinuité par bulles grosses comme des oranges. Si l'on descend la Seine, on voit à chaque instant, sur le bord, des amas de vases ou de matières grasses parsemées de vieux bouchons ou de chiens morts.

Si nous continuons notre route, nous trouvons le canal dit d'assainissement, qui jette dans la Seine une grande quantité de matières fécales. Là encore l'odorat ne peut pas commettre d'erreur. Tout le long de la commune de Saint-Ouen, la surface de la Seine est tamisée par une véritable pluie de bulles

de gaz. Plus bas, à Saint-Denis et à Épinay, la Seine est encore plus infecte. Elle a déjà reçu cinq égouts depuis Clic'hy, et, à quelques mètres en aval, elle reçoit deux égouts d'usine, dont l'une envoie des résidus de colle qui couvrent la rive d'une mousse puante. L'eau a en outre une odeur de nitro-benzine, provenant des résidus d'une fabrique de produits chimiques. Juste en face de la prise d'eau est une énorme masse de vase. A côté même de cette prise est un amas de vieux bouchons graisseux charriés par le fleuve. Et c'est cette eau qu'une partie de la banlieue du nord-ouest boit encore en 1892. Vraiment une pareille imprévoyance est inouïe, et si je n'avais pas constaté ces faits, je ne pourrais pas les croire.

Révolté à la vue de pareilles horreurs, j'ai refait cette excursion nauséabonde en prélevant des échantillons d'eau au niveau des prises d'eau et dans les bornes-fontaines publiques des communes alimentées par

ce liquide infect. Voici les résultats sommaires de ces analyses faites au Laboratoire municipal, résultats malheureusement trop facilement prévus. (Les matières organiques ont été dosées par le permanganate

ORIGINE

DES ÉCHANTILLONS

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