‹ Le Chômage et la Profession: Contribution à l'Étude statistique du Chômage et de son Coefficient professionnelChapitre 9 sur 130 · DU PROBLÈME ÉTUDIÉ · texte numérisé non relu

DU PROBLÈME ÉTUDIÉ

L'expérience déjà acquise Lend à montrer que ces coeflicients, une fois déterminés, ne seraient pas tous égaux à

l'unité; qu’en fait, d'une profession à l’autre, on trouverait des taux de chômage différents.

Cette diversité apparut, d’une façon très frappante, lors du fameux essai d'assurance obligatoire de Saint- Gall. Un des principaux motifs de l'échec de cette tentative fut l'hostilité que lui témoignérent les ouvriers peu exposés au risque de chômage, qui se plaignirent de payer pour les autres. L'étude postérieure des opérations de la Caisse d'assurance montra que cette différence de risque existait réellement et correspondait à une différence de profession.

Que valait exactement cette différence de risque? Comment se classaient à ce point de vue les diverses professions? C'est ce que l'expérience trop limitée de Saint- Gall ne permit pas de dire, et c'est ce qu’on ne sait pas encore actuellement. C’est pourtant ce qu’il serait indispensable de connaître, si l’on voulait pratiquer avec sécurité le remède le plus en faveur actuellement dans la lutte contre le chômage : l'assurance.

La recherche statistique que nous suggère notre définition aurait donc, outre son intérêt scientifique, et malgré une apparence très abstraite, un intérêt pratique immédiat et considérable : celui de déterminer la valeur du risque professionnel de chômage. Presque tous les auteurs ont aperçu l'importance de cette donnée et il n’en est guère qui n'aient présenté sur les variations du taux de chômage d’une industrie à l’autre, sur les variations du risque professionnel de chômage, quelques observations. Mais la question n’a fait encore l’objet d'aucune étude approfondie, et aucune nolion générale, aucune connaissance réelle ne se dégagent des bribes d'informations ou de commentaires répandues çà et là dans la littérature du sujet.

1 Cf. E. Horrmann. Die Arbeitslosenversicherung der Stadt St-Gallen (in Statistik des Kantons St-Gailen XI Heft.) St-Gall 1898.

La diversité même du vocabulaire employé empêche les idées de se préciser. Les publications françaises, par exemple, parlent tantôt de variations dans l’étendue”, l'intensité®, ou l'importance du chômage, tantôt de différences dans le nombre proportionnel des chômeurs de chaque industrie‘. Le professeur Schanz” traite la même question sous la rubrique Degré du chômage selon les professions. H. Greulich® se sert de la même expression et emploie le mot nfensité pour désigner la durée du chômage. Ce dernier terme, dans la récente enquête officielle allemande”, s'applique à tout rapprochement entre un nombre de chômeurs et un nombre de travailleurs, à quelque point de vue qu'on les compare. Ce rapprochement, lorsqu'il concerne exclusivement le fait même du chômage, est appelé parfois dans le mème document degré de chômage. De ces degrés, il est formé ailleurs une échelle du chômage”. Enfin, l'expression risque professionnel" se rencontre également.

Chez tous les auteurs, la même indétermination du vocabulaire se retrouve, témoignage frappant de l’incertitude des notions. On en arrive à se demander si notre ignorance ne tient pas simplement au fait qu’il est impossible de préciser la valeur des taux professionnels de

! Voir le Rapport sur la question du chomage cité plus haut, p. 298.

? Voir 1bid., p. 292.

* Voir 1bid., p. 301.

‘ Voir Résultats statistiques du Recensement général de la population effectué le 24 mars 1901, Paris, Imprimerie nationale, 1906, t. IV, p. 324.

* Voir G. Scuaxz. Neue Beiträge zur Frage der Arbeitslosenversicherung Berlin, Heymann, 1897. t

® Voir SECRÉTARIAT OUVRIER SUISSE : Le Chômage et les Bourses du travail. Rapport au Département fédéral du Commerce et de l'Industrie. Genève, 1904, P. 50.

? Voir KAISERLICHES STATISTISCHES Amr. Die Versicherung gegen die Folgen der Arbeitslosigkeit, im Ausland und im Deutschen Reich, Berlin, Heymann. 1906.

$ Voir id. ibid., p. 407.

Voir td, ibid., p. 390.

Voir id. ibid., p. 398.

chômage. C’est ce que semble dire G. Schanz dans son premier ouvrage’. J.-A. Hobson dénonce, lui aussi, l’imperfeciion des données statistiques existantes, mais, au lieu de lattribuer à la nature des choses, il s’en prend, non sans ironie, à la mauvaise volonté des administrations publiques”*.

Il est certain que les documents dont nous disposons pour étudier statistiquement les rapports existant entre l’industrie et le chômage sont imparfaits. On peul néanmoins tirer, croyons-nous, des chiffres qu'ils contiennent un peu plus qu’on n’a fait jusqu’à présent. S'il est impossible d'établir dès maintenant une liste définitive de coefficients professionnels de chômage, on peut rechercher quelle est leur physionomie générale. Il serait, par exemple, important de savoir s'ils sont ou non très diversifiés ; si l'influence particulière de chaque industrie sur ie taux de chômage est plutôt constante, ou au contraire instable. On peut, enfin, chercher si cette influence s'exerce semblablement sur tous les genres de chômages, ou si elle varie, lorsqu'on fait varier tel ou tel caractère secondaire de l’absence de travail.

Cette dernière recherche jetterait sur l’ensemble de la question du chômage beaucoup de lumière, puisqu'elle nous renseignerait sur la généralité des rapports qui pourraient être découverts. Elle est facililée par la disparité des documents disponibles. Supposons, par exemple, que tel document porte seulement sur les chô-

1 G. Scnanz Zur Frage der Arbeitslosenversicherung, Bamberg, 1895,p. 81. « En cette matière, écrit l’auteur, tout change constamment et il semble même que plus on va, plus s'éloigne la possibilité d'établir, sur des bases techniquement satisfaisantes, une assurance contre le chômage. »

2 « Nos informations stalistiques, honteusement imparfaites, fournissent tout juste le fondement d'ignorance nécessaire, pour faire, à des questions embarrassantes, d'officielles et discrètes réponses. » J.-A. Horson, 7'he Problem of the Unemployed, 2° édit., London. Methuen, 1904, p. 11.

Page 1