‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 15 sur 229 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Trinsformation. — En troisième lieu, l'àme chrétienne s'étant dilatée par la joie, doit s'attendrir et se fondre au feu de l'amour, pour s'écouler dans les plaies de son Sauveur, et en recevoir l'impression ; en sorte qu'elle soit, pour ainsi dire, toute transformée au Crucifix, que partout elle le rencontre, partout elle le porte, partout elle s'en trouve revêtue; ce qui se fait par la considération de cet amour extatique qui a porté le Père éternel à ne point pardonner à son Fils, le Fils à s'abandonner et à se sacrifier pour nous , le Saint- Esprit à le donner au monde, et à le conduire non-seulement dans le désert pour faire pénitence de nos péchés, mais encore à la croix pour y mourir, et par sa mort rendre la vie à tous les pécheurs. C'est dans les flammes de cet ardent amour que le cœur des saints se consume saintement, se liquéfie, et se perd heureusement en Jésus-Christ. Le Père enverra son Verbe, il fera fondre le cœur des hommes, quand il serait tout de glace. Le Verbe expirera sur la croix; et son divin Esprit, s'écoulant dans tous les membres de son corps mystique, les embrasera, et les résoudra en pleurs et en

(1) Matth., 21.23.

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larmes. Alors ces membres liquéfiés s'écouleront dans les plaies de leur Chef, pour y recevoir ces divins caractères et se transformer en lui par une vive expression de ses douleurs. Efforcez-vous d'être du nombre; faites en sorte que l'ardeur de ce feu céleste consume tout ce qu'il y a de dur et de terrestre dans les puissances de votre âme ; et quand votre cœur sera fondu et liquéfié par la force de l'amour, écoulez-vous dans le cœur de Jésus, pour y ressentir le coup de la lance qui le perce. Entrez dans ses pieds pour y ressentir la pointe des clous qui les attachent à la croix; écoulez-vous dans ses maius , pour en ressentir les douleurs ; transformez-vous, s'il est possible, en Jésus-Christ crucifié, oubliant tout, mourant à tout, pour ne vivre plus que dans ses plaits. 0 mon âme, quand est-ce que je serai si heureux que de pouvoir dire avec vérité que je suis mort à moi-même, et que c'est Jésus-Christ qui vit en moi? Je sais bien ce que je ferai, pour hâter cette demeure tant désirée : j'entrerai dans les plaies de mon Sauveur, et je me revêtirai de sa Passion comme d'un habillement royal, ne recherchant rien que ce qui lui est conforme, et rejetant tout le reste. Quelle créature osera pour lors s'élever contre moi, si je suis couvert de ces armes ? La Passion du Sauveur combattra pour moi, quand il en sera besoin, et personne ne sera assez hardi pour m'attaquer, voyant sur moi les stigmates de mon Maître. Je me retrancherai dans ce fort, et j'y demeurerai en assurance. Car je suis certain qu'étant conforme à Jésus-Christ dans ses souffrances, je le serai dans les délices; car il ne peut se refuser à celui qui est couvert de son sang. Je veux donc me parer de ses plaies, et avec cet ornement je paraîtrai aimable aux yeux de Dieu, admirable au monde, considérable aux yeux des bienheureux, qui demanderont, avec admiralion , qui est celui qui paraît avec tant de charmes et tant d'attraits, revêtu d'un ornement si superbe, et tout éclatant du sang de l'Agneau ?

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