‹ Le Chômage et la Profession: Contribution à l'Étude statistique du Chômage et de son Coefficient professionnelChapitre 4 sur 130 · PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

PRÉCÉDENTE

Telle qu’elle est, la notion courante du chômage suffit pourtant à nous orienter dans l'étude du phénomène et remplit ainsi sa fonction essentielle.

Elle met en pleine lumière ce fait que le chômage est l'état d’inutilisation ou d’anéantissement temporaire d’une force de travail professionnel. Sous le chômeur, par conséquent, elle nous montre le professionnel, et ce simple rapprochement nous ouvre de vastes horizons : qui dit professionnel dit division du travail, spécialisation des travailleurs dans les diverses branches de la production sociale. Le caractère essentiel, au point de vue social, du professionnel, est le fait qu’il exerce telle ou telle profession, qu'il collabore à telle ou telle industrie.

Les chômeurs, étant des professionnels, doivent donc être distingués avant tout selon leur industrie particulière. Pas plus qu'on ne peut confondre le travail d’un mécanicien et celui d’un médecin, on ne peut confondre leur choômage; qu’elles soient au repos ou en action, leurs forces de travail sont etrestent des grandeurs d'ordres différents.

Cetle distinction nécessaire des chômeurs selon leur profession, qui apparaît comme un corollaire de notre définition, s’est depuis longtemps imposée à la pratique. Parmi les remèdes au chômage, il en est en effet au moins deux, l'assistance par le travail et le placement, dont l'application n'est efficace que si la profession des chômeurs est connue, et si l’on peut ainsi leur procurer un travail en rapport avec leurs aptitudes. Ce motif pratique explique que presque toutes les statistiques de chômeurs classent ceux-ci plus ou moins sommairement selon leur industrie ou profession. Notre définition nous conduit logiquement à fixer d’abord notre attention sur cette répartition.

Lorsque, en comptant des chômeurs, nous les classons par professions, nous formons ce qu’on peut appeler une série statistique, c’est-à-dire que nous remplaçons l’observation statistique unique que serait leur décompte sans cette sous-distinction, par plusieurs observations distinctes, observation du nombre des maçons chômeurs, de celui des lailleurs chômeurs, de celui des boulangers chômeurs, etc...".

Le grand avantage des séries statistiques par rapport aux chiffres uniques est qu'elles fournissent la matière de comparaisons, grâce auxquelles l'importance relative des chiffres qui les composent peut être appréciée. Ces comparaisons sont le plus souvent présentées sous la forme de pourcentages, rapportant les chiffres de la série à un étalon unique qui est tantôt leur total (pourcentages de répartition), tantôl une grandeur typique quelconque (pourcentages indépendants) *.

Bien qu’elles présentent un certain intérêt, on ne peut dire que ces comparaisons statistiques, lorsqu'il s’agit de chômeurs, satisfassent l'esprit. Reportons-nous de nouveau à notre définition, et nous verrons pourquoi cette impression d'insuffisance est légitime.

Le chômage, avons-nous dit, est la non-utilisation d'une certaine force professionnelle. Mais cette nonutilisation, nous ne pouvons en apprécier l'importance que si nous savons combien de force est, par ailleurs, employée. Perdre 1 sur 10.000, c’est perdre moins que 1 sur 100. Les forces professionnelles forment un total dont une certaine fraction est perdue ou non employée : la valeur relative de la fraction ne peut ètre

! Voir au sujet. des séries statistiques en général, infra, chap. IX.

? On calculera par exemple combien, sur un total de 100 chômeurs, ou pour 400 maçons en chômage, existent de chômeurs tailleurs, cordonniers, etc, Le premier calcul donne des pourcentages de répartition, le deuxième des pourcentages indépendants.

connue que si l’on connait le total duquel elle est déduite.

Notre définition attire donc l'attention sur ce fait capital que, pour mesurer réellement le chômage, il faut rapporter le nombre des chômeurs au nombre total des travailleurs. Au lieu de nous contenter de compter les chômeurs et de les répartir par groupes professionnels, il faut que nous sachions aussi combien il y a de travailleurs dans ces mêmes groupes professionnels et que nous établissions le rapport de ces deux chiffres.

Nous obtenons ainsi une série statistique de valeurs relatives qu'il ne faut confondre ni avec les pourcentages de répartition, ni avec les pourcentages indépendants mentionnés plus haut. Maintenant, en effet, ce n’est pas un phénomène seulement qui est observé et mesuré, soit avec un étalon, soit avec un autre, mais bien le rapport de deux phénomènes, tous deux variables. Les pourcentages de ce type pourraient être appelés pourcentages de fréquence et la série qu’ils forment série composite par opposition aux séries simples ne portant que sur un seul phénomène.

D'après cette définition, ce que nous devons tâcher d'obtenir comme observation statistique du chômage, c'est une série composite de pourcentages de fréquence concernant le chômage des divers groupes professionnels *.

! Presque tous les décomptes de faits sociaux comportent, pour être instructifs, des rapprochements de ce genre. Un fait social est un fait qui affecte à la fois un plus ou moins grand nombre de membres d’un groupe social donné. L'importance du fait se mesurera au rapport du nombre d'individus affectés avec celui des individus susceptibles d'être affectés; c’est ainsi qu'on compare le chiffre des morts à celui des vivants, le chiffre des naissances à celui des adultes, le chiffre des divorces à celui des mariages, etc.

* Notons que, quand une série de ce type est établie, il peut étre avantageux de substituer aux chiffres réels dont elle est composée les valeurs relatives de ces chiffres, par rapport à un étalon conventionnel, fonclion de la série elle-même. Les grandeurs relatives ainsi obtenues sont évidemment très abstraites, puisque ce sont des proportions de proportions ; pourtant, elles sont logiquement équivalentes aux pourcentages de répartition ou indépendants, calculés d’après les nombres entiers d’une série simple.

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