I. CONSIDÉRATION
La croix porte deux sortes de fruits, les uns dans le temps, les autres dans l'éternité; les uns font tout le bonheur de l'autre \ie, les autres font tout le bonheur de la vie présente. Pour cueillir les uns et les autres, servez-vous des vérités suivantes, et gravez-les si avant dans votre cœur, qu'on ne puisse jamais les effacer.
1. Vérité. Toute la joie d'un chrétien est dans la croix. Mes frères, dit l'apôtre saint Jacques, mettez toute votre joie à souffrir les diverses tentations qui vous arriveront (1); persuadez-vous que c'est la vraie joie d'un chrétien, la souve^ raine joie, la joie unique; car la vraie joie naît de la possession du vrai bien. Or, tous les vrais biens sont dans la croix. Le salut est clans la croix, la vie dans la croix, le refuge contre nos ennemis dans la croix, la douceur de la grâce, la force de Vdme, la joie de Vesprit, la vertu consommée, et la parfaite sainteté dans la croix (2).
(1) Jacob, 1. 2. — (2) L. 2, c. ultimo delmit. Christi.
La souveraine joie naît de la possession du souverain bien. Or, le souverain bien de celte vie est de souffrir pour Dieu ; c'est un bien qui surpasse tout ce qu'on peut se figurer de bon en celte vie. Allez où vous voudrez, cherchez tant que vous voudrez, vous ne trouverez point de voie, fii plus excellente pour vous élever en haut, ni plus sûre pour vous tenir en bas hors du péril de tomber, que celle de la croix (i). S'il y avait un état plus avantageux pour le salut des hommes que celui de la souffrance, Jésus- Christ nous l'aurait appris par ses paroles et par son exemple (2). Il n'y a donc rien dont un chrétien doive tant se réjouir que de la croix (3); il doit en être plus content que de la possession de toutes les grandeurs, de toutes les richesses, de toutes les sciences et de tous les autres biens de cette vie. Bien davantage, non-seulement ce doit être sa plus grande joie, mais encore son unique joie, parce qu'il ne peut trouver ni le salut de son âme, ni l'espérance de la vie éternelle que dans la croix (4). Ainsi tout consiste à aimer la croix et à y mourir. Il n'y a point d'autre voie pour aller à la vie, et pour acquérir la paix intérieure et véritable, que celle de la croix et de la mortification continuelle (d). Mourir pour Jésus-Christ, c'est l'unique voie pour gagner la palme de la victoire. Il n'y a point d'autre voie pour acquérir la véritable gloire, ni d'autre moyen pour obtenir la couronne. C'est l'unique voie pour gagner cette belle palme, dont les fruits sont si dowx, dont l'ombre nous concilie un si agréable repos, et dont les branches servent d'un si riche ornement à nos triomphes. Enfin, c'est l'unique voie pour rendre à Dieu Thonneur suprême que nous lui devons, pour donner à Jésus-Christ des témoignages d'une souveraine- 1 reconnaissance qu'il exige de nous, et pour faire une pleineet entière satisfaction de nos péchés (6).
(1) Ibidem, n. 3. - (2; Ibid., n. 5. — (3):ibid., n. 14. — (4) Ibidem, n. 12. — (5) Ibid., n. 3. — (6) P.Vincent. Garaffa, de marty., c. 4.
A l'école du calvaire. 247
Préparez- vous donc, comme un bon et fidèle serviteur de Jésus-Christ, à porter avec joie la croix de votre maître, qui a bien voulu être crucifié pour famour de vous. Remettezlui toutes les consolations que vous espérez, afin qu'il en use comme il lui plaira , mais pour vous, résolvez-vous à souffrir les afflictions, et prenez-les pour de très-grandes consolations (1).
Quand vous serez venu à ce point de perfection, que la souffrance vous soit douce, et que vous la goûtiez pour Tamour de Jésus-Christ, alors croyez que vous êtes vraiment heureux, parce que vous avez trouvé le paradis sur la terre (^).
Voilà peut-être ce qui nous manque, savoir, que nous ne goûtons pas, et nous ne sommes pas bien aises d'être foulés, pressés, méprisés, pour faire couler le vin de la consolation et de la joie que nous désirons. Souvenons-nous de ce que Notre-Seigneur a dit : J'ai foulé seul dans le pressoir. Qui refusera maintenant d'être mis à la presse, voyant Jésus- Christ foulé dans le pressoir (3) ?