IX. — LES MICROBES
Il faut reconnaître qu’avant la découverte de Koch la bactériologie du choléra se réduisait à des données bien vagues : en 1848, vibrions observés dans les selles par Virchow; en 1855, micro-organismes animés de mouvements, vus par Pacini; en 1867, champignon du genre urocystis décrit par Bœhm et Rallier; enfin, en 1873, recherches très sérieuses de Hayem et Raynaud aboutissant à l’invention d’une dizaine de vibrioniens sans caractère spécifique.
(4) Roger. Une septicémie consécutive au choléra (Soc. de Biol., 29 oct. 1892).
En 1883, la technique avait réalisé d’assez grands progrès pour justifier toutes les espérances.
Le choléra ayant éclaté le 22 juin 1883 en Égypte, deux missions partirent presque simultanément pour Alexandrie : l’une composée de Straus, Roux, Nocard et Thuillier (ce dernier devait être bientôt victime de son dévouement à la science), disciples de Pasteur ; l’autre, allemande, dans laquelle Koch était assisté de Fischer, de Gaffky et du chimiste Treskow.
Plus heureux que nos compatriotes, Koch obtenait rapidement d’importants résultats. Dès le 17 septembre, il adressait au secrétaire d’Etat de Bœtticher, à Berlin, un premier rapport officiel dans lequel il annonçait la découverte d’un bacille analogue à celui de là morve, siégeant dans la paroi de l’intestin, et probablement spécifique. Mais l’épidémie égyptienne déclinait, et, comme les recherches de la commission allemande n’étaient pas terminées, Koch manifestait l’intention de transporter son laboratoire sur un sol plus fécond, c’est-à-dire dé gagner les Indes.
Le 30 octobre, après avoir traversé le Caire, il se rendait à Suez, puis visitait les postes quarantenaires d’El Wedj, de Tor et des sources de Moïse.
Le 11 décembre, il atteignait Calcutta et le 14 décembre pratiquait sa première autopsie sur la terre indienne.
Le cinquième rapport de Koch, écrit le 7 janvier 1884, à Calcutta, marque un pas en avant ; le bacille a été trouvé et isolé dans les déjections des cholériques ; il a été cultivé à l’état de pureté.
C’est dans le sixième rapport officiel (Calcutta,
2 février) que nous lisons la première description détaillée du bacille virgule et des colonies qu’il forme dans la gélatine. Tous les résultats obtenus en Égypte sont vérifiés. Koch ne conserve aucun doute sur la spécificité du Commabacillus. Il l’a trouvé dans les matières de 17 cholériques et dans l’intestin de 22 sujets emportés par le choléra, tandis qu’en dehors
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du choléra le micro-organisme fait complètement défaut. Une seule chose reste à trouver : le moyen d’inoculer le choléra aux animaux. Peut-être, d’ailleurs, les animaux sont-ils totalement réfractaires puisque, môme au Bengale, on ne les voit jamais atteints par la maladie?
Voici enfin le septième et dernier rapport officiel (Calcutta, 4 mars) ; le bacille virgule a été trouvé dans l’eau d’un tank ou lac-étang sur les bords duquel le choléra exerçait ses ravages. Les expériences ont été d’ailleurs poursuivies dans le laboratoire, mais la chaleur est déjà si forte que les commissaires allemands se verront forcés de quitter bientôt le pays où leur initiative scientifique a trouvé de si belles récompenses.
Critiquée par Finkler et Prior, par Straus et Roux, par Malassez, par Waters, la découverte de Koch fut défendue par Nicati et Rietsch, Babes, Doyen, Van Ermangen et la grande majorité des bactériologues allemands.
1" Le bacille virgule de Koch.
Où faut-il le chercher ? — A. Dans les autopsies. C’est l’intestin grêle qu’il faut examiner tout d’abord. Pour y trouver facilement le bacille virgule. Koch conseille de choisir les cas à évolution rapide, les cas foudroyants. Très peu abondants au début, ces bacilles se multiplient activement pendant les vingt-quatre premières heures; quand les matières deviennent franchement séreuses, ils étouffent toutes les autres bactéries, de telle sorte qu’on a sous les yeux une sorte de culture pure. Quand on pratique l’autopsie des cas foudroyants, on voit la muqueuse intestinale à peine congestionnée, tapissée d’un mucus crémeux où fourmillent les bacilles. Sur les coupes, on constate que, grâce à la desquamation épithéliale, ils ont
pénétré dans les couches profondes de la muqueuse, dans les glandes de Lieberkühn et dans le tissu conjonctif qui entoure ces glandes. Les sujets qui ont succombé moins rapidement offrent des lésions plus considérables, mais alors l’intestin contient peu de bacilles virgules et ceux qu’on y rencontre ont subi des modifications régressives ; quelques-uns existent encore dans les culs-de-sac glandulaires, mais le fait n’est pas constant. D’après Koch, le bacille virgule disparaît à la période de réaction.. Nicati et Rietsch admettent qu’il ne vit pas au-delà du cinquième ou du sixième jour, en général; ils ne l'ont jamais découvert après le onzième jour dans les autopsies. Rumpf pense que, jusqu’au onzième jour et peut-être plus tard, il peut conserver dans l’intestin toute son activité ; il l’a trouvé 49 fois après le sixième jour, une fois le dix-huitième jour.
L’estomac contient rarement les bacilles virgules qui ne résistent pas à l’acidité du suc gastrique. Cependant, Deycke les a reconnus nettement dans la paroi de l’estomac, disposés comme dans l’intestin.
Le foie , la rate et le rein offriraient ces microbes d’après Doyen. Nicati et Rietsch les ont vus cinq fois dans la bile; Girode les a trouvés dans les voies biliaires et dans le liquide pancréatique ; Mills dans le foiê , le pancréas , le rein et le poumon; Tizzoni et Cattacci dans le liquide céphalo-rachidien et la sérosité péritonéale.
Je donne ici seulement la technique à employer pour les organes. Le fragment d’organe dans lequel on se propose de rechercher les bacilles virgules doit être plongé dans un mélange à parties égales d’alcool et d’éther pendant deux heures, placé ensuite vingtquatre heures dans la celloïdine faible, puis dans la celloïdine forte. La coupe étant faite, on la dispose dans l’alcool faible et ensuite dans la solution aqueuse de violet de méthyle; on la passe à l’étuve et on la traite par le sublimé à 1/100 pendant une minute;
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on la décolore par l’alcool absolu, on l’éclaircit par l’essence de girofle et on la monte.
g.__ Chez les cholériques vivants, le sang contien¬
drait des bacilles virgules d’après Tizzoni et Cattacci et d’après Mills, qui les aurait vus aussi dans les crachats. Ces découvertes ont besoin d’être contrôlées. Les matières vomies sont généralement indemnes : dans deux cas où elles avaient une réaction alcaline, Koch y a découvert des bacilles virgules.
C’est aux déjections qu’il faut s’adresser. Les bacilles virgules sont rares dans la diarrhée prémonitoire, très abondants à la période phlegmorrhagique, absents, en général, pendant la période de réaction. En fixant au douzième jour la limite de l’invention des bacilles virgules, on peut.se considérer comme très large. Par exception, le bacille virgule peut persister dans les déjections des convalescents (Cornet), et même après guérison complète. Mills l’aurait vu quarante-sept jours après le début de la maladie.
Il importe de bien établir quel est l’aspect des matières qui contiennent le bacille virgule et à quelle forme clinique du choléra ce microbe appartient.
Le prototype des matières à bacille virgule nous est offert par le liquide blanchâtre à grains riziformes qui reste l’apanage des formes graves; mais les matières bilieuses, avec ou sans grains riziformes, les déjections diarrhéiques vulgaires et même les matières tout à fait solides (3 cas de Rumpf) peuvent fournir les mêmes résultats bactériologiques. Koch recommande de choisir les flocons muqueux qui nagent dans le liquide intestinal.
Cliniquement, le bacille virgule n’appartient pas seulement au choléra grave ; il se réclame aussi de la cholérine, du choléra léger, de la diarrhée légère. Il peut même être fourni par des individus parfaitement bien portants, qui sont susceptibles, comme les autres, de colporter le choléra !
Rumpf insiste sur ce fait que le bacille est parfois
présent dans l’intestin, sans qu’il soit possible d’en faire la preuve avant quelques jours.
Au début de l’épidémie de 1892, à Hambourg, les cultures ont été lentes 4 se développer (soixantedouze heures) .Quand l’épidémie a atteint son maximum, l’activité du bacille augmentant, il suffisait de vingtquatre heures pour que la culture permît le diagnostic.
Morphologie et biologie du bacille virgule. — Pour observer les bacilles virgules, on étale les mucosités provenant de l’intestin sur une lamelle, on laisse sécher à la température ordinaire et on colore pendant trente secondes dans une solution concentrée ' de violet de méthyle ou de fuchsine ; on lave ensuite rapidement. La préparation peut être desséchée par un courant d’air et montée dans le baume.
Doyen recommande la technique suivante : on place lapréparation pendant dix minutes dans un bain d’eau d’aniline, additionnéé de violet de méthyle 4 40°; pendant huit minutes, on la soumet 4 l’action de la solution iodo-iodurée de Gram. On lave 4 l’alcool absolu, on traite par l’essence de girofle, on lave encore 4 l’alcool absolu ; on plonge enfin la préparation dans une solution aqueuse de fuchsine. On lave, on sèche 4 l’air et on monte. Les bacilles sont colorés en rouge ; les autres bactéries en violet, foncé.
Dans une préparation faite de cette manière ou dans une culture récente, le bacille virgule a l’aspect d’un bâtonnet long de 1 jj. 5 à 2 [i 5, large de 0 (i.2 40 p'3, plus ou moins recourbé, figurant parfois une demicirconférence. Les bords sont lisses, les extrémités mousses ou légèrement effilées.
Lorsque deux éléments se trouvent bout 4 bout, ils forment une S ; s’ils s’ajoutent les uns aux autres en grand nombre, on les voit figurer de longs filaments en spirale ou des lignes ondulées, surtout lorsque les cultures ont été faites dans les bouillons.
Les bacilles sont animés de mouvements très vifs et
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très rapides à la température de 30° à 35°. À 16°, les mouvements cessent.
Quand les flocons filamenteux (colorés par la solution de fuchsine de Ziehl étendue, suivant le conseil de Koch) contiennent d’abondants bacilles, on croirait avoir sous les yeux des bandes de petits poissons : tous les éléments sont orientés dans le même sens. D’après Koch, de tels amas sont absolument caractéristiques ; dès qu’on aperçoit cette disposition, on peut affirmer L’existence du choléra indien.
Lorsqu’on veut suivre le développement ultérieur de ces éléments, il faut ensemencer une parcelle de gélatine disposée en culture cellulaire et installer celle-ci sur une platine chauffante réglée à 22° centigrades. Les bâtonnets courbes s’allongent en forme de spirilles et les mouvements diminuent. Quand les. spirilles ont atteint une longueur de 4 à 5 [i, les extrémités recommencent à se mouvoir, puis se détachent et forment de nouvelles virgules.
Les virgules de nouvelle formation, soumises à l’action des matières colorantes, offrent souvent à leurs extrémités des zones foncées, qu’on a prises pour des spores.
Les spores doivent-ils être admis ? Hüppe, observant une culture cellulaire, a vu parfois, sur un point du spirille, se développer deux corpuscules arrondis et brillants, s’entourant bientôt d’une zone gélatiniforme. Ces corps sphériques représenteraient, pour lui, des arthrospores qui germeraient directement et fourniraient des bâtonnets courbes. Ils auraient une résistance plus grande que les simples bâtonnets. Les vieilles cultures qui en contiendraient seraient éncorc fertiles après une année.
« Après dix heures de culture sur l’agar à 36°, disent Corail et Babès, on trouve des bacilles plus petits que le bacille tout à fait développé, mais qui ont déjà tendance à s’incurver. Si l’on fait avec ces bacilles une culture dans la chambre humide, en les inoculant sur
une goutte de bouillon faiblement coloré par une solution aqueuse de violet de méthyle (J, on trouve, après quinze à vingt heures, des bacilles ayant 1 g. 5 sur 0 g 4 d’épaisseur. Le violet de méthyle se fixe surtout aux deux extrémités du bacille, ce qui a pu faire croire à l’existence des spores. Mais ces parties foncées sont mal limitées ; elles sont mobiles, se rapprochent du centre à mesure que le bacille grandit ; puis elles se séparent en laissant entre elles une raie claire qui indique le commencement de la division. C’est immédiatement après cette division que les bacilles ressemblent le plus à des virgules : une concavité; une convexité, une extrémité plus effilée que l’autre. »
Vers le sixième jour, les cultures s’épuisant, on voit surgir des formes dégénératives qui ont causé de fréquentes erreurs. Les virgules deviennent plus grosses et plus courtes, et portent à leurs extrémités de petits kystes sphériques, réguliers ou déformés. De telles monstruosités ont été décrites par Ferran comme normales et prises pour des organes reproducteurs.
Le bacille virgule se montre toujours avide d’oxygène ; il est dit aérobie (on verra plus loin comment il faut comprendre la chose). Lorsqu’on examine les bacilles privés d’oxygéne, les mouvements cessent rapidement.
Cultures. — Les cultures se font mal dans l’eau stérilisée; elles réussissent mieux dans l’eau chargée de matières organiques. Elles sont contrariées par les bactéries de putréfaction (Koch). Les déjections conservées dans une chambre humide (Klebs et Gecci) offrent pendant deux ou trois jours des bacilles virgules en grand nombre, puis les autres espèces les étouffent. Même résultat avec l’ensemencement, des linges mouillés (Van Ermangen).
Le procédé de Schottelius est commode lorsque les bacilles sont peu abondants et lorsqu’on désire des résultats rapides : on mélange les déjections de cholériques avec un volume double ôi jus de vidnde stéri-
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lisé; au bout de douze heures, à 30°, la surface du liquide se recouvre de bacilles virgules en culture presque pure. Au bqut de peu de jours, les bactéries de putréfaction font disparaître ces micro-organismes (Schottelius).
Les cultures sur peptone, récemment préconisées par Koch, fournissent des renseignements plus rapides encore. On prend une solution aqueuse stérilisée de peptone à 1 °/„, additionnée de 1 °/„ de sel marin et alcalinisée par la soude ; on l’ensemence et on la place dans l’étuve à 37°. Si les déjections sont opulentes, on peut voir, dès la sixième heure, à la surface de la solution de peptone, une culture pure de bacilles virgules ; si elles sont pauvres, le résultat est plus lent, mais il ne faut pas attendre plus de douze heures pour pratiquer l’examen.
Les cultures sur plaques de gélatine à 10 % ont fait leurs preuves entre les mains de Koch. Au bout de vingt heures, on aperçoit dans la gélatine maintenue à 22° de petits points blanchâtres inégaux; ceux de la couche supérieure sont moins exigus que ceux de la couche inférieure ; ils représentent de petits disques granuleux, presque transparents,àbords un peu sinueux, quand on les regarde à un faible grossissement. Le second jour, l’apparence granuleuse s’accentue; on croirait voir une agglomération de petites perles de verre brillant. Le troisième jour, les bords deviennent dentelés et perdent leur netteté, tandis que la liquéfaction de la gélatine s’effectue ; la colonie s’enfonce dans une cavité capuliforme. Le quatrième jour, on aperçoit autour d’une sorte de noyau jaunâtre à bords déchiquetés une zone annulaire de gélatine liquéfiée. Bientôt, la liquéfaction de la plaque est complète ; on ne trouve plus qu’un liquide trouble, jaunâtre, dont l’odeur rappelle l’urine de souris; au bout de quelques jours, les colonies renferment de nombreux éléments dégénérés.
Les cultures en tubes offrent un aspect caractéris-
tique. La gélatine ayant été ensemencée à la suite d’une prise faite au centre de la colonie, on voit, dès la vingtième heure une petite dépression à la surface, au point d’inoculation. Au bout de vingt-quatre heures, excavation très prononcée en forme de calotte sphérique ou ovale, au fond de laquelle on trouve un peu de liquide. Le deuxième jour, l’espace vide a doublé ; on a l’illusion^ en regardant de côté, d’une bulle d’air incluse dans la gelée; au-desSous, le canal de lapiqûre se présente sous l’aspect d’un prolongement effilé, blanchâtre. La liquéfaction à 20° n’atteint que le sixième ou septième jour les parois du tube. À 16°, elle se ralentit beaucoup.
Sur l’agar peptonisé, le bacille virgule forme, au bout de vingt heures, à 37°, des colonies blanchâtres, bien limitées qui, en vieillissant, prennent une teinte brunâtre avec un aspect mamelonné.
Sur la pomme de terre , on voit, vers 37°, une mince couche brunâtre, autour de laquelle la surface de la pomme de terre offre une blancheur éclatante.
La réaction des cultures est toujours franchement alcaline. L’odeur est fade.
La réaction du rouge du choléra (réaction de l’indol), due à Bujwid, a été tenue pour caractéristique ; mais on a démontré qu’elle pouvait être fournie par le bacille de Finkler-Prior, le spirillum tyrogenum et le sputigenum. Pour l’obtenir, il faut ajouter de l’acide sulfurique ou de l’acide chlorhydrique à une culture pure sur peptone contenant des nitrates; on détermine en quelques minutes une coloration rouge toute spéciale. Les autres cultures se prêtent moins bien à l’expérience (Koch).
Influence de la température. -— Le développement s’effectue bien à 20°; la meilleure température est comprise entre 30° et 40°. Au-dessous de 16°, la vitalité persiste, mais l’accroissement cesse. A 10° audessous de 0, le bacille n’est pas détruit. Pendant plusieurs jours, il supporte une température de 45»; à
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50° il meurt au bout de quelques jours. A 75”, il succombe rapidement.
Vitalité du bacille dans l’eau. — La dessiccation est fatale au bacille virgule, même lorsqu’elle est progressive: un morceau de linge imbibé de déjections et desséché est impropre aux ensemencements.
Babès a montré qu’à la latitude de Berlin le bacille pouvait passer l’hiver entier à l’air libre, à condition d’être humidifiéet nourri d’une façon convenable.
L’eau semble servir plutôt de véhicule que de milieu de nutrition au bacille. D’après Straus et Dubarry, son pouvoir végétatif est de quatorze jours dans l’eau distillée, de trente jours dans l’eau de l’Ourcq, de trente-cinq jours dans l’eau de la Vanne. Nicati et Rietsch l’ont vu se maintenir vingt jours dans l’eau du port de Marseille. Koch a trouvé le bacille vivant pendant quatre-vingt-un jours dans cette même eau, trente jours dans l’eau de puits.
La recherche du bacille dans l’eau est fort délicate. Koch mélange à 100 centimètres cubes de l’eau suspectée un gramme de peptone et un gramme de sel de cuisine, et maintient la solution à 37°; au bout de dix, quinze et vingt heures, il ensemence des plaques d’agar ; les colonies obtenues sont reportéessur peptone et sur agar.
Vitalité dans les matières fécales. — Cette vitalité serait, d’après Gaffky, très durable. Cependant, Uffelmann a mélangé des matières fécales et de l’urine avec une culture très riche de bacilles virgules, puis divisé la masse en deux parties ; l’une, soumise à une température de 17° à 22°, n’offrait plus, au bout de quatre jours, aucun bacille en état de se reproduire ; l’autre, maintenue de 7° à 9”, ne présentait plus, au bout de vingt-quatre heures, un seul bacille. Les expériences d’Uffelmann l’ont conduit à admettre que les bacilles vivent au maximum quatre jours dans les matières et que, dans la majorité des cas, ils ne résistent guère plus de deux ou trois jours.
Vitalité dans la terre. — Contrairement à l’opinion de Koch, Hueppe pense que le bacille virgule n’a pas besoin d’un milieu humide pour se développer ét se multiplier ; il peut le faire dans un milieu sec. D’autre part, dans un milieu nutritif approprié, ces microbes peuvent vivre sans oxygène, et c’est même alors qu’ils fournissent le poison le plus énergique. Sur le sol, ils redeviennent aérobies. Il y a là un argument en faveur de la doctrine de Pettenkofer, d’après laquelle le bacille virgule doit passer par un substratum pour acquérir de la résistance aux agents extérieurs.
Les expériences de Hueppe et Wood montrentTinfluence des variations de la nappe souterraine. Les oscillations verticales de cette nappe règlent l’humidité des couches superficielles du sol dans lesquelles les bactéries cholériques se multiplient. Si l’humidité du sol est, excessive, les bacilles pénètrent avec l’eau et ne peuvent avoir de contact avec l’oxygène de l’air; si, au contraire, l’humidité permet l’accès de l’air’ les bacilles se multiplient comme aérobies. Lorsque la nappe souterraine vient à plonger au moment où les couches superficielles possèdent des germes actifs, le choléra peut se manifester.
D’après Giuxa, une humidité de 15 pour 100 pour la terre de jardin et l’argile et de 8 pour 100 pour le sable est suffisante à la reproduction du bacille virgule ; dans le sol non stérilisé, riche en bactéries vulgaires’ le bacille disparaîtrait du deuxième au septième jour.
Les substances dans lesquelles ont vécu les bactéries de la putréfaction empêchent le développement du bacille virgule (Corail et Babès).
Vitalité dans diverses substances. — Dans le lait, Heim a démontré la persistance et le développement du bacille pendant plusieurs jours. Dans le beurre, il vit un mois. Dans le fromage, il meurt en vingt-quatre heures ; dans le vin, en quelques minutes ; dans les infusions de thé ou de café, en deux heures. Les bacilles virgules vivent deux heures dans l’intérieur des
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groseilles, vingt-quatre heures dans les abricots, plusieurs jours dans les cerises douces, les poires, les concombres. Lorsque la surface des fruits est humide, iis insistent de cinq à sept jours.
Sur les légumes (feuilles de laitue, choux, etc.), ils se maintiennent en vie pendant treize ou quatorze jours (Dunham).
Résistance aux antiseptiques . — Pour tuer les bacilles, il suffit de quelques gouttes de solution d’acide chlorhydrique à 1 pour 100. Les acides organiques sont moins efficaces que les acides minéraux.
Dans les bouillons de culture, on peut empêcher un développement en ajoutant 1 pour 100,000 de sublime,
1 pour 5,000 de sulfate de quinine, 1 pour 2,500 de sulfate de cuivre, 1 pour 400 d’acide phénique.
Le lait de chaux, employé en Allemagne pour la désinfection des matières des cholériques, anéantit les bacilles à condition qu’on le mélange intimement
à ces matières (Pfuhl).
Les toxines du bacille virgule. — J’en reserve 1 etude pour le chapitre de la physiologie pathologique.
Inoculation aux animaux. — Koch se plaignait, dans ses rapports datés de Calcutta, de n’avoir pas réussi à inoculer le choléra aux animaux, maigre le soin qu’il prenait de pratiquer les injections septiques directement dans l’intestin. Nicati et Rietsch (1884) ont eu le mérite de réaliser, les premiers, le desideratum du savant berlinois. Ayant injecté dans le duodénum des chiens, après ligature ducanal cholédoque, des cultures de bacilles virgules, ils virent les animaux mourir au bout d’un ou de plusieurs jours; l’intestin de ces animaux était gorgé d’une purée laiteuse ou fourmillaient les bacilles virgules. Mômes lésions chez les cobayes, à la suite de l’injection dans le duodénum, sans ligature du cholédoque, des matières virulentes. Les symptômes observés pendant la vie étaient la diarrhée, les vomissements (chien seulement), la cyanose et l’algidité.
A son tour, Koch a obtenu des résultats positifs : il injecta d’abord dans l’estomac une solution de carbonate de soude, destirlée à neutraliser le suc gastrique ; puis il y introduisit la culture pure de bacilles virgules, et, cela fait, il paralysa l’intestin en injectant dans le péritoine une petite quantité de teinture d’opium.
Doyen a montré qu’on pouvait, dans cette expérience, remplacer la teinture d'opium par une quantité égale d’alcool.
Les animaux foudroyés en moins de vingt-quatre heures ont l'intestin injecté, rétracté, couvert d’un enduit crémeux, adhérent, dans lequel fourmillent les bacilles virgules,
Gamaloïa (1888) exalta d’une façon singulière la virulence du vibrion cholérique en le faisant passer du cobaye au pigeon. Après quelques passages, le sang des pigeons contenait des bacilles en grand nombre ; une goutte de ce sang tuait les pigeons et les cobayes, à moins qu’on ne les eût rendus réfractaires en leur inoculant des cultures non virulentes.
Le vibrion à virulence exaltée a été trouvé en 1891 par Wlaeff, Vincenzi, Savtchenkô. Or, Gamaleïa (1) démontre que l’accroissement de la virulence se produit lorsqu’on élève à 3, 4, S °/° la quantité de chlorure de sodium dans le milieu nutritif du vibrion. N’aurionsnous pas là l’explication de la malignité spéciale du microbe dans la terre au moment où s’abaisse la nappe souterraine !
Expérimentation sur l’homme. — Si les expériences faites avec les déjections de cholériques ingérées (celle de Bochefontaine, par exemple, en 1884) ont échoué, cela tient à l’acidité du suc gastrique, qui, comme Koch l’a démontré, réduit le bacille virgule à l’impuissance. Je laisserai de côté ces tentatives, pour par-
(1) Gamai.eïa (Acad, des sciences, 31 juili. 1893).
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1er seulement des effets produits par l’ingestion des
CU En F 1892, à Munich, Pettenkofer prit, dans «ne solution alcaline, un centimètre cube de culture fraîche faite vdansMfti bouillon avec -des bacilles virgules envoyés de Hambourg par Gaffky Le premier jour eUe lendemain, rien de spécial; le troisième joui, quatre selles plus ou moins liquides avec gargouillement persistant, mais état général satisfaisant. Pettenkofer n’ayant rien changé à son alimentation habituelle, la diarrhée dura encore cinq jours ; les» mataères continrent des bacilles en grand nombre qui disparurent, tandis que les matières devenaient consistantes. L’urine resta normale. ino rrh Z'
Emmerich fit la même expenence : il eut une diarrhée assez intense et parfois des selles nziformes renfermant le bacille à l’état de culture pure ; mais l étal général ne fut pas troublé, l’appétit resta excellent, la sécrétion urinaire fut à peine diminuée.
Résumé pratique d'après Koch (!)• — En présence d’un cas suspect, il faut d’abord examiner au microscope les flocons filamenteux contenus dans les déjections. Si le résultat est indubitable, on se contente d’ensemencer sur peptone et sur plaques de gélatine. Si l’examen microscopique laisse des doutes (cela arrive dans la moitié des cas),, il faut ensemencer sur gélatine et sur peptone; à partir de la sixième heure, on examine les cultures sur peptone et, si 1 on trouve des bacilles recourbés, on les ensemence sur 1 agar , dix heures plus tard, on reporte les bacilles de 1 agar sur la peptone ; enfin, on recherche sur la peptone la réaction du rouge. „ , ,
Si les colonies sont mal développées, il faut réensemencer sur peptone jusqu’à ce qu’on obtienne soit la réaction du rouge, soit une quantité de culture pure suffisante pour l’inoculation aux animaux.
(1) Koch [Zeitschrift fur Hyg. u. lnfectionskankh., 1893).
2° Les autres microbes.
C’est un article de foi chez les Allemands qu’en dehors du bacille virgule de Koch il n’y a pas de choléra indien. Avec quel dédain superbe n’a-t-on pas accueilli, au congrès de Wiesbaden (avril 1893), la statistique de Lesage et Macaigne, d’après laquelle, dans 35 °/ 0 des cas de choléra mortel, le commabacille aurait eu l’audace de faire défaut !
Nous n’abdiquerons pas cependant toute liberté d’examen, surtout lorsqu’il s’agit d’un microbe qui, après tout, a ses variations, ses inconséquences et ses caprices. On peut très bien porter dans l’intestin dès commabacilles et faire encore très bonne figure; on peut aussi porter uniquement d’autres microbes et mourir avec les symptômes du choléra d’importation.
Il importe, d’ailleurs, de savoir avec quels microorganismes le bacille virgule consent à cohabiter dans l’intestin.
On peut considérer comme exceptionnelle la coïncidence du bacille d’Eberth et du bacille virgule, telle qu e l’a signalée Rommelaere dans deux cas ; il faut, pour la réaliser, qu’un typhique soit atteint secondairement du choléra. Plus fréquente est l’association du bacille virgule avec le bacterium coli commune. Nanu l’a constatée seize fois à Necker, en 1892. Cet auteur a vu une fois le bacterium termo, avec le bacille virgule.
Le bacterium coli peut exister à l’état de pureté chez des malades qu’il est difficile de distinguer cliniquement de ceux qui fournissent le bacille virgule ; mais la mortalité est moins élevée chez eux ; dans ces cas, il ne s’agirait, d’après les Allemands, que de choléra sporadique.
Le bacille de Finkler-Prior a été cherché vainement dans les grains riziformes par Koch et van Ermangen. Ce bacille, confondu parfois avec celui de Koch,