‹ Le Chômage et la Profession: Contribution à l'Étude statistique du Chômage et de son Coefficient professionnelChapitre 3 sur 130 · DÉFINITION PROVISOIRE DU CHOMAGE · texte numérisé non relu

DÉFINITION PROVISOIRE DU CHOMAGE

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Dès qu'on examine cette notion d'un peu près, son obscurité, son insuffisance apparaissent. Elle limite aux seuls professionnels le risque de chômage; or, entre les professionnels et les non-professionnels, il existe une masse de demi-professionnels, apprentis, vieillards, femmes aidant leurs maris, rentiers partiellement occupés, vagabonds, demi-valides, etc., et l’on peut se demander si l’oisiveté de toutes ces catégories de personnes est ou non du chômage.

Parmi les professionnels eux-mêmes, des sous-distinctions semblent utiles à faire. Lorsqu'un professionnel est riche, ou lorsqu'il travaille pour son propre compte, son oisiveté est rarement appelée chômage. Même parmi les salariés des classes sociales inférieures, il semble qu’on doive distinguer encore ceux qui ont habituellement une place fixe chez autrui des ouvriers à domicile, les travailleurs qualifiés des simples manœuvres, etc.

À côté des modalités dans la situation économique du travailleur, il y en a d’autres relatives à l'absence de travail, et dont il semble qu'il faudrait également tenir compte; n'est-il pas irrationnel de confondre en une seule notion le chômage légal des jours fériés, la grève, le lock-out, le chômage dit de dignité, le chômage accompagné de maladie, et enfin le manque d'ouvrage atteignant, contre leur gré, des travailleurs valides.

Dans ce dernier cas lui-même, des nuances complémentaires apparaissent : rupture ou non-rupture du contrat de travail, durée de l’oisiveté délerminée ou au contraire illimitée, durée de celte mème oisivelé brève ou au contraire s'étendant à plusieurs semaines (mortes-saisons).

Notre définition ignore loutes ces nuances.

ci; l'analyse sémantique qui suit s'applique pourtant mutatis mutandis à ces vocables étrangers, car on peut se demander à leur sujet si, entre le phénomène qu'ils désignent et les autres absences de travail, il y a ou non une différence profonde, el c’est précisément la question que soulève notre définition.

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On peut enfin lui reprocher à volonté, soit d’être trop étroile, soit d’être trop ample. Nous appelons chômage l’état d'oisiveté exceptionnelle des professionnels, mais n’y a-t-il pas des professionnels, par exemple les dockers de Londres, qui souffrent du chômage d’une façon chronique, et non plus exceptionnelle ? Est-il d'autre part indispensable qu’il y ait oisiveté pour qu'il y ait chômage ? Un professionnel qui est privé de son occupation habituelle et doit se contenter d’un travail temporaire étranger à sa profession, n’est-ii pas un chômeur?

Tandis que ces extensions du concept de chômage sont généralement acceplées par la classe ouvrière, on trouve, du côté patronal, des restrictions de ce même concept. Pour beaucoup de chefs d'industrie par exemple, il n’y a chômage que lorsque les instruments de production restent inutilisés. |

Certains théoriciens semblent même penser qu’on doit calculer la différence existant entre les insuffisances et les excès de main-d'œuvre susceptibles de se produire à la fois dans un pays donné et égaler le chômage à cette seule différence’.

Nous sommes loin d’avoir ainsi épuisé la liste des caractères existant, soit dans le travailleur, soit dans l'absence de travail, et dont il semble qu’il faudrait tenir compte, pour donner du chômage une définition exacte. Mais nous en avons assez dit pour montrer l'insuffisance

de celle que nous acceptons.

1 Voir l'indication de ce point de vue dans une note de M. GuiLLain, directeur au Ministère des Travaux publics, insérée au Rapport sur la question du chômage (Publications du Conseil Supérieur du Travail). Paris, Imprimerie nationale, 1896, p. 356. L'auteur commence par distinguer le chômage des exploitations de celui des individus. Se limitant au premier, il l’étudie dans les industries extraclives et rappelle qu’au cours du xix° siècle ces dernières ont périclité dans certaines régions, tandis qu’elles se développaient dans d’autres. Dans ces cas-là, dit-il, « il a pu y avoir, et il y a eu, des déplacements de main-d'œuvre d’un district sur un autre, on ne peut pas dire qu'il y ait eu des chèmages ».

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