‹ Le Chômage et la Profession: Contribution à l'Étude statistique du Chômage et de son Coefficient professionnelChapitre 29 sur 130 · QE ST · texte numérisé non relu

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l’analogie des procédés de fabrication : les industries

dites « similaires » par les praticiens sont, avant tout, celles dont les techniques se ressemblent, c’est-à-dire qui font appel aux mêmes professions. Par celte deuxième étape, l'identité essentielle des deux classifications s’affirme, on le voit, définitivement.

Nous pouvons donc utiliser sans scrupules, pour nos recherches, le Recensement français de 1901. Peu importe que sa classification professionnelle soit une classification par industries et non par professions : distinctes en théorie, les industries et les professions sont, en fait, et sauf certaines exceplions que nous verrons plus loin, des groupements de même nature, et que nous pouvons appeler indifféremment industriels ou professionnels.

Ce premier point éclairci, il nous reste à voir comment se réalise pratiquement la classification du Recensement de 1901.

B. — La réalisation pratique de la classification.

La grosse difficulté pratique de toute répartition professionnelle est de grouper par industries les spécialités individuelles. Quand on questionne, en effet, un travailleur au sujet de sa profession, sa réponse est souvent trop vague ou trop obscure pour qu'on puisse même savoir à quelle branche d'industrie il se rattache. Or, si on lui demandait d'indiquer expressément cette branche d’industrie, l'ignorance ou la vanité lui feraient souvent donner une indication inexacte.

Le Recensement français donne à celte difficulté ung solution sinon parfaite, du moins la meilleure possible. Il commence par dislinguer les «travailleurs isolés » de ceux qui font partie d’un groupe de producteurs. Pour les premiers, le renseignement qu’ils fournissent eux-mêmes doit être utilisé tel quel. Maïs il se trouve qu'il est souvent

satisfaisant. Si, en effet, on a affaire à un individu économiquement indépendant, il y a des chances pour que son produit ait une individualité aisément reconnaissable, pour que, chez lui, il y ait correspondance entre la profession et l’industrie *.

Pour les individus travaillant en groupe, c'est, nous l'avons vu, le produit collectif de | « exploitation » qu'il faudrait connaître. Mais comment découvrir l’industrie à laquelle appartient tel ou tel spécialiste à la dénomination incomplète? Le lien technique qui l’unit à ses camarades n'apparaît pas dans sa réponse. Une nouvelle notion est alors substituée à celle de l’exploitation : celle de l’ «établissement industriel ». On demande à chaque recensé d'indiquer, éventuellement, à quel établissement il appartient, et quelle est l'industrie collective exercée dans cet établissement. Sur le premier point, la réponse des travailleurs est presque forcément exacte. On réunit alors les bulletins individuels de toutes les personnes — employeurs ou employés — travaillant dans le mème établissement, et l’on compare les indications fournies, soit quant aux professions individuelles, soit quant à l'industrie collective de l'établissement.

Ce rapprochement jette sur l’industrie collective recherchée un jour éclatant. A tel patron qui s’est déclaré négociant, on découvre une majorité d'ouvriers d’industrie, qui le fait reconnaître comme fabricant. Inversement, on s'aperçoit qu'un autre, qui se déclare fabricant, est en

1 Ce n’est plus le cas, il est vrai, lorsque l'isolement est exclusivement matériel. L’Administration confond avec les petits producteurs indépendants dont nous venons de parler, les salariés à domicile et ceux qui vont en journée chez Fun ou chez l’autre. Pour ces deux dernières catégories de producteurs, l'indication de leur spécialité professionnelle ne nous renseigne que mal au sujet de l’industrie à laquelle ils appartiennent. L’Administration accepte cette défectuosité comme inévitable, parce qu’il lui semble impossible de traiter ces salariés autrement qu'en isolés. On ne peut s'empêcher de regretter qu’il en soit ainsi.

réalité marchand. Les spécialités des ouvriers s’éclairent de même par l'indication professionnelle du patron. Le « monteur » d’une cordonnerie est évidemment un monteur en chaussures. Le « ferreur » d’une serrurerie est évidemment un serrurier. L'ingéniosité de ce contrôle automatique des déclarations les unes par les autres est indéniable.

On ne saurait pourtant espérer que, grâce à lui, toutes les chances d'erreur soient écartées. Il y a d’ailleurs plus de 20 0/0 de la population active qu'il n’atteint pas', ce sont les 4 millions de « travailleurs isolés ». On suppose, il est vrai, que chez eux la profession individuelle et l’industrie sont confondues, et qu’ainsi en indiquant l’une ils révèlent l’autre; mais ce n’est pas toujours le cas. Il y a, en outre, de nombreux travailleurs dont la déclaration indique bien qu'ils se rattachent à un établissement, mais sans qu'on puisse savoir duquel il s’agit, si bien que le contrôle des bulletins individuels ne joue pas*”. Dans d’autres cas, plus nombreux, l’industrie est bien mentionnée, mais d’une façon insuffisante *. De là, la nécessité d'intercaler, entre les rubriques industrielles bien définies, des rubriques vagues comprenant les dénominations incomplètes, telles que mineur, ouvrier en coton, teinturier, métallurgiste, livreur, courtier, journalier, manœuvre, etc.

L'existence de ces rubriques imparfaites modifie forcément, en même temps que le cadre industriel du recen-

! Exactement 21,7 0/0, nous dit le Recensement de 1907, t. IV, p.176.

2 C’est ainsi qu’en 1901, 250 patrons se donnèrent comme fabricant, indus triel, manufacturier, etc., sans indiquer leur industrie, et, de même, il y eut 3.540 bulletins d’ouvrier, ouvrière, apprenti, sans indications complémentaires,.

3 On trouve, par exemple, 6.715 patrons el 8.227 employés et ouvriers, qu'on peut bien rattacher au groupe Textiles, dont on peut même déterminer la spécialité professionnelle : tisserand, filateur, monteur de chaine, commissionnaire en tissage, etc., sans qu’on puisse savoir à quelle industrie textile particulière : lin, laine, coton ou soie, ils se rattachent:

sement, la manière de s’en servir. Elle nous fait toucher du doigt la complexité de la production moderne et nous montre qu'entre les diverses industries il n’y a pas de cloisons étanches. Il est sans doute bon de chercher à faire, entre les diverses branches industrielles, le plus de distinctions possibles ; mais il est nécessaire, une fois ces distinctions faites, de reformer des ensembles qui, faisant ressortir les grandes lignes de l’activité économique nationale, permettent en même temps de noyer les particularités et les imperfections que nous venons de signaler.

Conformément à ce programme, l'Administration française, après avoir noté plus de 6.600 dénominations professionnelles, et les avoir rattachées à plus de 1.400 rubriques, répartit ces 1.400 rubriques en environ 250 sroupements, dénommés ndustries principales, desquels sont formés environ 120 ensembles, dénommés sous-groupes industriels ; ces 120 sous-groupes forment alors, à leur tour, 33 groupes industriels, 10 sections et enfin 5 grandes catégories d'activité économique : pêche, agriculture et forêts, industrie, commerce, professions libérales et services publics, services domestiques *.

Dès que les rubriques détaillées sont groupées par industries principales, la plupart des obscurités, que nous avons signalées, disparaissent, et la masse des professionnels s’ordonne déjà en des ensembles industriels cohérents. Quant aux groupements plus vastes, ils permettent de totaliser les chiffres des industries qui, par leurs procédés ou leurs objets, présentent une certaine similitude et facilitent, d'autre part, les rapprochements

‘Rappelons ici brièvement la numérotation adoptée pour distinguer les différents degrés de cette hiérarchie. Les cinq grandes catégories désignées dans le texte, ne figurant pas dans le corps du dépouillement mais seulement dans quelques tableaux résumés, n'ont pas d'indices numériques qui leur soient

entre ce décompte et d’autres recensements analogues, mais moins fouillés *.

C. — Le décompte spécial de quelques professions individuelles.

Si avantageux que soit le système adopté par l'Administration française, il n’est pourtant pas parfait. Il met

propres. Avec les sections, numérotées de 0 à 9, commence la classification régulière. |

Ces sections sont les suivantes :

Profession mal déterminée ; Péche ; Forêts et agriculture ; Industries extractives ; Industries de transformation ; Manutention et transport ; Commerce, banque ; 7 Professions libérales ; 8 Soins personnels, service domestique ; 9 Services de l’État, des départements ou des communes.

Les groupes, subdivisions de sections, sont désignés par le numéro de section suivi d’une lettre majuscule. Ex. :2. À Forëéts ; 2. R Culture, élevage.

Pour les sous-groupes, une minuscule est ajoutée à la suite de la majuscule. Ex. : 2. Ba Culture ; 2. Bb Élevage.

Les industries principales sont des groupements mal définis qui se composent d’une industrie principale proprement dite et d'un certain nombre d’industries secondaires voisines. Ainsi, dans la Culture, on a l’industrie principale 2.20 dite Agriculture qui comprend les rubriques :

2.20 Culture sans autre indication ; 2.21 Propriétaire exploitant ; 2.210 Propriétaire sans autre indication ; 2.22 wFermier, etc.

De même l’industrie principale 2.26 Jardinage comprend les rubriques : 2,26 Arboriculture ; 2.27 Sulfurage des vignes ; 2.28 Jardinage ; 2,281 Greffeur.

Les groupements dits industries principales n’ont pas, on le voit, de numéros propres, mais sont désignés par le numéro de la première rubrique qu'ils contiennent.

Quant à ces rubriques elles-mêmes, elles sont numérotées selon la méthode 7 dite décimale, avec, comme base du classement, les dix sections industrielles déjà indiquées.

L'ensemble du système adopté est extrêmement compliqué. Son seul avantage est qu'il permet d’intercaler des rubriques nouvelles lors de recensements ultérieurs, sans détruire l’ordre de numérotation précédemment adopté.

! Le tableau statistique où figure le détail de cette classification industrielle porte dans la publication officielle le n° VIT. Nous le désignerons dorénavant par ce numéro d'ordre. \

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