‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 14 sur 229 · II. CO?sSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CO?sSIDÉRATION

Joie et dilatation du coeur. — Secondement, l'âme chrétienne, s'occupant des souffrances amoureuses de Jésus-

(1) Jerem., 2. 12.

A l'École du calvaire. 29

Christ, doit se dilater par la joie; ce qui ne répugne point aux mouvements de douleur que la Passion doit produire en elle, soit par le sentiment de ses propres misères, soit par la compassion qu'elle a de celles du Fils de Dieu. Au contraire, il n'y a rien de plus doux que de pleurer " au pied de la croix, rien qui soit capable de nous apporter une plus pure et plus solide consolation. Car si nous y pleurons nos péchés, c'est une grande joie pour un pauvre criminel, de trouver ici l'abolition entière de ses crimes (1). Si nous pleurons les misères de cette vie, le cœur de Jésus est une mer de douceur, où Biles perdent leur amertume. Si nous pleurons la mort de notre très-doux Sauveur, nous trouverons le ra5^on de miel caché dans les plaies de ce lion de Juda déchiré sur la montagne. Enfin, si nous soupirons après le ciel, notre béatitude est cachée dans ses mains ; il n'est pas difficile de l'en tirer, puisqu'elles sont percées, et qu'elles ne peuvent rien retenir. Le bienheureux Henri de Suso, de l'ordre de Saint-Dominique, étant un jour pressé de tristesse, par la crainte qu'il avait de son salut, entendit une voix du ciel qui le consola infiniment, lui disant : Levezvous promptement, entrez dans mes plaies; car votre unique et souverain bien y est renfermé. Figurez-vous que ces paroles s'adressent à vous, et que l'on vous dit intérieurement dans l'oraison, en vous montrant les plaies de Jésus-Christ, qui font le paradis de la terre : Entrez dans la joie de votre Maître (2). Réjouissez-vous de l'amour qu'il vous porte et de la bonté qu'il a pour vous ; réjouissez-vous du pardon de vos péchés ; réjouissez-vous des biens dont il a rempli la terre par sa mort; réjouissez-vous de ceux qu'il nous réserve dans le ciel. 0 mon très-aimable Rédempteur, que votre charité est excessive ! Vous me laissez la joie, et vous prenez l'amertume pour vous. Je pensais venir à vos pieds pour m'abîmer

(1) Is., 29. — (2) Matth., 21. 23.

dans la tristesse, et vous noyez mon cœur dans les consolations et dans les délices. Je vous demandais une épine de votre couronne, pour percer ce cœur de douleur, et vous ne me donnez que des fleurs. Que vous m'êtes bon, doux Jésus! et que je suis heureux de savoir que mon salut dépend de vous! Pouvait-il être mieux que dans vos mains (1)? Mains ' favorables , mains magnifiques et libérales , qui renfermez toutes les délices du ciel, c'est de vous que j'attends tout mon bonheur : et je ne puis élre triste, sachant que vous disposez de mon sort. Tout est bon, quand il vient de votre part.

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