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CHEZ LES ENFANTS

Donc, l’engorgement mammaire peut se produire au stade d’algidité ; il est plus fréquent à la période de réaction.

C’est à cette période qu’Oddo a vu les mamelles se distendre chez deux cholériques graves qui, pendant l’algidité, avaient eu des organes complètement flasques, et qui d’ailleurs ont guéri. L’une d’elles eut une poussée de lait comparable, à celle des nouvelles accouchées. Chez deux nourrices atteintes de choléra d’intensité moyenne, le lait fut, pendant le stade d’algidité, peu abondant, mais non modifié d’aspect. Ces malades eurent une réaction franche, leurs seins se gonflèrent, elles continuèrent à allaiter leurs enfants.

Il faut se mettre en garde ici contre la confusion possible entre le choléra infantile et le choléra à bacilles virgules, observé dans l’enfance. Ce dernier respecte, en général, les enfants à la mamelle et se manifesté peut-être moins souvent que chez l’adulte chez les enfants non allaités.

Dans les phénomènes cliniques il y a bien peu de chose à faire ressortir.

On a noté cependant chez les enfants une prédisposition singulière aux complications cérébrales. Sur 28 enfants observés par Fernet en 1863,18 ont succombé ; 6 sont morts pendant la période de réaction, 4 en état typhoïde et comateux, 2 avec des convulsions : chez tous, la congestion faciale fut très marquée; l’absence de phénomènes pulmonaires et intestinaux mérita d’être signalée.

Oddo a observé chez 4 enfants enlevés par la réaction congestive des convulsions généralisées.

L état pseudo-méningitique, l’état marastique dont j ai parlé, s’observent assez souvent chez les jeunes sujets.

D’après les statistiques, l’enfance paraît avoir fourni des chiffres de mortalité plus élevés que l’adolescence et l’âge mûr ; elle se rapprocherait donc de la vieillesse au point de vue de la résistance défectueuse au choléra.

Les épidémies de choléra n’ont jamais eu de ménagements pour la vieillesse; la chose est connue. Hayem a fait ressortir, dans ses statistiques, la gravité du choléra au-dessus de cinquante ans : tandis qu’au-dessous de cet âge, la mortalité, dans son service, n’était que de 30.17 pour 100 ; elle s’élevait, au-dessus de cet âge, à 56.3 pour 100. Dans mon service, l’écart a été beaucoup moins considérable.

Hayem a insisté également sur l’échec presque constant de la transfusion intra-veineuse chez les personnes âgées; il n’avait pas obtenu de succès, en 1884, au-dessus de cinquante-cinq ans. J’ai guéri par ce procédé un homme de cinquante-six ans et une femme de cinquante-neuf ans.

Les vieillards sont souvent enlevés par le choléra foudroyant ou galopant. J’ai observé un certain nombre de fois chez eux le choléra lent à, forme gastrointestinale et même à forme ataxo-adynamique. Mais le délire est, en général, peu accentué ; l’adynamie prédomine. Il y a, d’autre part, une prolongation anormale de l’algidité, et, lorsque la réaction se produit, elle est hésitante, incomplète, abortive.

Prédisposition aux complications suppuratives et gangréneuses, aux eschares, au muguet, à l’interminable diarrhée delà convalescence; guérison toujours très lente.

J’ai observé, comme spécial à la vieillesse, un état de démence longtemps persistant à la suite du choléra;

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Les congestions cérébrales et pulmonaires ne sont pas rares dans cette catégorie de malades.

« Duobus laboribus simul obortis, vehementior obscurcit alterum. » Cet aphorisme d’Hippocrate doit être rappelé lorsqu’il s’agit d’une maladie dont la brutalité ne connaît guère d’obstacle.

Quand le choléra, a dit Grîesinger, vient contrarier les maladies aiguës, il peut tantôt prendre définitivement leur place, tantôt suspendre momentanément leurs atteintes, de telle sorte qu’elles reprennent, après la disparition du choléra, leur cours interrompu.

Briquet et Mignot établissent que, si le choléra survient au cours d’une maladie aiguë, fébrile et inflammatoire, il ne fait pas explosion pendant la période d’état de cette maladie. Ce n’est, disent-ils, qu’au début ou pendant la période de terminaison; et ils citent à l’appui de cette proposition trois typhiques atteints de choléra pendant la convalescence.

Cependant, ajoutent-ils, quand l’influence épidémique a été assez forte pour l’emporter sur la maladie préexistante qui ne fait que décroître, les phénomènes cholériques n’obtiennent le droit de se développer qu’à la condition de s’amoindrir. Quatre typhiques en voie d’amélioration (?) ont présenté à ces auteurs des symptômes d’algidité très incomplets : chez aucun la température axillaire ne descendit au-dessous de 37°, et chez trois elle oscilla entre 38° et 40° ; la cyanose fut peu apparente, le pouls affaibli, mais encore sensible et fréquent. Malgré la légèreté apparente de ces phénomènes algides, la mort survint, dans ces quatre cas, avant que la réaction eût pu se produire.

Si telle doit être la terminaison du choléra

amoindri , quel serait donc l’effet d’un choléra sans atténuation ?

Contrairement à Briquet et Mignot, Friedlânder tient pour non exceptionnelle l’apparition du choléra chez des typhoïsants au stade fébrile. Il indique même qu’une chute profonde de la courbe thermique est le premier indice d’un pareil événement.

Je pourrais sans peine citer des exemples, car on sait que, dans les grandes épidémies de choléra, surtout lorsque le fléau s’attaquait aux hôpitaux, les typhiques ont été frappés sans merci.

Léon Collin, par exemple, a vu, au mois d’octobre 1873, un garçon de dix-neuf ans, atteint de fièvre typhoïde à forme thoracique, emporté en quelques heures par dès accidents cholériformes, et, à l’autopsie, il a trouvé à la fois les ulcérations typhoïdiques et la psorentérie cholérique.

Bien heureusement les cas de choléra intérieur, grâce à l’hygiène, se font plus rares à chaque épidémie. En 1892, à Hambourg, Ratjen, chargé de soigner 50 typhiques dans des salles situées à 250 pas des baraquements affectés aux cholériques, a vu seulements 3 de ses patients contracter le choléra. L’invasion de la maladie était marquée par deux choses : l’abaissement de la température et la diminution du volume de la rate. Le premier des trois malades fut emporté en quatre jours. Les deux autres (un homme et une femme) eurent la vie sauve : l’homme se trouva, en définitive, simultanément guéri des deux maladies; chez la femme, après une période de quinze jours, qui semblait devoir aboutir à la guérison, la rate revint à son état de tuméfaction préalable, la fièvre reparut, la dothiénentérie reprit son cours.

Ces malades, on le voit, ont obéi aux lois formulées par Griesinger.

Donc, le choléra peut survenir, à titre de complication, à la période d’état de la fièvre typhoïde et

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parfois, au lieu de se substituer définitivement à cette maladie, il se contente d’en suspendre momentanément le cours.

Ce n’est pas tout. J’ai supposé (1) que cette action suspensive du choléra pouvait s’exercer, non pas seulement à la période d’état, mais même à la période d’incubation. Surprenant les individus chez qui l’infection typhoïdique existe encore à l’état latent, le choléra retarderait chez eux les manifestations extérieures de cette infection ; ce serait alors pendant le décours du choléra (l’action du bacille virgule étant épiiisée) qu’on verrait surgir la fièvre typhoïde.

Cette fièvre typhoïde mériterait l’épithète de subintrante si l’on ne tenait compte que de l’évolution symptomatique ; mais, en réalité, son germe préexistant n’aurait fait que céder le pas à un germe plus noble ou, pour mieux dire, plus impatient et plus brutal.

Mon hypothèse reposait sur l’étude attentive de deux malades.

Celui dont l’observation offre le caractère le plus précis est un homme de vingt-six ans, atteint de choléra grave à marche lente (variété gastro-intestinale) et présentant, au dixième jour, non plus cet état fébrile sur lequel j’ai insisté ailleurs, mais, à la place, un ensemble de phénomènes sévères constituant une crise. Cette crise, au lieu de demeurer éphémère ou brève, est aggravée et prolongée par la dothi£nentérie menaçante. A partir du seizième jour, ascension thermique, oscillations régulières ; neuf jours plus tard, taches rosées lenticulaires. En tout l’état pyrétique dure vingt-deux jours. La température, il est vrai, n’atteint qu’une seule fois 39° 8 et généralement l’index mercuriel s’arrête le soir aux environs de 39° ; mais il ne m’est pas permis cependant de

(1) L. Galluhd. Choléra et fièvre?typhoïde (Soc. méd. des hôp. de Paris, 20 janv. t893).

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considérer cette fièvre typhoïde comme atténuée quand j’envisage la durée totale de la maladie, la dépression profonde de l’organisme, la lenteur de la convalescence, l’intolérance gastrique, la susceptibilité extrême de l’intestin nécessitant mainte précaution et se traduisant encore, à une période tardive, par le retour offensif de la diarrhée.

Depuis la publication de moii travail, Girode (1) a fait connaître une observation qui fournit à l’hypothèse émise par moi les bases solides de l’anatomie et de la bactériologie.

Eu 1892, un homme entre à Beaujon au troisième jour du choléra ; les spirilles cholériques sont abondamment démontrées dans les selles. Les jours suivants, on assiste progressivement au développement d’une fièvre typhoïde ataxo-adynamique, avec courbe thermique ordinaire, diarrhée ocreuse et taches rosées. Le malade succombe le seizième jour. A l’autopsie, lésions intestinales, spléniques et ganglionnaires mésentériques d’une fièvre typhoïde légitime à la période d’état où d’augment. L’infiltration des follicules et des plaques de Peyer, et les ulcérations de ces dernières sont tout à fait caractérisées. Le bacille d’Eberth, isolé des selles et retrouvé dans les urines albumineuses pendant la vie, a été extrait du suc splénique en culture pure, et contrôlé suivant les méthodes usuelles.

Assurément, le jour où le cholérique de Girode entrait à l’hôpital, il portait en soi-même deux germes, deux microbes ; et, tandis que le bacille virgule de Koch occupait la scène clinique, le bacille d’Eberth restait derrière le théâtre, prêt à faire son entrée au premier signal.

(1) Girode.(S oc. de biologie, 25 mai 1893).

CIIEZ LES PALUDÉENS

La bronchite et la pneumonie s’effacent presque subitement, d’après Briquet et Mignot, dès que le choléra s’est manifesté. Il n’y a plus ni toux, ni expectoration, ni dyspnée ; dans presque tous les cas, les râles sont également supprimés, pour ainsi dire, du jour au lendemain. D’ailleurs, lorsque les malades succombent, on reconnaît que les lésions anatomiques n’ont été modifiées en aucune manière par l’affection intercurrente.

Les épanchements séreux de la plèvre se résorbent.

Le rhumatisme articulaire aigu a été jugulé dans certains cas par le choléra.

Les suppurations se tarissent; pour la blennorrhagie le fait a été observé souvent ; je l’ai constaté une fois de la façon la plus nette. De même, dans les services de chirurgie, on voit les plaies se dessécher.

On a vu guérir des entérites rebelles ; des névralgies cruelles, datant de plusieurs années, ont disparu comme par enchantement.

On admet, en général, que les accès de fièvre palustre s’interrompent sous l’influence du choléra, pour se manifester de nouveau après la guérison de cette maladie. La chose a été observée fréquemment dans nos colonies.

Chez un homme de trente ans, qui pendant un séjour de neuf années en Afrique avait eu de fréquents accès de paludisme, j’ai noté, au moment de l’arrivée à l’hôpital, le deuxième jour, une température rectale

de 39°2. Le fait n’avait rien de surprenant, car le transport à l’hôpital m’a paru plusieurs fois provoquer une réaction fébrile passagère chez les cholériques. Mais le cinquième jour, le malade, chez qui d’ailleurs les accidents cholériques n’eurent jamais une gravité extrême, fut pris d’un frisson violent et le thermomètre s’éleva à 40» 2; les sueurs furent modérées. Le lendemain, 37° ; deux jours plus tard, 35°7. Pas d’autre accès fébrile ; convalescence traînante.

Le flux diarrhéique entraîne, chez les brightiques, toute la sérosité accumulée dans le tissu cellulaire et dans les cavités des séreuses : œdème, épanchements pleuraux, péritonéaux, péricardiques, tout disparaît ; le dessèchement est absolu. J’ai vu un homme âgé, atteint de néphrite interstitielle et qui, après la période phlegmorrhagique, ne fut pas peu surpris de constater la guérison inespérée d’une anasarque rebelle ; il ne tarda pas d’ailleurs à tomber dans le marasme.et à succomber.

Les cardiaques supportent fort mal l'assaut du choléra grave. Chez eux, l’œdème peut être balayé comme chez les brightiques mais un tel résultat n’est favorable qu’en apparence. S’ils évitent les graves . accidents de la période d’algidité (et pour eux il faut ajouter la syncope à la liste que j’ai fournie), on les voit inhabiles à réagir franchement.

Bethe (de Stettin), qui a étudié avec soin le ralentissement du pouls et l’arythmie du stade de réaction, a observé plusieurs accès de collapsus cardiaque chez un cholérique atteint de lésion mitrale; ce malade a guéri cependant.

C’est à la défaillance d’un organe préalablement compromis (insuffisance mitrale, lésion aortique, sur-

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