‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 104 sur 229 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Seconde raison. — Porter la croix, c'est tenir la place de Jésus- Christ sur la terre.

Car, outre que c'est aller à l'éternité par le chemin royal, comme nous venons de dire, c'est en quelque façon tenir la place de Jésus et représenter sa personne sur la terre. Or, qu'y a-t-il de plus glorieux que d'être semblable à Jésus-Christ, de faire l'office du Verbe incarné et de paraître comme lui un Dieu conversant dans une chair mortelle avec l'étonnement de l'univers (1)? On croit faire honneur à un chef d'armée quand on dit que c'est un Mars ou un César ; mais combien plus grande est la gloire d'un chrétien qui vit de telle sorte qu'on peut dire que c'est un autre Jésus-Christ, que ses actions sont des actions du Verbe incarné, qu'à l'ouïr parler on dirait que c'est la sagesse éternelle qui parle par sa bouche, et quand on le voit prier, converser, traiter avec le prochain, qu'on s'imagine voir Jésus- Christ conversant parmi les hommes ! Philippe, disait-il à un de ses disciples, qui me voit, voit mon Père (2) ; parce que, dit saint Athanase, tout ainsi que la figure du sceau royal est imprimée sur la cire, de même la figure et le caractère de la divinité, qui est in-

(1) Cl. Alex., 7 str. — (2) Joan., 14. 9.

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visible, sont imprimés dans son humanité qui tombe sous la connaissance des sens (1). Je dis de même d'un chrétien qui marche sous l'étendard de la croix. Qui le voit, peut dire qu'il voit Jésus-Christ vivant en terre, parce que bien qu'il soit monté dans le ciel et qu'il réside dans le Saint-Sacrement d'une manière spirituelle et invisible, il demeure néanmoins comme visible dans les saints qui sont ses images. Comme donc toute la gloire du Verbe incarné est d'être l'image de son Père, de même toute la gloire d'un chrétien est d'être l'image du Verbe, en quoi consiste toute la sainteté de cette vie et la félicité de l'autre. Dieu nous élève à la gloire par quatre degrés : il appelle, il justifie, il sanctifie, il glorifie ; mais le dernier terme de notre élévation est la parfaite ressemblance de son Fils. On ne peut monter plus haut, et l'orgueil même ne peut se proposer une fin plus noble, autrement Satan, qui est le prince des orgueilleux, eût voulu passer outre, si cette fin, dit un père, n'eût été infinie (2). Cette glorieuse ressemblance fut son écueil, parce qu'il y aspira par des moyens illégitimes,'^mais c'est le port des âmes humbles qui tiennent à grand honneur de le suivre dans les abaissements de la croix; d'être méprisées et humiliées, parce que Jésus-Christ a choisi l'humiliation et le mépris; d'être mises en oubli, parce qu'il a été inconnu du monde; de se mettre sous les pieds de toutes les créatures, parce qu'il s'est mis aux pieds de Judas; de souffrir toutes sortes d'injures et de supplices, parce qu'il s'est rassasié, ditTÉcriture, d'opprobres et de cruelles ignominies.

(1) s. Athan., lib. de Incarn. — (2) Abbas Fraconius, 1. i de gratia Christi.

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