‹ Le choléraChapitre 33 sur 125 · III. — Un rapport indiquant · texte numérisé non relu

III. — Un rapport indiquant

A. La nature du sol, s’il est perméable et à quelle profondeur ;

B. La nature de l’eau bue par les habitants des agglomérations de vingt feux au moins, et pour cela :

i° indiquer si cette eau est: a) soit de l’eau de sources, et dans ce cas si les sources jaillissent dans les agglomérations ou en dehors d’elles; b) soit de l’eau de puits, et dans ce cas si les puits sont en contre-bas des habitations (renvoyer au plan lorsqu’il y en a un) ; c) soit de l’eau de pluie (citernes) ;

2° répondre aux questions suivantes : a) l’eau potable est-elle limpide ? vue par transparence, comment se comporte-t-elle? est-elle trouble après les pluies ? 6) quel est son goût? c) dissout-elle le savon? d ) cuit-elle les légumes? e ) peut-elle

être souillée par des infiltrations ? (renvoyer au plan lorsque la réponse est affirmative) ;

C. La matière des tuyaux dans le cas où l’eau serait amenée dans des tuyaux clos et les mesures prises pour l’entretien desdits tuyaux ;

D. La suffisance ou l’insuffisance de l’eau potable (calculer approximativement, là où ce sera possible, la quantité moyenne par habitant, soit en hiver, soit en été);

E. La manière dont se fait, en général, la vidange des maisons dans la commune : a) où les matières fécales sont déposées ; 6) de quelle manière, avec quelle périodicité s’évacuent les immondices ; c) si elles sont employées pour l’agriculture et comment; d) si, avant d’être employées, elle peuvent contaminer les eaux;

F. La manière dont se fait le lavage du linge et comment s’écoulent les eaux employées à ce lavage ;

G . La manière dont se fait le nettoiement des rues et places ;

H. Si, dans les maisons, il y a des cours intérieures où s’accumulent les résidus de la vie et combien de temps ils y séj ournent ;

I. Pour les agglomérations de 5oo habitants au moins, examiner très sommairement quelles seraient les mesures à prendre pour donner aux habitants de l’eau potable mise à l’abri de toute contamination et ce que, grosso modo, pourrait coûter l’exécution de ces mesures.

Le directeur du service vicinal, Signé : Considère.

Le programme était bon . Quel bel et utile atlas des communes du Finistère s’il eût été exécuté! S’il l’eût été, l’administration départementale connaîtrait depuis longtemps les points faibles de la situation sanitaire des communes ; peut-être aurait-elle pu améliorer cette situation et diminuer la mortalité.

Le travail fut commencé et l’on trouvera plus loin quelques rapports d’agents voyers. Mais je vins prendre, au ministère de l’intérieur, la direction de l’assistance publique. Immédiatement, les choses changèrent de face. L’enquête entreprise fut interrompue. Ce qui paraissait facile lorsque j’étais là, se hérissa, moi parti, de difficultés et d’impossibilités. L’ingénieur en chef, directeur du service vicinal, découvrit que le travail qu’il avait demandé à ses agents, ses agents ne devaient pas le faire ; que d’ailleurs le travail ne pouvait avoir aucune utilité. Je fus ainsi privé du plaisir de rendre au département que j ’ai administré le service d’avoir établi son cadastre sanitaire.

Mon but est triple en racontant cet incident administratif. Il explique d’abord pourquoi mon étude n’est pas aussi complète que je l’avais projeté. Il me donne en second lieu l’occasion de fournir un cadre aux administrateurs désireux de s’associer à ce mouvement

en faveur de l’hygiène publique qui produit des merveilles dans certains pays et commence à s’accuser en France. Enfin, c’est un exemple qui s’ajoute à tant d’autres pour prévenir ces administrateurs des résistances qu’ils rencontreront lorsqu’ils tenteront de marcher dans la voie du progrès. Bien souvent, ce sera de la part de ceux qui devraient être leurs auxiliaires les plus dévoués que ces résistances seront le plus acharnées. 11 est bon qu’ils le sachent d’avance, non pour se décourager et reculer devant elles, mais pour se préparer à les vaincre.

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