JÉSUS CRAI>T LA MORT POUR EECTIFIER ET SANCTIFIER NOS CRAINTE
Il commença à être saisi de crainte.
Jésus est saisi de frayeur, parce qu'il veut rectifier nosj craintes, et même les sanctifier par la sienne. Vous êtes d'un naturel timide et craintif, liez-vous à Jésus-Christ, et faites
(1) s. Cyp. serm. de Pass. Cbr. iniHn. — (2) S, Amb. iu c. 22. Luc l, 10.
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lie son infirniilé votre remède. Souffrez doucement les assauts de celte passion sans vous troubler. Ne fuites rien pour cela, qui soit indigne de la générosité d'un chrétien. Ne laissez rien à faire de ce que vous devez; et quand vous devriez rencontrer la mort au milieu du chemin, ne reculez jamais d'un seul pas.
0 Jésus! vous avez bien voulu prendre mes infirmités , permettez que je me revête de votre force. Si je ne puis chasser la crainte, je puis la sanctifier par votre grâce. C'est l'avantage que j'en dois tirer , pour profiter de votre exemple. D'un défaut qui m'est naturel, j'en ferai une vertu ; et pour avoir moins de feu et de chaleur, je n'en aurai pas moins de mérite.
IIK POINT.
JÉSUS PREND LA PEUR POUR NOUS l'OTER.
Il commença à être saisi de crainte.
Jésus souffre la peur pour nous l'ôter ; il tremble pour rendre ses disciples intrépides (1). Eh! Seigneur, qu'est ceci? Les martyrs vont à la mort comme au triomphe; et vous y allez en tremblant, vous qui êtes le roi des martyrs. Les agneaux ont la hardiesse du lion, et le lion de Juda a la faiblesse des agneaux. Le soldat se réjouit en mourant, parce qu'il espère recevoir la couronne ; et le chef prend l'épouvante, lui qui la possède déjà, et qui a le pouvoir delà donner. Que veut dire cela (i)?
Ma crainte vient de vous, et votre hardiesse vient de moi.
Il est vrai, sa crainte doit nous encourager, et réveiller notre confiance. Avant que Jésus eût craint la mort, tout le monde la redoutait, parce qu'elle était armée de son
(1) Gant. Zach. — (2) Prov. 28. — S. Aug. in Psal. 9. — Vide S. Cyril, l. q. Thesauri. c. 3. Et S. Leonem, Serm. 1. 2. 3, de Passione
aiguillon. Mais maintenant qu'il l'a vaincue, ce serait lâcheté de la craindre. Les enfants de Dieu en font l'objet de leurs désirs.
Armez-vous donc contre les frayeurs de la mort. Elle a les yeux du basilic ; elle ne tue que ceux qu'elle prévient par ses regards et qui n'osent l'envisager. Regardez-la d'un œil ferme et assuré; et puisque l'horloge vous avertit de toutes les heures , hormis de celle de votre trépas, faites-la souvent sonner à votre conscience. Vous ne savez pas le lieu où elle vous attend, attendez-la en tout lieu. Vous ne savez pas le moment, tenez-vous prêt à tout moment.
Mon Sauveur , ce n'eût pas été grande merveille de vous voir intrépide en la présence de la mort, vous qui avez le pouvoir de quitter la vie et de la reprendre quand il vous plaît. Il vous a été plus honorable de nous faire tirer la force de votre crainte, l'allégresse de votre ennui, et la paix du trouble de votre âme. 0 charitable Médecin ! vous avez pris la voix du malade, et vous lui avez donné votre cœur. Je suis ravi de votre amour; j'admire votre condescendance : soyez béni à jamais de vos bontés (1).
(1) s. Bern. serm. 1. de S. Andrfeâ.
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nUITIEME CONSIDERATION.
Jésus sent un extrême ennui et une répugnance étrange pour les tourments et la mort.
« Il commença à être saisi de crainte et d'ennui. » Marc. 14.
LA VIOLENCE ET l'iGNOMINIE DE SA MORT LUI CAUSENT CETTE RÉPUGNANCE.
// commença à être saisi de crainte et d'ennui.
Jésus sent une extrême répugnance pour les tourments et pour la mort. Ce n'est point une imperfection ni un défaut, c'est un sentiment naturel, dont il reçoit volontairement l'impression, pour nous consoler dans nos faiblesses. Il sait que sa mort sera également ignominieuse et violente. C'est ce qui effraie et alarme toutes les facultés de la partie inférieure de son âme. Car il ne faut pas croire qu'ayant pris le vrai corps et le vrai esprit d'un homme, il n'en eût pris les affections qu'en apparence (1). S'étant fait chair, dit saint Cyrille, il permit à sa chair et à son appétit sensitif de former les aversions qui lui sont propres et naturelles (^2). Mais ce qui est admirable, il ne leur permet ces tristes mouvements que pour souffrir davantage par la répugnance même qu'il sent à la souffrance, qui est une nouvelle peine qui aggrave tous ses tourments.
(1) s. Thom. 3. p. q. 15. a. 4. ex S. Aug. 4. de c. d. c. 9. — (2) S. Cyril. 1. 4. in Joan. cl.
0 mon Sauveur, que votre amour est ingénieux à vous faire souffrir pour mon salât. Vous ne prenez pas celte aversion que vous avez de la mort pour l'éviter, mais pour la rendre plus douloureuse pour vous et plus utile pour moi. Vous la prenez pour nranimer à la combattre et me donner la force de la surmonter. Vous fuyez la mort pour m'apprendre que ce n'est point l'ouvrage de vos mains, mais la peine de ma malice; et pourtant vous voulez mourir, malgré celte extrême répugnance, pour m'apprendre que c'est le propre de l'homme chrétien et fidèle de fuir avec aversion 'es douleurs et la mort, parce qu'il est homme; et néanmoins de les accepter contre son inclination, si Dieu le veut ainsi, parce qu'il est fidèle, et qu'il n'a pas moins de confiance en vous que de défiance de ses propres forces. Vous ne voulez pas qu'il soit sans peine, de peur qu'il ne se glorifie de ses forces ; mais vous ne voulez pas aussi qu'il soit trop pusillapime, comme si Dieu, qui est son protecteur, n'était pas assez puissant pour le défendre (l).
'i II. POINT.
oi
LE PEU DE FRUIT QUE LUS PECHEURS TIRENT DE SA MORT, EST UNE AUTRE CAUSE DE SA REPUGNANCE.
é^' Il commença à être saisi de crainte et d'ejinui. In Jésus n'ignorait pas le succès de sa passion. Il savait qu'elle serait inutile à la plupart des hommes, qu'ils en serment ingrats et méconnaissants, et qu'ils n'en feraient pas vm bon usage. C'est ce qui redouble sa répugnance, c'est ce ^ui lui cause une incroyable douleur et un triste regret de s?être exposé à de si grands tourments pour sauver si peu d'âmes. Hélas ! disait-il, pourquoi verser inutilement tant
"■(1) s. Amb. t. 5, 1. 10, in Luc. — Vide S. Léo. serm. 5. et 7. post. raed. — Ori^en. tract, in Matth. tom. 2.
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de sang? Qui en profitera? Qui m'en saura gré? Après que j'aurai soulTert les fouets, les épines, la croix et tout ce que la haine de mes ennemis peut inventer, qui s'en prévaudra pour son salut?
Mon Sauveur, ce sera moi, s'il vous plaît. Je m'en veux prévaloir par votre grâce. Votre exemple me console et m'instruit tout à la fois. Je n'écouterai plus dorénavant mes répugnances. Je ne me plaindrai plus que mes travaux soient inutiles. Je prendrai mon emploi de votre main sans m'enquérir du fruit. J'accepterai ma croix tout simplement ; je prendrai sur moi tout le soin et toute la peine des affaires sans m'épargner, et vous en laisserai le succès sans m'inquiéter.