‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 159 sur 229 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

CE n'est point par surprise qle cet orage s'élève.

Il commença à s'attrister, et à sentir une extrême peine d'esprit.

Voici un merveilleux spectacle. Le Prince de la paix cornmenée sa Passion par le trouble. Ce n'est point par surprise que l'orage s'élève dans son cœur, et que la crainte, la tristesse, l'ennui, la détresse et la désolation le jettent dans l'agonie et lui font suer le sang. C'est par raison, c'est par sagesse et par dessein prémédité qu'il se réduit à ce pitoyable

état. Il l'avait prévu longtemps auparavant, il y avait souvent pensé, il en faisait ses plus fréquents entretiens avec ses disciples; et s'il se trouve couvert de flots, et abîmé dans la douleur, c'est qu'il le juge convenable à la gloire de son Père, et nécessaire au salut des hommes. Il n'y a rien qui ne soit raisonnable dans sa conduite.

Oh ! que nos passions sont brutales pour l'ordinaire, et que la raison y a peu de part! Nous nous troublons sans sujet, nous nous attristons pour rien. Une ombre, un fantôme, une vaine imagination nous fait peur ; et si on nous demandait la cause du chagrin ou de la mélancolie qui nous tue, nous aurions honte de le déclarer ; souvent même nous ne le pourrions pas dire.

Sagesse éternelle, faites que la raison règle tellement tous les mouvements de mon cœur, que je ne me laisse jamais surprendre, etque l'inapétuosité de la nature ne prévienne point le trait de la grâce. Un peu de conduite et de prévoyance m'épargnerait beaucoup de peine.

Page 1