III. CONSIDÉRATION
Celui qui rougit de suivre Jésus-Christ crucifié préfère Vestime du monde et des fous au jugement de Dieu et des anges.
Vous me direz que nonobstant toutes ces considérations on en juge tout autrement, et que si vous voulez suivre les exemples du Fils de Dieu, et faire profession publique d'imiter ses vertus et de marcher sur ses vestiges, on en rira et on se moquera de vous. Qui le fera? dites-le-moi, je vous prie. Nous sommes exposés aux yeux du monde comme un spectacle que les hommes et les anges considèrent (1). Nous n'avons point entre toutes les créatures d'autres témoins de nos déportements ni d'autres spectateurs de nos actions. Qui des uns ou des autres se rira de votre piété? seront-ce les anges ? certainement ils admireront votre courage et donneront mille applaudissements à votre vertu. Seront-ce les hommes? s'ils sont sages, ils en jugeront comme les anges ; s'ils sont fous, pourquoi faites-vous état de leur jugement, puisque c'est une espèce d'ignominie d'être dans l'estime des fous? Mais quand toutes les créatures vous tiendraient pour un esprit faible , le seriez-vous pour cela? Le témoignage de votre conscience doit vous suffire; et Dieu, qui sonde le fond des cœurs, est le seul juge duquel dépend toute la gloire que vous espérez dans l'éternité. Est-il possible que vous ayez la foi et que vous croyiez fermement qu'il y a un Dieu qui vous regarde, vous qui êtes esclave de la vue des hommes (2) ? Considérez ce que font les anges que Dieu commet à la garde des hommes. Le moindre d'entre eux serait capable de gouver-
(1) 1. Cor. 4. 9. — (2) Joann., 5.
ner tous les royaumes du monde; et néanmoins, bien loin de refuser la tutelle d'une aussi vile créature que vous êtes, ils se font gloire de s'en charger, et c'est pour eux un très-doux emploi de s'attacher inséparablement à la conduite d'un pauvre barbare, d'un esclave, du dernier de tous les hommes pendant tout le cours de sa vie. Pourquoi? seulement pour contenter Dieu, parce qu'ils mettent toute leur gloire à le servir. Or, c'est le même maître que vous servez, et vous avez cet avantage sur eux qu'il ne vous commande rien que ce qu'il a fait le premier pour vous en adoucir la peine. Si donc il appelle sa gloire ce qu'il a fait et ce qu'il a souffert pour vous, n'est-il pas indigne que vous estimiez vil ce que vous faites et ce que vous souffrez pour un si bon maître? Ceux qui vivent selon le monde, n'ont point de honte de faire et de souffrir, même au préjudice de leur salut, ce que le monde fait ou endure; pourquoi ceux qui vivent selon l'esprit de Jésus-Christ auront-ils honte de faire ce qu'il a fait, ou de souffrir ce qu'il a souffert, sachant, comme ils n'en peuvent douter, qu'il s'agit en cela de leur salut éternel?