CHAPITRE PREMIER
La défense contre le choléra par l’assainissement de l’Inde anglaise.
En 1866, à la conférence sanitaire internationale de Constantinople, le délégué de l’Angleterre, M. le Dr Goodeve, chirurgien en chef de l’armée des Indes, médecin honoraire de la Reine, disait : «A Calcutta, les anciens égouts, qui étaient comblés, ont été parfaitement nettoyés. Les lieux d’aisances ont été soumis à des règlements qui les ont beaucoup améliorés. Les matières en sont enlevées journellement et portées à une distance d’une lieue de la ville où elles sont enfouies dans un endroit désert...1. A Bombay, le gouvernement a préparé un act pour limiter l’encombrement dans les maisons
des pauvres J’ai le devoir de déclarer que le gouvernement anglais
des Indes porte sa sollicitude tant sur la population indigène que sur les troupes de S. M. la Reine de la Grande-Bretagne, et qu’il s’occupe autant qu’il peut de l’état sanitaire des natifs, uniquement pour le bénéfice de ceux-ci. Cela résulte des instructions données aux commissions permanentes...2 »
Près de vingt ans plus tard, en i885, à la conférence internationale de Rome, le délégué du gouvernement des Indes, sir J. Fayrer, chirurgien général, disait encore : « Le gouvernement indien donnera tous les renseignements utiles et adoptera toutes les mesures opportunes3. »
Dans l’intervalle, en 1874, à la conférence internationale de Vienne, le délégué de l’Angleterre, M. le Dr Dickson, médecin de l’ambassade de S. M. Britannique à Constantinople, avait été
' Les matières d’une ville de plus de Coo.ooo habitants portées chaque jour dans un endroit désert!
2 Conférence sanitaire internationale de Constantinople. Procès-verbaux : n° 29 , pp. 37 et 7 4 ; n° 30, p. 18.
3 Conférence de Rome, p. 17 1.
plus explicite. Il présentait comme un modèle les efforts tentés par l’Angleterre pour Fassainissement de l’Inde : « Les améliorations qui se font dans l’Inde anglaise, disait-il, méritent une attention toute particulière ; elles pourraient même être imitées partout ailleurs. » Là-dessus, il montrait que la mortalité générale et celle par choléra avaient diminué dans l’armée anglaise ; qu’il y avait dans l’Inde « sept commissions sanitaires pour étudier l’état de la santé publique ». Quant aux mesures prises, il se contentait de dire que « bien des améliorations ont été faites et bien d’autres sont en voie de se faire dans le but d’assainir les grandes villes de l’Inde, de les approvisionner d’eau potable en quantité suffisante, d’améliorer la culture des terres et d’éveiller dans l’esprit des indigènes la nécessité de bonnes mesures d’hygiène » . Cela dit, il concluait : « Je crois que je vous ai maintenant suffisamment renseignés sur les efforts faits par le gouvernement pour éteindre le choléra dans l’Inde anglaise.1 » A quoi bon d’ailleurs tant de détails sur une affaire qui n’était plus guère que de l’histoire ancienne, puisque, à la deuxième séance de cette conférence de Vienne, le 2 juillet 1874, ce même M. Dickson avait déclaré ceci : depuis que le gouvernement britannique a pris des mesures d’hygiène énergiques, le choléra a disparu de Calcutta et va disparaissant même de Bombay 2 ?
Voilà les allégations. Quels sont les actes, et quels sont les résultats ?
Je ne prétends pas que l’on n’ait rien fait. L’Angleterre a fait beaucoup pour l’armée anglaise aux Indes et, parmi ses soldats, elle a obtenu une cbminution considérable de la mortalité3. Quelques villes indiennes se sont procuré l’inappréciable bienfait d’une bonne alimentation en eau potable. En 1888, le gouvernement des Indes a autorisé les pouvoirs locaux à contracter des emprunts pour des objets sanitaires. Un certain nombre de travaux de drainage, la plupart très insuffisants (quelques-uns tout à fait pernicieux4), ont été exécutés. Mais quand on étudie l’état actuel de l’Inde au point de vue de l’hygiène publique, que l’on passe en
' Conférence de Vienne, pp. 3oi à 3o3.
2 Ibid. , pp. i4 et i5. Il serait plus logique de dire : va disparaissant de Bombay et même de Calcutta.
" « Autrefois, dans l’armée anglaise aux Indes, le taux de la mortalité était de 69 par 1.000. De 1879 à 1884 il est tombé à 20 par 1.000. Il est aujourd’hui (1888) de i4 environ. » Edwin Chadwick. On the progress of sanitalion, civil and mililary , p.io.
1 Dans son rapport sur l’année 1888, l’officier de santé de Calcutta, le D' W.-J. Simpson, parle de travaux de drainage si mal faits qu’il y aurait intérêt pour la santé publique à les interrompre, (j Report on sanilary measures in India in 1888-89, p. 122.)
Planche 27.