III. CONSIDÉRATION
Il est honteux, étant le plus fort, de se laisser vaincre par de faibles ennemis.
Bien loin de craindre les reproches des gens du monde, faites-les vous-même rougir. Ce n'est pas assez de n'être pas vaincu, il faut les vaincre et les gagner, sïl est possible, à votre maître. Noli vinci à malo, sed vince in bono înalwn, dit saint Paul. Vous êtes le plus fort, vous n'avez à combattre que des âmes souillées de vices déjà battues par les remords de leur conscience. Vous avez pour vous toutes les vertus qui vous environnent, vous avez le témoignage intérieur de votre conscience, la grâce et l'assistance de Dieu qui favorise vos desseins. Étant si fort et eux si faibles, ne serait-ce pas une honte extrême de prendre la fuite et de leur céder la victoire, pouvant sans peine la ravir de leurs mains? Noli vinci à malo, sed vi^ice in bono malum. Ah! ne vous donnez pas vous-même en proie aux méchants, pouvant les vaincre avec tant de facilité et de gloire. S'ils veulent vous attirer à eux, tirez-les à vous, ou plutôt gagnez-les à Jésus-Christ. Ayez pour le moins autant de courage â les porter à la vertu, qu'ils ont d'insolence pour vous solliciter au mal. S'ils vous parlent des vanités du monde , entretenez-les de l'importance de leur salut, et au lieu qu'ils tâchent de vous pervertir, peut-être que vous les convertirez. Saint Bernard n'attira-t-il pas au désert tant de gentilshommes qui étaient venus à dessein de le détourner du service de Dieu? et saint Thomas
(1) s. Aug., in Ps. 68.
A l'École du calvaire. 235
ne gagna-t-il pas sa propre sœur qui pensait le détourner, par la douceur de ses discours, de la profession religieuse qu'il voulait embrasser? Et ne dites pas qu'il n'y a rien à gagner avec ceux qui vous persécutent par leurs insolentes risées. S'ils espèrent de vous perdre et de vous corrompre, pourquoi désespérez-vous de leur conversion et de leur salut? souffrez pour quelque temps leur moquerie avec humilité; votre constance changera leur mépris en admiration. Ils révéreront votre vertu après l'avoir éprouvée ; et comme ils se jouent de la faiblesse de ceux qui se laissent vaincre par leurs persuasions, ils concevront de l'estime et du respect pour vous , lorsqu'ils verront la généreuse résistance que vous leur faites. Que s'ils ne profitent pas de votre exemple, s'ils continuent à vous importuner, traitez-les comme ils méritent; moquez-vous de leur folie, ou plutôt ayez compassion de leur aveuglement. Il est juste, dit saint Paulin, de leur donner le change , et que l'odeur de leur mauvais exemple nous soit plus odieuse que la mort, de peur qu'ils ne nous empêchent de répandre partout l'odeur des vertus et de la sainteté de Jésus-Christ. De quoi peuventils se plaindre, si l'odeur de leur vie nous est insupportable, puisque la nôtre leur est une odeur mortelle. Notre retenue les fâche, et leur libertinage nous offense; notre modestie les rebute, et leur impudence nous est intolérable; notre dévotion leur est à charge, et leur impiété nous est en horreur. Qui de nous a plus de raison, qui juge mieux du véritable honneur? Y a-t-il de la honte à vivre en homme de bien et suivre l'exemple de Jésus-Christ, ou plutôt n'est-il pas honteux et infâme de s'en éloigner comme ils font, et mener une vie qui est si contraire à la sienne? Si le portrait d'un roi était capable de raison, oserait-il se montrer, sachant qu'il est mal fait et qu'il ne lui ressemble pas? Une dame d'honneur n'étant pas velue selon sa qualité, oserait-elle paraître dans les compagnies? Un acteur
qui ne joue que par divertissement , pourrait-il sans rougir faire le personnage d'un prince, n'ayant la mine ni le geste que d'un valet? Quel est donc l'opprobre et l'infamie d'un chrétien, qui étant lïmage vivante de Jésus-Christ, ne porte pas un seul trait de ses vertus? Comment peut-il paraître dans le monde, étant si contrefait, si disgracié, dans une nudité si honteuse et une posture si messéante à ceux qui ont l'honneur d'être enfants de Dieu? En vérité, s'il avait quelque sentiment de la noblesse de son âme, ne tomberait-il pas dans la confusion de se voir réduit à la dernière bassesse ?
VINGT-HUITIEiME LEÇON.
La croix est la plus visible et la plus éclatante marque de l'amour que Dieu nous porte.
« Le Seigneur châtie celui qu'il aime. » Hebr., 12. 6.