‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 102 sur 229 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Celui qui rougit de suivre Jésus-Christ crucifié mérite que Jésus- Christ le désavoue avec infamie au jour du jugement.

En effet, qui ne sait ce que dit le Fils de Dieu dans l'Évangile, qu'au jour du jugement il aura honte de reconnaître en la présence des anges ceux qui ont eu honte de le servir en la présence des hommes. Ceux qui plaident pour la défense de leurs biens ou de leur vie, ne se soucient guère des opinions du barreau; mais ils tremblent en attendant la sentence de leurs juges. Ceux qui combattent sous les yeux du prince, ne songent pas à plaire aux yeux du peuple; ils n'ont dans l'esprit que celui qui est l'arbitre de leur combat et qui

A l'école du calvaire. 221

peut leur donner la couronne. Combien plus devons-nous craindre le jugement de Dieu, qui sera sans doute contraire à celui du monde, et condamnera de folie tous ceux qui, par de vains respects, se seront éloignés de la croix. C'est par cette raison qu'il a établi ce jour redoutable, soit pour confondre ces esclaves de l'opinion humaine, soit afin de rendre l'estime à ceux qui, sans se soucier de plaire ou de déplaire aux hommes, souffrent avec courage tous leurs mépris et leurs railleries pour s'attacher aux intérêts de Jésus-Christ ; car, comme la honte est due aux premiers, la gloire appartient à ceux-ci, et toutefois nous voyons que les méchants la leur ravissent, et qu'au lieu de la rendre à la vertu, ils en font un sacrifice au péché, tirant vanité de leur libertinage et de leur hardiesse à mal faire. Le pécheur s'abandonne aux désirs de la convoitise et il en reçoit des louanges, on applaudit à ses méchancetés (1), au lieu que la simphcité du juste est exposée à la risée (2). 11 est donc juste que Dieu arrache ce larcin des mains du pécheur et qu'il rende l'honneur aux gens de bien, afin qu'ayant pris part à la confusion delà croix, ils participent à sa gloire et soient revêtus de son éclat. Hélas ! quel sera pour lors le repentir des ennemis de Jésus-Christ, lorsqu'ils le verront paraître avec tant de majesté, et que ceux qu'ils ont méprisés s'élèveront de la terre, brillants comme des soleils, pour aller au devant de leur aimable Sauveur et se ranger comme de généreux soldats autour de sa bannière? Que diront-ils au monde dont ils ont préféré le jugement à celui de Dieu par une criminelle complaisance? que diront-ils à leur juge, à qui ils ont tourné le dos? en seront-ils quittes pour dire : J'eusse bien souhaité de vous obéir, mais la honte m'a retenu, j'ai eu peur de déplaire; à qui? à cet impie, à cet infâme et à ce réprouvé comme moi, dont le respect m'a empêché de vous suivre.

(1) Ps. 9, 24, vel. 10 secundum Heb., v. 3. — (2) Job., 12. ô.

22i2 LE CHRÉTIEN

Seigneur, celui qui cherche les louanges des hommes lorsque vous le blâmez, ne sera point protégé des hommes lorsque TOUS le jugerez, ni garanti de la peine lorsque vous le condamnerez (l). Il vous a méprisé, vous le mépriserez aussi; il s'est moqué de vos serviteurs, vous vous moquerez de lui à votre tour; il a eu honte de votre croix, vous aurez honte de lui (2). Pensez à ceci, vous qui êtes si sensible au mépris des hommes. Vous êtes raisonnable ou vous le devez être, et la raison veut que la vertu soit en honneur; pourquoi la combattez-vous? Votre conscience vous dit qu'il est glorieux de rendre à Dieu l'honneur qu'il mérite; pourquoi le trahissez-vous par un vain respect? Jésus-Christ est votre juge et l'arbitre de votre bonheur éternel ; pourquoi lui préférezvous le jugement d'un pécheur? Changez de sentiment, et au lieu de rougir de la croix de votre Sauveur, soyez honteux de lui être si dissemblable, et de mener une vie si contraire à celle qu'il a menée ici-bas pour vous servir de modèle.

VINGT-SIXIEME LEÇON

Nous devons tenir à grande gloire de faire ce que Jésus-Christ a fait, et de souffrir ce qu'il a souffert.

« Il y a une grande gloire à suivre le Seigneur. » Eccli., 23. 38.

Considérez aujourd'hui que ce n'est pas assez de ne point rougir en suivant la croix de Jésus-Christ, mais qu'il faut

(1) s. Aug., 10 Confess., c. 36. — (2) Ps. 2. 4.

s'en glorifier et tenir à honneur de faire ce qu'il a fait et de souffrir ce qu'il a souffert, quelque vil et abject qu'il paraisse aux yeux des hommes.

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