‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 19 sur 229 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Quatrième motif de contrition. — Enfin, jetant les yeux sur les souffrances de Notre-Seigneur, si peu d'attention que vous y apportiez, il vous sera aisé de conjecturer par la grandeur de ses plaies, quelles sont celles que le péché fait sur votre âme. « Pendant que je me divertis dans la place publique, dit saint Bernard, on arrête ma mort dans le cabinet du roi. Le fils du prince en ayant avis s'arrache le diadème, et sort de son palais, revêtu d'un sac, couvert de cendre et les pieds nus, pleurant inconsolablement la disgrâce d'un chétif esclave. Que faut-il que je fasse? me rirai-je de ses larmes? certainement je serais insensé, si je ne pleurais pas avec lui. Et voilà le sujet de ma confusion. Vous demandez poui^quoi je m'abandonne à la douleur et à la crainte?

c'est que je juge de la grandeur du danger où je suis par la considération du remède. Je ne connaissais pas mon mal; je pensais être bien sain : et j'apprends qu'on envoie à mon occasion le Fils unique du Très-Haut, et qu'on le fait mourir, afin de guérir mes plaies avec le baume de son précieux sang. Jugez combien vos blessures sont dangereuses, puisqu'il faut que, pour y apporter le remède, Noire-Seigneur Jésus- Christ soit lui-même blessé de la sorte. Si elles n'étaient tout-à-fait mortelles, et si vous n'étiez menacé d'une mort éternelle, jamais le Fils de Dieu ne s'exposerait à la mort pour vous servir de remède. Ah ! mes frères bien-aimés, je suis honteux de négliger ainsi mon mal, voyant qu'une si haute majesté en a tant de compassion (1). Le Fils de Dieu pleure do compassion; et l'homme, qui est le malade, ne fait que rire de son mal (^). Cela n'est-il pas étrange? Voilà comment la grandeur du remède augmente ma crainte et ma douleur tout ensemble. Suivez les sentiments de ce saint docteur, et quand vous regarderez le Crucifix, pleurez et tremblez en même temps : pleurez le mal que vous lui avez fait souffrir, tremblez au souvenir du mal qui vous menace : ou plutôt pleurez le pitoyable état de votre âme, et tremblez de crainte que la justice divine ne venge l'injure que vous lui faites, non plus sur voire Sauveur, mais sur vous-même. Écoutez ce qu'il dit aux filles de Jérusalem, qui pleuraient de tendresse en le voyant chargé de sa croix, comme une victime innocente : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vous (3). Car si l'on traite ainsi l'innocent, que doit craindre lo coupable? Véritablement cette pensée doit vous toucher, et vous imprimer une grande crainte du péché. Elle a fait autrefois de très-grands saints, et leur a donné les premiers desseins de leur conversion. Sainte Catherine de Gênes en fut tellement touchée, que le feu de l'a-

(1) s. Bern., hom. 3. iu Natali Domini. ~ (2) Ibid. — (3) Luc, 23. -2B.

mour douloureux qu'elle alluma dans son cœur, ne s'éteignit jamais depuis (1). Notre-Seigneur lui ayant apparu, portant sa croix sur ses épaules, et le sang coulant de toutes parts, la vue d'un objet si lamentable et le regret d'en avoir été la cause, la firent éclater en sanglots, et la percèrent d'une si vive douleur et d'un si ardent amour, qu'elle semblait être hors d'elle, s'écriant : 0 amour/ jamais plus, jamais plus de péchés !

Prenez cette sainte résolution, et considérez que les plaies du Fils de Dieu sont les tristes effets de vos péchés, et que vous les ouvrez encore tous les jours. Pleurez sans cesse, et ne mettez jamais fin à votre douleur, puisque le sujet qui vous y oblige n'a point de bornes. Dites avec saint Augustin : Ah ! laissez-moi pleurer, créatures ennemies de mon bien; vains objets de la terre, ne m'importunez plus. Gomment puis-je mettre fin à mes larmes, puisque mes misères sont infinies?

QUATRIÈME LEÇON

Quatrième affection : La compassion.

« Filles de mon peuple, prenez le cilice, et couvrez-vous de cendre; pleurez comme à la mort d'un fils unique ; faites éclater, par vos plaintes, l'amertume de votre cœur, n Jebem., G. 26.

C'est ce que le Fils de Dieu demande de vous, et pour peu que vous ayez d'amour, il ne vous sera pas difîicile de lui accorder ce qu'il demande. « Il est monté en un lieu éminent, dit saint Bernard (2), pour être vu de tous ; il a élevé

(1) In ejus vitâ. — (-2; S. Bern., Serm. 20, in Gantico. Vide S. Bonav. in stimulo amoris, p. 1, c. 2 et 4.

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sa voix, pour être entendu de tous ; il a mêlé ses cris avec ses larmes , afin que tous les hommes en fussent touchés de compassion. Quiconque n'est point ému de ses plaintes, est plus pesant que la terre, et plus dur que les rochers. » Si toutefois vous avez peine à fléchir la dureté de votre cœur, servez-vous des moyens que je vous mets ici, et que j'ai tirés pour la plupart de saint Bonaventure, qui est admirable en ce sujet.

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