I. CONSIDÉRATION
Admiration. — L'âme doit, premièrement, s'élever par admiration à la vue des plaies sacrées de Jésus-Christ, étant certain , dit saint Léon (3), qu'entre tous les objets qui
(1) s. Ignat., Mart., ep. al. Rora. — (f>; D. Bonav., in stim. p. 1., c. 4, et ex illo Eschiusexeroit. 9 et Alvares de Pasto. 3. — (3) S. Léo. Serm. Il, de Passione.
A l'École du calvaibe. 27
surprennent nos esprits et qui les jettent dans l'extase , il n'y en a point de plus admirable que la Passion du Fils de Dieu, si l'on considère la grandeur ou la nouveauté de ce spectacle. Car qu'y a-t-il de plus grand que Dieu ? Et quel spectacle plus étrange, que celui d'un Dieu mourant sur une croix? Qu'y a-t-il dans cet objet qui ne surprenne ceux qui le considèrent avec attention? Qui n'admirera l'excès de son amour, qui l'a obligé à mourir pour ceux-mêmes qui le mettaient à mort, et qui étaient si indignes de tout bien ? Qui ne s'étonnera de sa patience à souffrir de si horribles tourments, que jamais homme mortel n'en a souffert de semblables ? Qui ne sera surpris de l'indignité avec laquelle il est traité par de viles créatures, lui qui est le Dieu de la gloire ? Enfin, qui pourra sans étonnement concevoir l'alliance prodigieuse de ces deux termes? Un Homme-Dieu, et un Homme de douleurs ; un Dieu adoré de tous les esprits célestes, et ici-bas outragé par des esclaves ; là-haut, élevé sur le trône de son infinie grandeur, et ici-bas sur un infâme poteau ; là-haut, nageant dans un torrent de déhces, et ici-bas dans un déluge de sang et de larmes ? 0 Passion! ô mort admirable ! s'écrie saint Bonaventure. Ce n'est point la création du monde, ni l'opération des miracles, ni la résurrection des morts, qui me donnent de l'admiration ; tout cela est convenable à la grandeur du Créateur. Ce qui me surprend, ce qui me ravit, ce qui m'épouvante, c'est la Passion d'un Dieu. Et c'est dans ce profond étonnement qu'on doit entrer, en étudiant les souffrances de Jésus - Christ , d'autant qu'il est capable d'exciter en nous un grand amour, une très-sensible reconnaissance des obligations infinies que nous avons à sa bonté, et une extrême confusion de notre ingratitude, vu le peu de correspondance que nous apportons de notre part. C'est ainsi que la bienheureuse Vierge contemplait son cher Fils sur le Calvaire; elle était comme abîmée dans l'étonnement que lui causaient une mort si étrange et un si prodigieux anéan-
tissement de la majesté de Dieu. C'est ainsi que les saints les regardent, dans Foraison, avec une foi si vive et si pénétrante, qu'elle passe jusqu'au ravissement; et plus ils ont de lumière, plus ils sont hors d'eux-mêmes à la vue de ce mystère. Exercez-vous donc, à leur exemple, dans cette manière d'oraison qui est très-excellente ; et prenez garde que votre esprit ne s'accoutume point, à la longue, par une espèce d'insensibilité, à la considération de la Passion; mais qu'elle vous soit toujours aussi nouvelle que si vous étiez effectivement présent à la mort de votre Sauveur. Pour cet effet, tâchez de réveiller votre attention, et d'élever votre esprit, tantôt par voie d'opposition : Oh ! merveille inouïe ! que l'immortel devienne mortel, l'impassible, passible, que la puissance devienne faible! que Téternité prenne fin! que la vie même s'ensevelisse dans le tombeau ! Tantôt par voie de comparaison: 0 Seigneur! qui suis-je, et qui êtes-vous? Estil possible que mon Créateur meure pour la créature, le maître pour l'esclave, le tout pour le néant ! Tantôt par des élans et des exclamations amoureuses : 0 deux/ étonnezvous de la beauté de mon Dieu (1) ! 0 grandeur incompréhensible ! oiivous abaissez-vous? 0 Jésus! quel amour est le vôtre qui vous a porté à cette extrémité de douleurs? Tantôt par voie de silence : Seigneur, que vos desseins sont grands, que vos secrets sont impénétrables ! 11 n'y a point d'esprit qui puisse les comprendre, point de langue qui puisse les louer ni les exprimer. Il ne nous reste que le respect et le silence pour les honorer.