‹ Le Chômage et la Profession: Contribution à l'Étude statistique du Chômage et de son Coefficient professionnelChapitre 30 sur 130 · ND · texte numérisé non relu

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en vedelte le groupement des professionnels dans les établissements industriels. Or, un établissement n’est pas forcément une unité industrielle simple, il peut comprendre plusieurs exploitations distinctes, et chacune de ces exploitations peut relever d’une branche industrielle différente. Tel serait, par exemple, le cas des grands établissements de l’industrie textile comprenant un peignage, une filature, un tissage et, en outre, des ateliers annexes de mécanique ou de serrurerie. Si l’on poursuivait un classement industriel tout à fait exact, il faudrait, en ce qui concerne ces grands établissements, substituer, dans le groupement des travailleurs, l'unité « exploitation » à l'unité « établissement ». L’Administration, pour éviter cette complication et n’avoir qu'une industrie collective par établissement, adopte la simplification conventionnelle suivante : pour tout établissement où s’exercent plusieurs industries distinctes, elle recherche celle qui occupe le plus grand nombre de salariés, et lui attribue la totalité du personnel de l'établissement.

Par ce système, la physionomie industrielle de chaque établissement considéré isolément est, certes, tout à fait dénaturée; mais on peut admettre que, pour l’ensemble des établissements industriels, des compensations s’établissent par lesquelles finalement chaque industrie se voit attribuer, à peu près, le personnel qu’elle aurait eu, si la fiction de l’industrie principale d'établissement n'avait pas élé ulilisée.

I n'y a, en réalilé, qu'un petit nombre d’oceupations pour lesquelles le système adopté dans le Recensement français soitréellement défectueux : ce sont celles qui figurent, soit comme services généraux, soit comme services auxiliaires, dans beaucoup d'établissements. Il y a, de par le monde, beaucoup plus de menuisiers, de serruriers, de complables, de cochers, etc., qu'il n'y a d'employés dans les élablissements exclusivement ou principalement consa-

crés à la menuiserie, à la serrurerie, à la comptabilité, aux transports par chevaux, etc. Des professions bien caractéristiques, comme celles de chauffeur, de commis voyageur, ne sont même jamais exercées d’une façon autonome. Le rattachement des travailleurs à l’industrie principale de leurs établissements respectifs masque donc complètement l'importance de ces divers travaux.

Pour remédier, dans la mesure du possible, à ce défaut du système, auquel, pour d’autres raisons, elle donnait la préférence, l'Administration organisa, à côté du recensement général, un décompte spécial des individus exerçant, dans les établissements industriels, les professions auxiliaires mentionnées en note‘. Tout bulletin professionnel portant une de ces dénominations, et qui étail rattaché une première fois à l’industrie principale de l'établissement auquel il appartenait, fut, en outre, retenu pour figurer une deuxième fois dans ce décompte spécial?.

Celui-ci permet donc de serrer la composition industrielle des établissements d'un peu plus près que le classement par industrie collective. Cependant, nous nesavons pas si les individus dont le bulletin professionnel ne porte pas les dénominations spécialement relevées, appartiennent ou non, à l’industrie principale de leurs établisse-

! Ingénieur ou dessinateur, — employé de bureau, — voyageur ou représentant, — ajusteur ou serrurier, — charron, — chaudronnier, — chauffeur, — cocher, charretier ou livreur, — électricien, — forgeron, — maçon, — magasinier ou emballeur, — mécanicien, — menuisier, — peintre, — tourneur.

Le décompte porte encore sur une autre catégorie de travailleurs que nous omettons à dessein : celle des contremaîtres. On ne s'explique pas que ceux-ci figurent dans ce décompte selon la profession individuelle, au lieu d’être classés à leur place logique, entre les patrons et les employés des divers établissements auxquels ils se rattachent. 11 y a là, semble-t-il, une confusion de notions, sans grande importance peut-être, puisque le décompte spécial luimême indique comment les contremaitres se répartissent, sinon entre toutes les rubriques industrielles, du moins entre les mdustries principales, mais qui n’en est pas moins regrettable au point de vue scientifique.

2 Voir Recensement de 1901, tome IV, p. 776 et 794, tableaux XXVII et XXVIIT. #

ments respectifs. Il peut se faire, d'autre part, que des bulletins présentant des appellations synonymes de celles qu'on désire atteindre soient, par erreur, exclus du décompte spécial, ét ainsi le total auquel on arrive pour chaque corporation visée doit être considéré comme inférieur à la réalité. Il ne faut donc pas voir, en somme, dans ce décompte un nouveau recensement, à la fois parallèle au premier et différent de celui-ci par la nature des données recueillies, mais seulement un ensemble de renseignements complémentaires, destinés à corriger les chiffres de certaines rubriques, de celles où l'application du critère de l’industrie collective principale donne des résultats par trop éloignés de la réalité.

A.— Notion adoptée par l'Administration.

À travers les tableaux du Recensement court une classification secondaire qui recoupe la classification professionnelle et comporte cinq divisions :

1° Travailleurs de situation inconnue ;

2 Travailleurs isolés;

3° Chefs des établissements ;

4 Employés ou ouvriers des établissements ; 5° Employés ou ouvriers sans emploi.

Cette classification a un caractère hybride qui déconcerte au premier abord. On ne voit pas très bien pourquoi des nuances concernant la forme de la production’ y voisinent avec d’autres nuances concernant le régime de production *; pourquoi, si l’on entreprend des

! Travailleurs isolés opposés aux travailleurs des établissements. Patrons opposés aux salariés,

recherches sur ce dernier point, on ne les pousse pas davantage‘; pourquoi, enfin, le relevé des chômeurs complète cette bigarrure.

En ce qui concerne particulièrement les chômeurs, on peut s'étonner, en outre, de l’étroite sélection faite parmi eux. Seuls, les individus travaillant habituellement chez autrui à poste fixe sont interrogés. Quant aux autres professionnels, patrons ou travailleurs isolés, qui peuvent être exceptionnellement sans travail, leur oisiveté n’est pas prise en considération. Chez les salariés des établissements eux-mêmes, on ne recherche pas tous les genres de chômage, mais seulement le chômage dû à l'absence d'emploi.

Pour s'expliquer d’où provient, dans le Recensement de 1901, gette conception si spéciale du chômage, pour saisir, en même temps, le principe général de cette classification seconde où figurent les chômeurs, il suffit de se reporter au système de classification industrielle exposé dans le précédent paragraphe, et l'on s’aperçoit alors que les deux classifications sont liées l’une à l’autre, comme l'envers d’une étoffe à son endroit. Si l’on distingue les travailleurs isolés des travailleurs groupés, c’est parce que, pour ces derniers, le critère de l’industrie collective détermine leur classement industriel; si l’on oppose les patrons aux employés, c'est parce que leurs réponses, quant à l'industrie collective des établissements, se contrôlent mutuellement; si, enfin, on classe à part les salariés momentanément privés d'emploi, c'est que leur occupation habituelle ne se caractérise ni comme celle des travailleurs isolés, pour qui profession et industrie sont censées se confondre, ni comme celle des membres des

1 C’est ici que devrait logiquement apparaître le décompte des contremaîtres. On aurait pu d’autre part décomposer les travailleurs isolés en salariés, tâcherons ou producteurs autonomes.

établissements, puisqu'ils n’appartiennent actuellement à aucune industrie collective.

Outre cette raison fondamentale qu'avait l’'Administration pour limiter, comme nous venons de dire, aux salariés sans emploi l'observation du chômage, elle en indique elle-même une secondaire, c’est le souci d'obtenir les données les plus exactes possibles'. L'absence de contrat de travail chez un salarié est une notion claire et précise. La question posée au sujet de ce type d’oisiveté s’enchaînait, en outre, logiquement aux autres questions contenues dans le bulletin individuel de recensement : les salariés munis de place devaient indiquer le nom de leur employeur ; s'ils ne le pouvaient pas, c'est qu'ils étaient sans place, et alors ils étaient requis d'indiquer depuis combien de jours durait celte absence de place. En réduisant ainsi volontairement l'observation à son minimum, on était en droit de compter sur un maximum d'’exaclitude, et cet idéal n’est certes pas négligeable.

B. — Imperfection des chiffres établis.

Le décompte des chômeurs, si bien préparé qu'il ait été, n'est pourtant pas sans défauts. Le plus fâcheux, à notre point de vue, est la répartilion imparfaite des chômeurs entre les diverses rubriques de la classification

‘ Cf. Recensement de 1907, tome IV, p. 322, et également, Arth. FoNTAINE» Rapport sur les procédés des statistiques du chômage in Bulletin du Conseil Supérieur de Statistique, n° 8, Paris, Imprimerie nationale, 1903. «… La réduction du travail rétribué » lit-on dans ce rapport « constitue bien une perte; on ne saurait cependant confondre dans une même statistique les ouvriers dont les ressources ont subi quelque diminution et ceux qui n’ont plus aucune ressource. D'autre part, le manque d'emploi est un fait aisément saisissable, il ne comporte de degrés que suivant la durée du chômage, élément de signification très précise et simple; au contraire, l'appréciation de la plus ou moins grande quantité de travail se ramène à la détermination du salaire ou de la durée du travail, c'est un autre sujet d'enquête, qui exige des observations beaucoup plus complètes... »

industrielle. Beaucoup d’entre eux n’ayant, lorsqu'ils travaillent, qu'une spécialité professionnelle fort étroite Ou, au contraire, une occupation mal définie, mentionnent celles-ci sur leur bulletin d’une façon qui ne permet pas de reconnaître à quelle industrie ils se rattachent. Ils viennent alors s’entasser dans les rubriques vagues que nous avons déjà signalées, et qui, pour les travailleurs occupés, peuvent généralement être évitées, grâce à l’indication de l'établissement. Trop souvent même l’indétermination reste complète, et la rubrique Profession inconnue recueille une proportion de chômeurs relativement très supérieure à celle des travailleurs occupés !.

Un autre type de mention inexacte, fréquent chez les chômeurs, est le suivant : ceux d’entre eux qui ont, comme spécialité professionnelle, une occupation détachée d’un ancien métier, celle, par exemple, de menuisier en meubles ou en voitures, mentionnent, une fois en chômage, sur leur bulletin professionnel, non pas leur spécialité, mais le métier ancien, auquel ils se rattachent indirectement, en l’espèce celui de menuisier. Les rubriques correspondant à ces anciens métiers reçoivent donc, tout comme les rubriques vagues, une proportion excessive de chômeurs.

Ainsi, l'effort fait pour rattacher étroitement le décompte des chômeurs au recensement professionnel général n’est pas couronné d’un plein succès. La répartition des travailleurs occupés et des chômeurs dans un même cadre est plus apparente que réelle. Avec ce dernier trait noté, notre description du Recensement de 1901 est suffisamment complète. {1 nous reste à chercher quel parti tirer des chiffres recueillis.

1 La populalion active totale de la rubrique Profession non spécifiée est de 18.820 individus, dont 10.647 chômeurs, tandis que l’ensemble de la population active comprend, pour 19 millions de travailleurs, 303.000 chômeurs seulement.

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