‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 110 sur 229 · I. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDERATION

Pour vous convaincre de cette vérité qui est pleine de consolation, appuyez-vous premièrement sur la parole de Dieu qui vous en assure. Je reprends et châtie ceux que j'aime (1). Parce que vous étiez agréable à Dieu, il a fallu passer par l'épreuve de la tentation, disait l'ange Raphaël à Tobie (2). Quem diligit Dominus corripit, dit le Sage (3), et saint Paul après lui : Le Seigneur châtie celui qu'il aime (4).

(1) Apec, 3. Î9. — (2) Tob., 12. 13. — (3) Prov., 3. — (4) Hebr., 2. 6.

A l'école du calvaibe. 237

De quel amour ? Amour de père qui nous traite comme ses enfants.

Quand Dieu vous frappe rudement et qu'il vous envoie de très-sensibles afflictions, bien loin de croire que ce sont des marques de sa haine et de sa colère, assurez-vous qu'il vous aime, puisqu'il agit en père qui aime ses enfants. Car, dit l'Apôtre, il châtie tous ceux quil reçoit au nombre de ses enfants (1). La bienheureuse Angèle de Foligny (2), demandant un jour à Notre-Seigneur qui étaient ceux qu'il mettait au rang de ses enfants, il lui répondit que c'étaient ceux qui tâchaient de lui plaire par l'imitalion de sa croix et par une amoureuse pratique de la pauvreté, du mépris et des souffrances ; que c'étaient ceux qui mangeaient à sa table, qui étaient plus près de lui, qui étaient servis de la même viande que lui, et qu'il permettait souvent, par une faveur spéciale, qu'il leur arrivât de grandes afflictions, parce qu'il les aimait davantage, de quoi ils étaient fort reconnaissants; et quoiqu'ils ressenlissent quelquefois de grandes amertumes, elles leur semblaient douces à cause de l'amour, de la grâce, de l'honneur et de la valeur qu'ils y trouvaient. Une autre sainte disait à ce même sujet et dans les mêmes sentiments : « 0 mon Dieu ! si vons me révéliez tous les secrets de votre cœur très-sacré, si vous me montriez tous les jours en vision les hiérarchies des anges, et si tous les jours je ressuscitais les morts, je ne prendrais pas cela pour une marque infaillible de votre amour en mon endroit; mais quand vous me ferez la grâce de faire du bien à ceux qui me font du mal, et de parler en bonne part de ceux qui médisent de moi et me condamnent injustement; alors, ô Père éternel, je croirai par là, comme par un signe infaillible, que je suis

(1) Heb., 12. 6. — (2) In ejus vitâ.

votre fille (1). » Elle avait raison de le dire et d'en être persuadée; car le Seigneur corrige celui qu'il aime, comme un père aime son fils dont il fait ses plus chères délices (^). Il n'y a rien qui soit plus au goût de Dieu que le courage d'un homme vraiment patient, qui prend de sa main les croix les plus pesantes comme des faveurs avec une amoureuse reconnaissance. Sainte Gertrude (3), priant pour une personne vertueuse qui était fort affligée, Notre-Seigneur lui apparut, et lui dit : « Cette âme pour laquelle tu me pries est comme un beau lis que je prends plaisir de porter dans la main ; ce sont mes délices, c'est mon souverain contentement de demeurer dans un cœur pur et chaste comme le le sien. C'est une rose dont l'odeur m'est infiniment agréable ; sa patience dans les adversités, jointe à une sincère et cordiale action de grâce, est un très-doux parfum, et ses amoureux soupirs font une admirable harmonie qui ravit les esprits bienheureux, et qui me plaît si fort, que parfois lorsque les pécheurs m'offensent, je me retire dans cette âme pour y trouver du repos; je presse son cœur, je lui fais senlir de la douleur; et l'humilité, la patience, la dévotion avec laquelle elle la porte en l'union de mes plaies, apaise ma colère, et m'oblige à pardonner aux criminels pour l'amour que je lui porte. »

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