II. CONSIDÉRATION
Deuxième motif de contrition. — Secondement, vous n'ignorez pas que c'est sans sujet, et par une extrême ingra-
(1) Is., 53, V. 5. — (-2) Ibid , v. 8. — (3) Zach., 13, v. 6. Secundùm 70 interpr. Vulgata habet : In domo eorum qui dilligebant me. — (4) I. E.e£r , 24.
titude, que vous lui avez fait souffrir tous ces oulrages. Car, hélas ! que vous a-t-ii fait pour le traiter de la sorte ? quel reproche pouvez-vous lui faire? de quoi pouvez-vous vous plaindre? quel tort avez-vous reçu de lui, pour vous ressentir ainsi? Est-ce pour vous avoir tiré du néant, que vous exercez envers lui ce prodigieux excès de rigueur? Est-ce pour avoir créé tout le monde en votre considération, et vous avoir rendu capable de sa gloire? Est-ce pour toutes ces faveurs que vous le tourmentez ainsi, que vous le faites mourir? L'empereur Bassian Caracalla (l), ayant cruellement tué son frère Géta entre les bras de sa mère, qui s'efforçait en vain de l'en empêcher, ne pouvait, quelque inhumain qu'il fût, retenir ses larmes lorsqu'il se souvenait de lui, ou qu'il en voyait le portrait. Serait-il bien possible que, voyant Jésus- Christ mourant en croix, vous fussiez insensible aux souffrances de votre frère, de votre père, que vous avez mis à mort, après en avoir reçu tant de biens et de témoignages d'amour? 0 mon fils, vous dit-il, que vous ai-je fait pour m'être si cruel et si inhumain? quel déplaisir, ou quelle injure avez-vous reçue de moi? en quoi pouvez-vous montrer que je vous ai offensé, pour me battre et m'outrager si injustement? Je vous ai aimé d'un amour éternel et inliui : est-ce pour cela que je vous suis si odieux? J'ai ouvert les yeux pour vous regarder en pitié : est-ce pour cela que vous me les couvrez d'un voile d'ignominie, comme si j'étais indigne de voir le jour? J'ai ouvert les bras pour vous caresser et vous serrer sur mon sein : est-ce pour cela que vous me liez et me donnez des soufflets? Toutes les délices du ciel et de la terre sont pour vous; je vous ai déjà donné tous les biens de la nature et de la grâce, et je vous prépare ceux de la gloire : est-ce pour vous venger que vous me faites endurer les fouets, les épines et les clous? Est-ce pour vous avoir promis la vie éternelle que vous me faites mourir
(I) Voy. Alius Spart ianus.
d'une mort également violente et infâme? Que pouvez-vous répondre à des plaintes si justes et si amoureuses? que vous reste-t-il pour votre défense, que les pleurs et les gémissements, les soupirs et la détestalion de vos péchés, qui l'ont abîmé dans cette mer de douleurs?
m. CONSIDÉRATION.
Troisième MOTIF de coktrition. — En troisième lieu, vous savez que la mort douloureuse de votre Sauveur, qui devait mettre fm à vos crimes, si vous eussiez eu quelque sentiment de reconnaissance, n'en a pas néanmoins arrêté le cours. Au contraire, vous les avez multipliés à linfini, crucifiant derechef le Fils de Dieu autant de fois que vous avez commis de péchés. Vous savez aussi qu'un seul péché l'afflige beaucoup plus, et lui est une croix plus dure incomparablement que celle du Calvaire, vu qu'il a souffert celle-ci par inclination et par amour; mais pour l'autre, il ne la souffre qu'à regret. Quelle est donc votre malice d'avoir tant de fois renouvelé sa Passion, ouvert ses plaies, redoublé ses souffrances, et consenti à sa mort, pour complaire à ses plus cruels ennemis?