INVASION DU CHOLÉRA, SON DÉBUT ET LA PREMIERE PÉRIODE
Les phénomènes précurseurs ou prodromes manquent quelquefois, les malades peuvent être atteints subitement, sans signe avant coureur, mais le plus souvent, le patient ressent un malaise particulier, il éprouve du frisson, des coliques, des nausées ou inal de cœur, des maux da tête, une sensation de vide douloureux à la région précordisle ou creux de l'estomac.
Il estincommodé par des vents, ou par des barborygmes. A cette état succède la diarrhée, ou le vomissement, ou toutes deux à la fois.
D'abord les matières expulsées sont les contenus ordinaires de l'estomac et des intestins, Mais bientôt ces matières changent de nature, deviennent lactécentes ou comme de l’eau de riz, mélangée à des grumeaux blanchâtres, ou
arfois elles sont noirâtres comme Le ’encre étendue d’eau. Le malade se sent affaiblir rapidement, des douleurs d'estomac et d’intestins se manifestent.
Les yeux se creusent et commencent à perdre de leur expression. La figure se décompose; la soif et de légères crarnpes se font sentir aux membres inférieurs, aux mollets, aux mains et aux pieds, enfin tout le corps 8e réfroidit.
Seconperériops. Tous les symptômes précédents s’agravent, les évacuations
x haut et par bas sont continuelles,
e malade éprouve des crampes atroces ; un feu dévorant s'empare de son estomac et de ses entrailles et une soifinext'nguible vient encore quelquefois augmenter ses tourments. La face s’altère profondément. La voix est faible, aigre et puérile; le malade est inquiet etaçité, ses yeux sont entourés d’un cercle noir es pe s’enfoncent au fond de leurs orbites. Le corps glacé se couvre d’une sueur visqueuse d’une odeur cadavéri- -que ou fade. La peau commence à pren-
dre une teinte bleuâtre, le malade éprouve une prostration ou faiblesse qui quelquefois va asc la 8
TROISIÈME PÉRIODNR, malade, froid et abattu, est dans un état de faiblesse extrême, À peine peut-il faire quelques légers mouvements; parfois, il semble mort et présente l’espect d’un véritable cadavre amaigri; son pouls est imperceptible, sa respiration peu sensible et parfois nulle, sa langue et son halaine sont froides, ses yeux enfoncés sont ternes, immobiles et comme desséchés ; alors toutes les évacuations sont ordinairement supprimées.
Mais souvent des évacuations involontaires et sans qne le malade en ait conscience, ont lieu par le bas. De cet état À la mort il n'y a qu’un pas, et bientôt la malheureuse victime du chce léra, sans convulsion et sans effort, est soustraite à ses horribles souffrances et s’endort pour toujours du sommeil des morts,
Sile malade ne succombe pas à la suite des symptômes ci-dessus indiqués, une réaction des plus intenses a lieu, soit vers le cerveau ou les poumons,et dans l'an ou l’autre cas, elle
ut produire une congestion mortelle.
autres fois, la chaleur devient âcre et la peau sèche, qui se couvre de fuliginosités, la figure prend un air de stupeur et tous les autres symptômes d’une fièvre thyphoïde se manifestent. Alors le malade meurt du typhus qui a succédé au choléra.
Je n’ai donné ici qu’une description abrégée des principaux symptômes que l’on rencontre le plus sou\ ent dans le choléra asiatique. Ces symptômes ne sont pas constants, beaucoup parmi eux peuvent manquer. Ainsi, on voit des cholériques mourir sans évacuations, d’autres sans crampes,enfin d’autres sans refroidissements. Ceux qui meurent sans évacuation, présentent les symptômes suivants. Altération et décomposition de la figure, sueurs froides et fétides, syncopes qui sont les mêmes que ceux des pig 4 sonnements septiques, produits par la morsure des serpents à crochets vénimeux, ou par.
‘a piqûre des scorpions,et scolopendres, vêtes à mille pattes ou centipèdes, de l'Amérique du Sud, et des tarentules, ou enfin en mangeart des substances animales ou végétales en putréfaction,
Pronostics—Ils sont des À graves car, dans cette terrible maladie, la moitié des sujets succombent invariable-
ment, et très souvent la mortalité s'étend sui les trois quarts des malades.
Anatomie L la mort survient pendant la période algide, qui est la plus
Le: mr il n’est pas rare d'observer une élevation assez considérable de la température post mortem, Les altérations les plus constantes portent sur la dernière portion de l’intes-, tin grèle. La surface de l'intestin est d’un rouge horlensia, elle est recouverte d’un liquide riziforme, analogue aux matières blanchâtres rendues pendant la vie, et composé de lambeaux épithéliaux, et de cellules épithiéales, et de bactéries cholériques,
Les plaques de Peyer sont peu atteintes, mais les follicules isolées sont le siège d'infiltration celluleuse, et font saillie au-dessus de la muqueuse intestinale, Ilen résulte un aspect particulier qui avait fait comparer, improprement du reste, la muqueuse intestinale à la peau des galeux, d'où le nom de psorenterie donné à cette altération. Le sang est épais, noirâtre, il a perdu une partie de son eau, aussi le tissu souscutané, la peau, les muscles sont-ils extrêémement secs. Les lésions que je viens de décrire sont surtout accentuées quand le sujer est mort pendant la période d’algidité. Quand il succombe dans la période de réaction ou de réparation, on ne constate pas la sécheresse de la période précédente, la psorentérie a presque disparu, et les altérations dominantes sont des lésions phlegmasiques, c’est-à-dire de nature inflammatoire et hypérémiques (méningite, néphrite, pyélite, cholécystite, pneumonie endocardite, etc.
Dans les forines rares, On nomme choléra sec celui qui n’sst pas accompagné d’évacuatious alvines, ni de vomissement; en pareil cas ce n’est pas l’exudation intestinale qui fait défaut, mais le Lg probablement par suite de
ysie intestinale, n’est expulsé au ehors,de là mort rapide, en une ou deux heures, qu'on a appelé choléra foudroyant, Les bactéries n'ayant pu être expulsés au dehors, par les évacuations, Drame du sang a été plus rapide
Traitement, — Les diverses opinions qu'ont eues les médecins, de toutes les parties du monde, sur la naiure et les causes du choléra Le ont amené et donné naissance aux traitements les ue divers, et souvent les plus opposés.
faudrait plusieurs volumes pour en
- à Montréal, le 10 mai 1849,
donner une description complète. Je me contenterai seulement de dire à mes.
bienveillants lectours que toutes les substances de la matière médicale con nue jusqu’aujourd’hui, ont été employés à tour de rôle, avec peu, et presque toujours sans succès.
Néanmoins si toutes les substances.
ont été employées à l’état isolé, elles ne l'ont pas toutes été à l’état de combinaisons. Ii peut se faire + certaines combinaisons de substances, faites dans telle proportion et combinées, en, un certain nombre, dans le but d’avoir des eflets multiples, pourraient avoir un effet vraiment extraordinaire et inconnu Ver ob ce jour. Voilà précisément la découverte que j'ai eu le plaisir de faire en 1849 et de compléter, dans l'épidémie du choléra de 1854,
Je ne la dois pas à une cause fortuite ni au hasard, mais bien à une suite er me délicates, suivies avec
rsévérance. C’est en 1849, lors de ‘épixémie du choléra asiatique que je commençai à découvrir mon spécifique contre le choléra. C'est moi q ii ai traité le premier cas de choléra qui a sévi est sur la rue Jacques-Cartier, en arrière de la tannerie de M. Murray, où ilexistaitun marais d’eau putride, dont le putréfaction était augmentée encore par tous les débris de matières animales et végtales, qu’on y jetaient continuellement. Cette eau était tellement infecte que Jes grenouilles ne pouvaiént y vivre. Cette première victime du choléra asiatique était un brave citoyen, M. François Crevier, le père de M. William Crevier, le propriétaire des grandes manufactures de menuiserie du faubourg Québec.
Quelques jours après, plusieurs individus, les voisins de feu M. Frs Crevier, succombèrent aussi à la terrible maladie; de là l'épidémie se répandit par toute la ville, et fit de nombreuses victimes,
Quinze jours plus tard, le 25 de mai 1849, j'allai m'établir ASaint-Hyacinthe, lieu de ma résidence d'alors depuis 17 ans. Trois jours après mon arrivée à Saint Hyacinthe, le 28 mai, je fus appelé auprès d’une malade rendue à la troigième période du choléra asiatique et presque mourante, j'appliquai un traitement nouveau, combattant tous les symptômes à la fois, je constatai une amélioration sensible dans son état; néanmoins, elle eut le malheur de succenmber à cette douloureuse
Je travaillai de nouveau à onmer mon remède, et j'eus l'avantage inneffable de le rendre efficace, car je réussis À sauver 34 cholériques sur 37 -que j'ai traités en 1849, trois d’entre eux succombèrent À ve 0 a étaient dans la dernière période de la maladie lorsque je fus appelé près d'eux.
sin 1852, ayant pu me procurer un microscope des plus puissants, je commençai à faire études sur l’organisation microscopique des animaux et des végétaux. Je fis en même temps des particulières sur les {Acarus us la galle, et sur les ee La non. microzoaires, et microphytes du Canada.
temps s'écoula si vite et si agréablement pour moi, que 1854 arriva pour ainsi dire sans que je m'en agro
C'était un jour du mois de juin, j'étais occupé à faire une observation micros-
opique sur une vorticelle nouvelle des
lus curieuses, quand tout à coup on
appe violemment à ma porte, je me lève aussitôt et je vais ouvrir. On venait me chercher pour une jeune fille de 18 ans frappée par le choléra Asiatique. Je quitte aussitôt mon microscop et je vole D de la jeune malade, qui est déjà à la seconde période de la maladie. Je lui administre aussitôt 80 gouttes de mon anti-cholérique dans quatre cuillérées d’eau froide. Le vomissement et la diarrhée qui étaient continuels avant l'administration de mes gouttes, diminnent aussitôt; les crampes, qui étaient atroces cessent, la peau qui était glacée se réchauffe, les urines qui étaient supprimées reparaissent, la transpiration générale se rétablit, la peau qui était bleuâtre, reprend sa teinte naturelle. Enfin toute évacuation alvine cesse, et la malade sent ses forces épuiséesrevenir comme par enchantement. Trois quarts d’heure après l'administration de mes gouttes anticholériques, slle était en parfaite convalescence. Pour le coup le choléra est
et anéanti.
Avant de qe ma patiente, je recueillis dans des fioles séparées, ces matières de vomissements, ainsi que ces évacuations alvines; les unes prises avant l'administration de mes gouttes Anti-cholériques, et les autres après, afin de les soumettre à des observations mictoscopiques particulières.
Arrivé chez moi, je fis l'examen microscopique des substances contenues, dans ces différentes fioles que j'avais æeu soin de bien étiquetter. Je com-
. de suite à faire de nouvelles ex
mençai d'abord par l'examen des matières voruies et évacnées avant l'administration de mes gouttes Anti-cholériques. Je trouvai ces évacuations remplies d’une quantité énorme de Z00opores Infusoires, de la famille des
ibrioniens, genre des Bactéries, ou microbes de Pasteur, que je comme la cause immédiate du chléra asiatique,comme je l'ai déjà indiqué auparavant,
Je fis ensuite l'examen des matières voies et é‘acuées après l’'administras tion de mes gouttes; et je trouvai que
resque tous les infasoires qu’elles con“
naient étaient morts,il n’y en avait que quelques-uns par-ci par-là qui donnaient quelques signes de vie bien équivoques.
Alors, j'expérimentai l’action que devaitavoir mes quelques gouttes anti-cholériques, étant mises en rapport avec ces microzoaires, et je vis qu’elles les tuaient en bien peu de temps.
Non satisfait de cette expérience, je voulus voir de suite si d’autres substances médicales n'auraient pas encore une action plus prompte et plus délétère sur ces animalcules. Je me mis us
onces, et j'essayai un grand nombre de substances qui agissaient plus ou moins fortement sur ces zoophytes microscopiques.
‘nfin, à force d'expériences, je découvris une substance qui non seulement les tuaiont, mais les foudroyaient instantanément. Pour comble de bonheur, cette substance pouvait s'ajouter à mes gouttes anti-cholériques, sans les altérer nullement; mais de plus, par sa nature stimulante et anti-sceptique, elle ne pouvait qu'augmenter leur action.
ajoutai donc cette substance nouvelle À mes gouttes anti-cholériques, et j'en fis de suite l'essai sur les animalcules du choléra asiatique, J’eus des résultats identiques et aussi prompts qu'avec la substance isolée,
Je dirai plus, car par des expériences postérieures je découvris que, combinée avec mes gouttes, l’action de cette substance était augmentée considérablement. Pour le moment, ma découverte Gtait donc aussi complète que possible, ii ne restait plus qu’à expérimenter ma nouvelle combinaison sur un nombre de cholériques plus considérable. Bientôt l'occasion se présenta.
AT re, VE
Le choléra se mit à sévir fortement :
à Saint-Hyacinthe et les
environnantes. J’eus donc
ossi des-