CHAPITRE XVI
Essai d’hypothèses explicatives. — Esquisse d’une recherche des influences agissant sur le coefficient professionnel de chômage.
Vue dans ses grandes lignes, la physionomie du chômage industriel cesse d’ètre aussi incohérente qu'elle le paraissait d'abord. Notre graphique F montre clairement que les industries apparemment voisines par leurs caractères généraux le sont aussi par leur taux de chômage. Sans doute, il y a des exceptions, mais ces exceptions sont peu nombreuses. IT n’y a, sur les vingt et une familles de plus d’un groupe, que huit familles comportant un écart de plus de 0,50 et, parmi elles, il y en a au moins quatre, celles du bois, des denrées alimentaires, de la pêche et navigation maritimes et des pierres et terres, pour lesquelles lécart des pourcentages semble à première vue explicable, soit par la grande ampleur des familles, soit par des influences climatériques spéciales à tel ou tel groupe des familles en question.
Cette constatation n’est évidemment pas suffisante. Il faudrait savoir, non seulement pourquoi au sein d’une même famille se présentent parfois des écarts considérables, mais encore quelle est la cause qui, d’une famille à l’autre, fait varier le niveau du chômage. Il apparaît, à la réflexion, que cette cause ne peut être wne. Si les familles
de la culture, des mines et hauts fourneaux, des services publics sont toutes trois au bas de léchelle, il est peu vraisemblable que ce soit pour une seule et même raison. Plusieurs facteurs doivent agir conjointement pour faire que telle industrie ait plus de chômage que telle autre. Diverses hypothèses étant possibles à ce sujet, il convient en bonne méthode d'examiner les plus simples d’abord.
Il est possible que limportance relative du chômage tienne à des causes variant de nature d’une industrie à l’autre, mais il est possible aussi que ces causes soient des caractères présents dans toutes les industries et variant seulement d'intensité de l’une à l’autre. C’est vers celte hypothèse que devraient s'orienter nos premières recherches,
Le nombre de caractères susceptibles d’être présents dans toutes les industries, tout en variant d'intensité de l’une à l’autre, n’est pas illimité. Les conditions de temps n'interviennent pas, puisqu'elles sont identiques pour toutes les industries. Celles de lieu pourraient, semblet-il, jouer un certain rôle; les industries ne sont pas également répandues sur le terriloire national ; telle industrie est plus importante en tel lieu, telle autre fleurit surtout à tel autre endroit ; on pourrait rechercher si toutes les industries ayant leur centre d'importance dans telle région sont plus ou moins atteintes par le chômage que les industries autrement localisées ; mais cette recherche, qui se concevrait si l’on avait exclusivement affaire aux chiffres d’une seule nation, n’a plus de raison d’être du moment que nous considérons les moyennes notées dans deux territoires différents.
En dehors du cadre de temps et de lieu, on peut encore
citer, comme caractère commun à toutes les industries, le nombre proportionnel d'individus qu’elles emploient, et l'on pourrait faire l'hypothèse qu’un rapport existe entre ce nombre et lintensité du chômage. Mais on voit qu’à côté de la culture, qui occupe un tiers des travailleurs et a un taux bas, une autre industrie parmi les plus importantes, le bafiment, a un taux élevé. Inversement, deux petites familles industrielles, pharmaciens et industries d'art, ont elles aussi des taux très distants. L'influence, si elle existe, doit donc être peu accentuée.
Un autre caractère, commun à toutes les industries et variant de valeur de l’une à l’autre, est le rang qu’elles occupent dans la série des façons données à la matière première. En général celte matière, d’abord extraite du sol, subit une ou plusieurs transformations, elle est ensuite transportée vers le lieu de la consommation et figure enfin dans une entreprise commerciale, sinon dans plusieurs successivement : on pourrait se demander s’il n'y a pas un lien entre l'intensité du chômage et le degré d'achèvement de la matière travaillée.
Nous constatons, par exemple, que les mines, la métallurgie, la culture, les industries chimiques, sont moins frappées par le chômage que les industries du vêtement, les commerces divers, les services domestiques, ce qui donne l'impression que plus l'industrie est éloignée de la consommation finale, plus elle est épargnée par le chômage. Ce rapport hypothétique a un défaut, c’est qu'il est difficile à vérifier. En outre, on le voit souvent contredit : ainsi la faïencerie et la verrerie ont moins de chômage que l'extraction des pierres et terres, le fransport par voitures a plus de chômage que le commerce, etc.
Bien d’autres influences peuvent encore se concevoir: on pourrait, par exemple, rechercher s’il y a un lien entre le chômage et l’âge moyen des travailleurs employés, ou
la durée moyenne de la journée de travail, ou le taux moyen du salaire journalier, etc.
La grande difficulté de ces recherches éventuelles est l'absence de statistiques satisfaisantes, portant sur ces divers phénomènes et comparables avec le chômage dans un même cadre professionnel. En ce qui concerne, en particulier, les Recensements que nous avons étudiés, ils ne fournissent pas sur ces différents points les données dont nous aurions besoin. Ils en fournissent, par contre, sur une autre matière fort importante au point de vue économique, à savoir la dimension ou leffectif des établissements industriels ; et c’est encore là un phénomène qu'on peut concevoir comme étant en rapport avec le chômage. Bien que nous ne puissions pousser à fond l'étude de ce dernier rapport, il est intéressant de lui consacrer quelques développements.
$ If. — IRAPPORT DU TAUX DE CHÔMAGE ET DE L'EFFECTIF